Dies dictae

Demain c’est dictée. Joie dans les chaumières. Alors que mes copains japonais vont taper un carton, je vais encore m’emmêler les pinceaux.

Mon oncle, grand érudit pénétré de textes classiques et de sagesse chinoise m’a dit un jour qu’il fallait écrire. Écrire ? Écrire ! Mais comment ?

  • Règle n°1 : maîtriser l’ordre des traits
  • Règle n°2 : connaître les clefs
  • Règle n°3 : écrire des phrases non pas des mots
  • Règle n°4 : accepter de s’astreindre à cet exercice quotidiennement

Le pianiste fait ses gammes, le basketteur fait des trois points, le calligraphe calligraphie. Si la tête oublie (et elle oublie !), le corps se souvient. La mémoire vient du corps, les chinois précèdent Bergson de 3000 ans.

En lisant, on ne prête pas assez attention à la composition des caractères. L’écriture permet d’accéder à une autre dimension de la culture chinoise. Il y a une mystique des caractères, une vision du monde qui s’exprime à travers ces éléments réunis pour exprimer avec une merveilleuse concision une idée, un concept ou une réalité concrète.

En mettant les deux pieds dans le plat, je dirais qu’apprendre le chinois à Taïwan est une chance. Comme vous le savez sans doute, Taïwan a gardé les caractères traditionnels qui ont été simplifiés de l’autre côté du détroit. C’est un casse-tête pour tous les étudiants, taïwanais comme étrangers : trop de traits. Mais pourtant…

L’esthétique mise à part, les caractères dits “compliqués” (de fait, la lecture des journaux en chinois rendrait myope un pilote de chasse) permettent de faire entrer en résonance les éléments composant les caractères mieux que les simplifiés et préservent la logique de la langue.

Les traditionnels font la différence entre 麵 mian, les nouilles et 面 mian, la face. Sur le continent les deux s’écrivent 面… La différence, c’est la clef du blé. Je n’ai compris qu’à Taïwan que les nouilles n’avaient aucun rapport avec la face. Ahem…

Avec une certaine pratique, on finit par retrouver les mêmes éléments dans des caractères très différents. Le cerveau humain, dans son infinie complexité se charge alors lui-même d’établir des parallèles. Et parfois, c’est l’illumination, ce qui rend l’étude du chinois intellectuellement très stimulante.

Voilà bientôt un mois que j’ai repris les cours à l’université et je me souviens de cette parole de mon oncle : “Apprendre le chinois, c’est comme rentrer dans les ordres”. À méditer…
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