八月的電報 - Brève aoutienne

最近在法國,大部分的人(除了商人)在休息一下。年輕人習慣跟朋友一起到夏令營去,也去海邊、山上或外國去旅行。但是我的感覺就是很多臺灣的年輕人感受不同的習慣…

À l’heure où l’herbe jaunit dans les jardins désaffectés par les familles françaises, parties trouver ailleurs un coin de sable ou un bout de montagne, pendant que les petits français sont sur leur vélo ou devant leur console, beaucoup de taïwanais vivent une tout autre expérience…

我昨天搭捷運,有位高一的學生跟我講話。他問我很多外國人時常會碰到的問題。你從那裡來?法國人是不是很浪漫?法國很漂亮嗎?巴黎呢?然後,我看他穿著制服。所以我問他:“你為什麼穿這樣的衣服呢?你不是在放假嗎?“。他回答我:”暑假還有課“。這幾天,我常常看到學生在寫作業,但是他們很累通常在打瞌睡!太辛苦了。

我已經開學了,每天都教法文。我這一班很好。他們認真學習、很熱情。是所有老師夢想教到的學生!如果下學期的氣氛跟這兩個禮拜一樣,我一定會覺得運氣很好!他們很努力。每天都來跟我學法文。我很佩服他們。

今天早上,我發現我瘦了很多。所以我決定去”Subway”吃美式的食物,好讓我變胖。本來沒有位子,但我在一個媽媽帶著小孩的旁邊找到空位。他們三個吃飯的時候一直在練習英文。不要虛度光陰!

你們一定知道我很喜歡薹灣的食物。不過有的時候我會夢到法國菜:法式香腸在一起跳舞,法國起司一起討論哲學… 有時候麥當勞就像大麻的代替品:溫暖人心但同時帶來罪惡感!那麼,算了!既然我已經吃了麥當勞,所以我又能繼續發表評論!

有一天,我在麥當勞吃牛肉漢堡 (I’m loving it)。然後呢,有個太太跟她的兒子來我旁邊吃Happy Meal。他們兩個在討論開學的事。去哪一間補習班? 晚上怎麼辦?媽媽要選最好的補習班,最好的學校。我住花蓮的時候,家附近有很多補習班跟珍珠奶茶店。小朋友們都到晚上十點多下課才能回家休息。第二天很早又要去上課。很辛苦,不是嗎?

我的童年生活很不一樣。放假的時候到布列坦尼玩水、去鄉下散步、參加各種夏今營、看書,整修百葉窗。什麼都做,就是不用去學校。念書歸念書,假期歸假期。我曾經野心勃勃地想要看完普魯斯特寫的“追憶逝水年華”,或是重讀柏格森的作品,但是美麗的陽光戰勝了“斯萬”跟“少女花“,柏格森的哲理輸給了海灘跟餐前酒!其實我看到薹灣的學生在夏天頂著大太陽去上課,心裡很為他們抱不平,但也許我自己也該這麼努力。

Hier, un jeune collégien m’a abordé dans le métro. Il faut bien pratiquer un peu l’anglais… En fait on a discuté en chinois. Après les questions d’usages, on a parlé scolarité. Pourquoi portait-il un uniforme en plein mois d’août ? Parce qu’il avait des cours supplémentaires et consacrait son été à l’étude. En pratique, ça donne souvent des enfants ou des étudiants assoupis sur les tables des bibliothèques. Mais quand même, le pauvre chou.

Ayant commencé à donner quelques cours à l’Alliance Française, j’ai été béni. Groupe sympathique, sérieux et travailleur, uni et solidaire. Si l’année prochaine est à l’image de ces deux premières semaines, alors je peux me réjouir : cela promet d’être extraordinaire ! Il n’empêche que, comme ces collégiens, mes treize étudiants ont consacré deux mois d’été à apprendre une troisième langue, pour certains juste comme ça. Je suis admiratif.

Ce matin, après avoir constaté que j’avais perdu des kilos en moins, j’ai décidé de retaper mon IMC (celles qui lisent Elle et Cosmo me comprendront) en allant bouffer américain au Subway du coin de la rue. Après avoir lutté pour trouver un siège, j’ai fini par trouver une place à côté d’une maman taïwanaise et ses deux enfants qui… parlaient anglais, sérieux comme des papes. Pratiquer, pratiquer, courir contre le temps.

Vous l’aurez compris, la nourriture taïwanaise bien que délicieuse, n’empêche pas mon sommeil paradoxal d’être peuplé de saucissons qui font la java, de steaks qui sautent à la perche dans une poêle et d’un camembert qui cause philo avec une époisses. À l’étranger, le Mc Do est parfois ce que la méthadone est à l’héroïne : une saloperie qui soulage. Maintenant que j’ai fait mon coming-out ronaldien (whouf, je suis soulagé), on peut passer à la dernière anecdote.

Un jour que je dégustais un cheeseburger dégoulinant de cheddar (I’m lovin’it), une dame et son jeune fils de dix ans sont venus prendre les places à côté de moi. En dégustant un Happy Meal, ils parlaient avenir et rentrée des classes. Il était question d’organiser les soirées du petit après l’école. Il fallait lui trouver la meilleure 補習班 bǔxíbān du quartier, minuter et rentabiliser son temps, ses soirées. Il devait diner avec sa sœur et repasser du temps le soir à étudier. La rue dans laquelle j’habitais à Hualien est remplie de ces bǔxíbān et de petits restaus qui vendent à la pelle ce “thé aux perles”, le 珍珠奶茶 zhēnzhūnǎichá qui fait depuis plusieurs décennies le délice des étudiants. Les enfants en sortaient vers neuf ou dix heures du soir épuisés et rentraient chez eux dormir avant de commencer une nouvelle journée d’étude.

Je vous parle d’un temps que les plus de vingt ans ne peuvent pas connaître. Moi en ces temps là, je faisais des pâtés en Bretagne, des balades dans les marais salants, animais des colos où l’on faisait tout sauf bosser ou alors passais mon été je ne sais plus comment, à lire ou à peindre des volets. J’ai eu un moment le projet ambitieux de m’enfiler la Recherche ou de relire Bergson, mais le soleil a eu raison de Swann et de la Duchesse de Guermantes, la mer et les apéros des données immédiates de la conscience ou des théories lumineuses dudit quidam sur l’intuition. Même petit, les devoirs de vacances ont toujours été un vœu pieux, une lointaine résolution. Au fond de moi, je ne peux pas m’empêcher de plaindre ces jeunes qui passent un été dans la chaleur moite de Taipei à étudier au lieu de faire des randonnées dans les montagnes… même si c’est peut-être ce que j’aurais du faire.

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