La France à l’étranger : les lauriers se fanent ?

Par rapport à d’autres, la culture française n’a pas besoin de se faire connaître : elle est déjà connue. Pour beaucoup de gens la France représente un pôle de culture très fort. Au Japon ou à Taiwan, on parle de french mania. Les enseignes des magasins sont en Français, pour le prestige, parce la France charrie tout un imaginaire entretenu par des films comme Midnight in Paris. Un imaginaire romantique, délicatement suranné. On peut longtemps disserter sur ces représentations, voire s’en moquer gentiment, le français n’aime pas être catégorisé. C’est de toute manière un imaginaire anachronique : la plupart déchantent bien vite une fois arrivés à Charles de Gaulle en voyant la tête des douaniers et les racailles dans le RER B.

Cet imaginaire a été bien réel, et nos élites s’emploient méthodiquement à le ruiner depuis 40 ans. Concernant l’Asie où je suis, les gens se foutent absolument de l’idéologie qu’on colle dans nos manuels. Ce qui les intéresse c’est l’art de vivre à la française, une certaine vision courtoise, galante dans les rapports humains et qui n’existe plus disons depuis les années 60-70 ; la gastronomie, qu’on leur vent sous forme de produit de luxe, ce qui permet d’augmenter les prix en douce ; la culture livresque : Camus, Sartre, Deleuze, Derrida, Foucault, Barthes et j’en passe. Après la mort de Levi-Strauss, le Monde s’interrogeait pour savoir s’il existait après sa mort, des intellectuels de sa trempe. Eh bien ?

Je ne suis pas citoyen du monde. Enseigner le français est donc à la fois pour moi une fierté – celle de pouvoir introduire des gens à une culture que j’aime, à des auteurs que je lis, des compositeurs que j’écoute – et à la fois une gêne, et plus je lis les journaux, plus j’entends mes amis taïwanais revenir de France plus ce sentiment douloureux et mortifiant de tristesse et de honte s’intensifie. Au mépris des principes républicains, nous vivons la fin de ce qui est une véritable révolution culturelle, qui sape de manière systématique nos fondamentaux pour pouvoir adapter le consommateur à la société métissée et au capitalisme trash qu’une finance toute puissante appelle de ses voeux.

Cette douleur, c’est aussi celle de certains expatriés, qui préfèrent partir plutôt que de rester dans un pays que l’on saccage de manière programmée. Ce qui me choque ce n’est même plus le manque de culture de nos dirigeants, Sarközy a fait violemment chuter le niveau, mais c’est leur manque de goût. Shakira, Chevalier des Arts et des Lettres ! Quant à Jeff Koons qui met un Mickael Jackson en porcelaine dans le Salon de Diane à Versailles, c’est quelque chose, j’espère, que les japonais ne nous pardonneront pas. Même les touristes sont dégoûtés de voir comment l’administration les traite et heurtés par la propreté des rues de Paris et l’insécurité qui y règne.

On ne peut pas tenir le discours que l’on tient sur l’immigration quand on voit le comportement de certains de nos ressortissants à l’étranger. Comme certains jeunes étudiants français en échange qui, trop heureux d’échapper au joug parental et sociétal, se comportent souvent en pays conquis, sont désagréables voire méprisants envers ceux qui les accueillent et passent six mois à faire la bringue sans pour autant apprendre trois mots de la langue. C’est pourtant un mal nécessaire pour répandre à l’étranger les “valeurs” occidentales d’une société décadente.

La culture est un élément essentiel du soft power. C’est pour ça qu’il faut revaloriser les universités et accueillir des étudiants étrangers, mettre l’accent sur la recherche en payant décemment nos chercheurs qui se font démarcher sans pitié par les autres gouvernements, libérer les entreprises des taxes qui les tuent pour faire revenir de l’emploi, réinjecter des crédits dans la défense et recréer un système de coopération militaire ou civile, redonner leur dignité aux affaires étrangères et laisser aux Alliances Françaises leur indépendance. La France et la francophonie ont leur rôle à jouer, parce qu’elles portent une tradition intellectuelle différente, une alternative, une richesse. L’Europe aussi, pourvu qu’elle se construise de manière intelligente. Une période de crise est toujours une période de remise en question et de renouvellement. Alors on s’y colle, hop hop !

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Image : Pieter Claesz – Vanité

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