中國思維-La pensée chinoise

氣La pensée occidentale a du mal à classer dans ses catégories la pensée chinoise qui cherche précisément à y échapper. Avoir ou ne pas avoir l’être, telle est la question. En chinois, le mot de « pensée » ou de « philosophie » désignant une discipline spécifique n’existe pas. Le terme de 哲學 zhexue a été créé au XIXe siècle au Japon et désigne par tetsugaku la philosophie occidentale et non pas la pensée chinoise. Les nombreuses écoles dans la Chine ancienne montrent que si les chinois n’ont pas pensé comme nous, ils possèdent une solide tradition intellectuelle qui nous fascine aujourd’hui.

Les penseurs chinois ne se sont pas désignés sous le nom de « philosophes ». Confucius se voyait comme un moraliste et un pédagogue, Mencius comme un moraliste ou un conseiller politique. La réflexion philosophique a essentiellement une utilité pratique et se met au service du politique. L’intellectuel, qui a surtout eu un statut de lettré-fonctionnaire à l’ère impériale est le plus souvent un conseiller du Prince. Si l’on parle d’écoles de pensée dans la Chine ancienne (confucianiste, taoïste ou légiste), il s’agit davantage de courants définis à posteriori par des compilateurs.

C’est déjà un problème de langage. Le chinois classique est beaucoup moins figé dans des catégories grammaticales que les langues européennes. Également, les chinois n’ont pas cherché à doter leur réflexion de termes spécifiques. En chinois classique, des termes comme 道 dao, yin, yang ou 氣 qi sont fondamentaux mais on les retrouve aussi dans d’autres contextes. La langue classique est extrêmement riche, concise et les caractères sont souvent polysémiques. Les sujets sont souvent omis et la ponctuation absente des textes traditionnels. Les textes chinois ne se lisent pas d’une manière linéaire mais par résonance, d’où l’importance accordée au par coeur et à la pratique constante des mêmes textes (Anne Cheng parle de trame).

On ne peut pas parler de cloisonnement de la pensée. Les textes philosophiques chinois appartiennent à plusieurs genres différents. Par exemple les 5 classiques, les textes fondateurs du confucianisme, qui consistent en un recueil de poèmes (詩經 shijing), un recueil de documents historiques (書經 shujing), un manuel de divination (易經 yijing), une chronologie historique (春秋 chunqiu) et un livre de rituels (禮記 liji). Le recours à la poésie ou à la peinture permettra de transmettre d’une manière profonde un contenu philosophique. Les poèmes de Wang Wei (701-761) ici et ici en sont un exemple. Il ne faut pas oublier que l’écriture chinoise est d’origine divinatoire et que les sinogrammes qui renvoient aux choses sont aussi des choses : la pensée chinoise « s’inscrit dans le réel au lieu de s’y superposer » ! (Cheng, 1997, p.35)

Si la Chine est l’autre pôle de l’expérience humaine, il faut donc essayer de se défaire de ses catégories pour pouvoir l’appréhender dans toute sa beauté et sa complexité. En effet, on ne peut pas comprendre la mentalité chinoise et plus encore la mentalité taïwanaise sans faire référence, d’une manière ou d’une autre à leurs traditions.

Même si on a parfois de la peine à les retrouver dans les immenses buildings de Shanghai, elles restent comme un substrat dans l’humanité du peuple chinois, cette humanité sévèrement touchée par les égarements maoïstes mais que j’ai trouvée chez les shanghaiens du quotidien et sous une forme un peu différente chez mes amis taïwanais. Si cela est moins visible en Chine, la société taïwanaise reste assez enracinée et imprégnée à la fois de spiritualité et de riches traditions.

Mon interrogation est assez concrète et part de mon expérience du quotidien. D’où viennent les traditions que j’observe ici ? Dans quelles conceptions ou visions du monde s’enracinent t’elles ? Elle poursuit également un objectif interculturel : dans un monde global, comment peut-on entrer en dialogue avec la mentalité chinoise sans la dénaturer, sans lui imposer paresseusement nos propres catégories ou sans tomber dans un certain exotisme idéaliste assez superficiel ?

C’est ce que je me propose de faire ici sous forme de petite notes de synthèse. Le moyen pour moi de renouveler un peu ce blog, et de vous faire partager mes lectures en m’obligeant à une certaine rigueur !

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