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La nouvelle est tombée fin août : Taïwan serait devenue la destination préférée des expatriés ! Cette petite île au large de la si vaste Chine, méconnue, voire seulement connue des européens pour ses objets en plastoque « Made in Taïwan » a beaucoup changé, et souffre de son isolement sur le plan international. En conséquence, le gouvernement et la population toute entière se sont lancés dans une politique de softpower qui porte ses fruits, on ne peut que s’en réjouir.

Yangming Shan (crédits Expedia.fr)

Le fait que Taïwan soit un endroit où il fait bon vivre ne date pas de la colonisation japonaise puisque le nom « isla formosa » donné par les navigateurs portugais au XVIe siècle veut dire « île de beauté ». Il faut dire qu’elle ne vole pas son nom : des dizaines d’itinéraires à partir de Taipei vous permettront de le découvrir. Après vingt minutes de bus à partir de la gare centrale, le promeneur, le marcheur ou le cycliste pourra s’offrir une suée salutaire dans les montagnes, découvrir des paysages à couper le souffle comme sur le 桃源谷 Taoyuan Gu ou les chemins de 陽明山 YangMing Shan et évidemment, en sortant de Taipei, aller partout où il pourra, notamment sur l’île de la Tortue, l’île des Orchidées, les montagnes de Taroko du côté de Hualien. Il pourra aussi 環島 huandao, c’est à dire faire le tour de l’île en train, en scooter, à pied, à cheval ou en voiture en descendant jusqu’au parc national de Kenting 墾丁國家公園 Kenting Guojia Gongyuan et en remontant par 屏東 Pingtung. 

Taïwan, de par sa localisation géographique, est un creuset mêlant diverses influences, austronésiennes, japonaises, chinoises notamment, aujourd’hui de plus en plus américaine. Durant ses cinquante ans colonisation, le Japon a profondément et durablement marqué le paysage (infrastructures routières, ferroviaires) et le caractère des taïwanais. Les liens avec le Japon ont demeuré et je pense que l’on peut considérer Taïwan comme le distributeur-tamis de l’influence japonaise en Chine. Cette intuition reste à étayer ! Habitant alors Hualien, j’avais croisé des cars de japonais ayant habité là avant 1945 et revenant avec émotion sur les lieux de leur enfance. Les taïwanais, à la différence des chinois continentaux, aiment en général plutôt bien les japonais qui ont aménagé les sources d’eau chaudes en bains pour notre plus grand bonheur.

 

Le principal mode de déplacement reste le scooter. Il est facile de s’en procurer un d’occasion (attention à la qualité), d’en louer un lorsqu’on se déplace ou d’en acheter un neuf si on choisit d’investir. Suite à de nombreux abus de la part des touristes étrangers, il est devenu un peu plus difficile d’en louer sans permis international ou – mieux – permis taïwanais, que je vous engage fortement à passer si vous y restez quelques temps. Ce n’est pas cher, il y a deux épreuves : une théorique que vous pouvez passer en anglais, et une pratique à savoir un petit parcours santé en « U ». Cela vous simplifiera la vie et vous permettra de ne plus avoir de sueurs froides lorsque vous passerez devant un groupe de policiers de la route ! Plus on descend dans le Sud, plus la conduite est aléatoire, alors la prudence doit rester de mise. Les accidents sont fréquents (le conducteur qui ouvre sa portière sans regarder, etc.) et souvent tragiques. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire là dessus, conduire à Taipei n’est pas une mince affaire !

Mais que serait Taïwan sans les taïwanais ? Elle perdrait assurément de son charme. Sans rentrer dans les détails, je me contenterai des stéréotypes et de mes propres réflexions. Lorsque je suis arrivé à Hualien enseigner le français, j’ai eu beaucoup de mal à fraterniser avec mes étudiants que j’ai trouvé au départ très timides voire craintifs. En début d’année, les activités « brise-glace » étaient absolument nécessaires pour qu’ils puissent vaincre cette timidité et se faire des amis. Habitué aux chinois de Chine plus directs, je trouvais mes étudiants excessivement polis, parfois à l’excès, et assez surprenants. J’avoue que cela m’a agacé un certain temps jusqu’à ce que je comprenne que c’était une manifestation de leur délicatesse et de leur prudence dans les relations sociales. Les premiers mois, j’ai donc été très seul, et ai assez douloureusement fini par comprendre ce que le renard dit au Petit Prince sur la signification du mot « apprivoiser ». Se faire de vrais amis prend du temps, mais lorsqu’un taïwanais s’investit dans une relation, c’est pour la vie. Et ça, c’est sans doute le bien le plus précieux au monde.

Bref, je pourrais déblatérer une heure sur les bienfaits de Taïwan. C’est une belle île, mais par pitié ne la salopez pas et ne salopez pas les gens qui y vivent en leur important des coutumes d’occident détestables, faisant de l’activisme politique, impérialisme capitaliste, boboïsme moralisateur, « enrichissement culturel » à sens unique et compagnie…  Les taïwanais ont tellement à nous apprendre ! Il y a un mot pour cela : 入境隨俗 rujingsuisu : à Taïwan, fais comme les taïwanais !

 

paul-josephine親愛的朋友,

我三年前回國了, 時間真的過得很快!除了在臉書上以外,我沒有給你們大家很多的消息。但是,雖然在我國很快樂,我還是很想念我在臺灣的時光!

我回國之後有先參加了朋友的婚禮、享受假期、跟家人和朋友花了時間。多虧朋友的幫助,我九月找到工作了:負責跟教育部有關的網站。因為那時沒有很多錢,所以應該要住我弟的套房!巴黎與朋友舊雨重逢!

2014 年等不及換工作,搬家和找新住的地方。三月初到底搬到地十三區了,巴黎的中國區域,住在又安靜又熱鬧的地方,在附近的教會參加彌撒(中華聖母堂)。其實那邊東南亞的人比中國人多:越南人、高棉人、泰國人之類的。也有我在亞洲最討厭的昆蟲:蟑螂 。

2015年是變化年。在朋友的婚禮遇到好女人。她叫瑪麗,是很美的音樂老師!形容她不是很容易,有機會會來介紹!我們快一年在一起了,5月訂婚了,明年5月要結婚!感謝天主!另外,我9月開始拉古典大提琴了,覺得很有趣,拉得越來越好。

2016年是前ㄧ年的延伸。瑪麗和我更深刻地了解彼此,彼此相愛,跟朋友一起消磨時光,出去玩兒。巴黎真是很美的城市,我喜歡跑來跑去、玩法式滾球、我每天認真得拉古典大提琴、去多音樂會、騎自行車… 什麼時候要來看我? :p

2017年呢?等不及!我還是很想念台灣的時光,很想念你們大家,很想念永康街的餐廳!有機會在想到那兒回去找工作、練習中文(嗯嗯)、試試看新煮飯方式!我雖然很遠,雖然很少跟你們聯絡但是每天想你們!

天主保佑!

孟德

PS: 寫錯了請跟我講! d(^o^)b

img_0387Voilà maintenant plus de deux ans que je suis rentré d’Asie, après trois ans entre Shanghai, Hualien et Taipei.

Un retour est toujours une expérience aussi bouleversante qu’un départ, et trompeuse. Il ne s’agit plus de quitter son cadre pour un autre, inconnu, mais de le retrouver ! Beaucoup rentrent au pays avec cette impression qu’ils reviennent comme des Hobbits à la Comté, dans de petits trous confortables et un peu endormis par un quotidien sans nuages dans lequel ils ne se retrouvent plus. De fait, on retrouve la vie quittée quelques années plus tôt telle qu’on l’a laissée ou presque, tout en ayant changé et souvent élargi ses vues, sans toutefois pouvoir en prendre la mesure et savoir en quoi on a changé. La vie de notre famille et de nos amis, a continué sans nous avec son lot de joies et de peines et ils ne s’intéressent pas forcément comme on le voudrait à ce qu’on a vécu, difficilement racontable à qui n’a pas partagé notre expérience.

*****

Il y a quelques années, je suis parti en Thaïlande avec quelques amis dans les montagnes non loin de la frontière birmano-thaï chez des Karen, un peuple de montagnard paisibles, rudes au grand cœur. C’était mon premier voyage hors d’Europe et ce que j’ai vécu a été un véritable choc, presque une conversion. J’ai tout raconté à une inconnue dans le hall d’embarquement de l’aéroport de Bangkok, et me suis rendu compte une fois rentré que j’étais incapable de partager ce qui m’avait bouleversé à ceux qui m’entouraient. Il n’y avait pas de points de comparaison entre les villes françaises et la jungle thaï, moite et humide, les chants et les rires des enfants et les soirées avec leurs profs. En un mois et demi, j’avais beaucoup vécu et j’ai mis deux ans à m’en remettre.

Vous l’aurez compris, ma première expérience de retour a été celle-là. En rentrant en France, je me suis confronté à la vulgarité de la vie quotidienne, aux blagues grasses sur les bordels de Thaïlande où je n’avais pas fichu un pied. Le contraste avec la simplicité et la droiture des montagnards était trop grand. Notre siècle trop laid. Notre société trop corrompue. Nostalgique, je ne pensais qu’à « mes » montagnes et à un moyen de vivre encore ce bouleversement, je ne pensais qu’à repartir. J’ai commencé alors à fréquenter plus régulièrement une de mes parentes très cultivée et curieuse ainsi que son mari qui avait longtemps « mangé du riz chinois ». Il était « devenu » chinois et allait devenir mon maître en me transmettant son amour de la Chine.

Il avait connu la Chine intimement à un moment trouble de son histoire et parlait parfaitement le mandarin – même des chinois venaient lui demander des conseils – émaillant toute sa conversation de 成語 chengyu, ces innombrables phrases locutoires subtiles et pleines de sel et d’esprit chinois. Tout ce que j’ai vécu ensuite, c’est à ma tante et lui que je le dois. C’était un spécialiste de la Chine ancienne, il traduisait des textes anciens du chinois classique. Quel puits de culture c’était et quelle belle langue il parlait, ce mandarin du Nord rond et puissant agrémenté de 兒 er ! Je passait des heures chez eux, la théière était toujours pleine et le temps comme suspendu. Il était cependant trop âgé pour m’enseigner lui même le chinois mais me prodiguait conseils et encouragements.

J’ai donc commencé à apprendre le chinois tout seul, puis suis parti quelques mois pour Shanghai. En revenant, je savais que j’allais partir à nouveau. On m’a proposé Taïwan. J’ai dû tout réapprendre pour me familiariser avec les caractères traditionnels. Au bout de deux ans, j’ai su que j’avais besoin de rentrer et de reprendre racine.  Des opportunités professionnelles s’ouvraient et je n’avais pas vu famille et amis depuis assez longtemps, ils me manquaient. On m’avait dit avant que je parte : « Si vous partez plus de trois ans, vous ne rentrerez plus ». Le retour serait plus rude, la réadaptation plus difficile. Et je ne voulais pas rester coincé entre deux cultures ou dans une culture qui n’était pas la mienne. Après m’être écarté, j’avais besoin de rentrer au camp de base et reprendre des forces.

Comme beaucoup, c’est loin de ma terre natale et en enseignant le français que j’ai pris conscience de mes racines. Les chinois ont un proverbe pour cela : 根深葉茂 gen shen ye mao, lorsque les racines sont profondes, la végétation s’épanouit. La culture est une vision du monde qui nous est transmise. Loin d’être un obstacle, c’est pour moi un atout pour comprendre d’autres cultures ou systèmes de pensée. Au nom de la diversité, ou d’une vision superficielle de la culture on a mondialisé le stéréotype et favorisé une vision unique du monde qui ne s’exprime qu’en anglais. C’est ce qui oppose le missionnaire au touriste. Loin de moi l’idée de dénigrer l’anglais, mais reconnaissons qu’il a ses limites : on ne crée des ponts qu’en pensant entre les langues.

Six mois avant de partir, j’ai commencé à préparer mon retour. J’ai renoué des contacts, commencé à dire autour de moi que je revenais, que je cherchais du boulot dans tel ou tel ou tel domaine. En rentrant, j’ai trouvé un CDD au bout de trois mois dans un lieu intéressant, puis un CDI dans une entreprise. Au fur et à mesure, j’ai revu des amis, m’en suis fait de nouveaux, ai fait d’heureuses rencontres. J’ai retrouvé ma famille et ma tribu de cousins plus ou moins éloignés, ai repris la musique. Après presque trois ans, l’envie de repartir me reprend, toujours dans le monde chinois, la passion de ma vie, ailleurs, autrement. On s’habitue à tout, même aux départs… et même aux retours.

Ce blog, resté en sommeil pendant longtemps n’est donc pas mort ! Il reprendra autrement, au fil des mois.

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Mes bien chers amis,

Après presque trois ans à Formose, trois ans de fructueuses rencontres, de grandes balades en montagne, de moments de galères, de grands moments de joie, je rentre au pays pour y poser mon sac  quelques années. C’est un besoin que je ressens comme l’oiseau a besoin de son nid pour prendre son envol. Mon pays m’a manqué ! A moi maroilles, jus de treilles et saucissons !

Que l’on ne s’y méprenne pas. En partant, à Shanghai et ensuite à Taïwan, je savais que je m’engageais sur un chemin qui me prendrait vraisemblablement une vie, sinon plus. Malraux a écrit que la Chine (et sa culture) était « l’autre pôle de l’expérience humaine ». Après avoir vécu, il me reste encore beaucoup à apprendre !

Il n’est donc pas question que ce blog s’arrête, je le continuerai sous une autre forme. Articles, notes de lectures, retour d’expérience… Lorsqu’on vit à l’étranger, d’imperceptibles changements se produisent. C’est souvent en rentrant et en se confrontant à la réalité qui fut la nôtre pendant les premières années de notre vie qu’on en prend la mesure.

C’est aussi loin de mon pays, en lisant quotidiennement la presse, en reprenant des ouvrages philosophiques, historiques ou littéraires que j’ai appris à l’apprécier, à le redécouvrir. Loin de mes racines, j’ai découvert la nécessité de l’enracinement ; plongé dans l’inconnu, j’ai compris la nécessité de la transmission et acquis une certaine « intelligence de l’autre ».

L’enseignement du français m’a beaucoup aidé pour cela. Enseigner en pays étranger, c’est partir de sa propre culture pour se confronter radicalement à une autre, à d’autres habitudes, à un autre système de références. C’est parfois déroutant, questionnant. Enrichissant également. Face à autant d’individualités, j’ai pu prendre contact avec de nombreuses facettes de la diversité taïwanaise !

Taïwan… Île riche de son histoire sino-japonaise, de ses influences culturelles, riche de son peuple et de sa gastronomie, riche de ses temples et de ses traditions encore vivaces… Tout départ est un déchirement. Je suis sûrement passé à côté de plein de choses que je redécouvrirai quand j’y reviendrai. Je quitte de merveilleux amis, laisse des choses inachevées.

Ainsi, ce blog prendra peut-être un nouveau visage, plus français pour mes amis taïwanais. Sans doute un bon moyen pour garder contact avec ces amis lointains comme je l’ai fait pour mes amis de France. Un excellent moyen aussi pour entretenir mon chinois et perfectionner mon écrit ! Une langue doit rester vivante sous peine de s’éteindre par manque de pratique !

Une page se tourne, une nouvelle reste à écrire ! Dans la joie de vous revoir tous, ici ou ailleurs, je vous embrasse bien affectueusement.

孟德 - Meng De

Si l’on me demande ce qui m’a manqué pendant ces deux ans passés à l’étranger, je pourrai vous répondre de plusieurs manières. Oui le saucisson, le bon vin, le foie gras, Livarot, Maroilles et autres fromages odorants se sont souvent imposés dans ces moments privilégiés durant lesquels le sens des réalités est détrôné par un doux onirisme. Oui, je peux vous parler des gens qui m’ont manqué, des mariages d’amis très proches auxquels je n’ai pas pu assister, des baptêmes, multiples naissances, de mes deux adorables filleuls que je ne vois qu’en photo. Évidemment ! Mais ma frustration ma pesanteur quotidienne, ça a été la lecture.

Essayez un peu de faire venir des livres par la poste, commandez-les sur Internet. Vous y sacrifierez un pourcentage non négligeable de votre pain quotidien. Alors adieu veaux, vaches, cochons, couvées, voyages et bon repas ! Et comment ramener chez soi Read More

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La cathédrale de Chartres On l’a connue norcie par les ans et la pollution. Depuis plusieurs années déjà, des travaux de restauration titanesques ont été entrepris. Le choeur a été libéré il y a quelques jours de sa gangue d’échafaudages. Courrez-y si vous avez le temps !

Ce qui fait le charme des gens c’est le côté où ils perdent un peu les pédales. […] Si tu ne saisis pas le petit grain de folie chez quelqu’un, tu ne peux pas l’aimer.

Gilles Deleuze

 

O Bouteille,
Plaine toute
De misteres,
D’une aureille
Je t’escoute
Ne differes,
Et le mot proferes,
Auquel pend mon cœur.
En la tant divine liqueur,
Qui est dedans tes flancs reclose,
Baccus, qui fut d’Inde vainqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vin tant divin loin de toy est forclose
Toute mensonge, et toute tromperie.
En joye soit l’Aire de Noach close,
Lequel de toy (toi) nous fist la temperie.
Sonne le beau mot, je t’en prie,
Qui me doit oster de misere.
Ainsi ne se perde une goutte.
De toy, soit blanche ou soit vermeille.
O Bouteille
Plaine toute
De mysteres,
D’une aureille
Je t’escoute :
Ne differes.

Rabelais – Comment la Pontife Bacbuc présenta Panurge devant ladicte Bouteille (Chapitre XLIV du Cinqiesme Livre)

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Cette année du Dragon s’annonce sous les meilleurs auspices ! Je vous souhaite donc à tous une magnifique, joyeuse, prospère, lucrative, extraordinaire, ébarnouflante, voire bouleversifiante nouvelle année lunaire !

恭喜發財 ! (inclination)

À Taipei il pleut tout le temps, et ce n’est pas une petite drache. Les Taïwanaises sont d’ailleurs arrivées à la conclusion irréfutable qu’un short sèche plus vite qu’un pantalon (voire qu’un minishort sèche plus vite qu’un short) et exhibent avec la plus insolente pudeur des jambes de mannequin.

Afin d’éviter le désagrément de la chaussette mouillée, la tong est devenue le symbole de la résistance à l’oppression des averses. Bon marché, pratique et fonctionnelle, participative, elle se porte hiver comme été et par son minimalisme même préserve l’épiderme d’une humidité prolongée.

On les repère de loin, ces tatanes Rrr chtp rrr chtp rrr chtp rrr… Elles sont de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les types, de toutes les tailles. Brésiliennes, bohémiennes, lilliputiennes ou olympiennes, tressées, plastifiées, à semelles compensées, talonnées, UMPées, publicitaires, autoritaires, balnéaires voire catilinaires. Quem ad finem sese effrenata jactabit audacia ?

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* J’ai piqué le dessin à Gotlib. À lui 1000 années de prospérité.

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跨年 - Sauter l’année… Joyeuse nouvelle année grégorienne !  Ce moment est souvent un moment un peu dur pour nous, pauvres expatriés éloignés dans une terre très hospitalière des coutumières ripailles gauloises. Pourtant, grâce à quelques parents et amis attentionnés, nous avons réussi à réunir le minimum vital pour se taper la cloche dans les règles …

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孔廟 – Le Temple de Confucius Passage obligé pour qui va à Tainan. C’est un havre de paix en pleine cité, un lieu de calme, de recueillement et de rencontre. Le premier temple construit à Taiwan au XVIe siècle. Il compte parmi mes endroits préférés à Taiwan avec le Temple de la Montagne du Dragon …

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Nouvelle année, nouvelles résolutions ! La première : vous partager ces photos qui trainent depuis trop longtemps sur mon disque dur ! Les mois ont passé, mais ce sont bien ces souvenirs de Tainan que je vous fais partager là.  Breizh atao ! Souvenirs bretons… Les marais salants de 井仔腳 avec leurs beaux oiseaux blancs, compagnons d’une journée, les paludiers …

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riflessioniechiccheartistiche:

Pieter Bruegel l’ancien

Vivre dans un pays dont on ne maîtrise absolument pas la langue c’est faire l’expérience de l’étrangèreté : pour l’Autre je suis et je demeure une étrangère étrange.

Il ne sait pas d’où je viens, ou peut-être le devine-t-il. Pour lui je ne suis qu’un être anonyme de passage dont il ne peut rien savoir, qui ne l’intéresse parfois même pas.

Pourquoi éprouver de la curiosité pour celui qui habite chez vous mais ne peut même pas prononcer une phrase élémentaire dans votre langue ?

Il ne peut pas comprendre ce que je lui dis, je ne peux pas comprendre ce qu’il me dit. Nous nous parlons une langue commune qui n’est ni la sienne ni la mienne, que nous ne connaissons tous les deux qu’imparfaitement, et ne peut donc rendre qu’imparfaitement le contenu de notre pensée.

Du langage nous en sommes donc réduits à la communication.

Nous nous adressons la parole dans une langue dépouillée de sa culture, qui n’est plus qu’un outil. Elle est privée de vie.

Plus que le déracinement, l’incommunicabilité est peut-être l’expérience la plus saisissante que l’on puisse faire.

Mais quand bien même il parlerait ma langue, quand bien même je parlerais la sienne, il y aurait toujours une distance entre nous deux. Et si nous parlions chacun la langue de l’autre ? Et si je parlais toutes les langues de la terre ?

Parler une nouvelle langue c’est s’ouvrir un monde. C’est enclencher un processus de paix par le déracinement volontaire dans un habitat qui n’est pas le mien. C’est se rendre vulnérable pour mieux comprendre. C’est ouvrir ses frontières.

Si “Grandir dans une langue c’est une façon d’apprendre à connaître le monde” comme le dit Gadamer, apprendre adulte de nouvelles langues c’est redevenir enfant et grandir à nouveau pour redécouvrir la même chose différemment.  

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Tainan (1) – Enfin, j’ai fait une pause… Habitué au vacarme de la ville, j’ai pu profiter de quelques jours de vacances non loin de Tainan, à la campagne. Sur un petit scooter que l’on m’avait généreusement prêté, j’ai entrepris d’aller jusqu’à la mer. J’ai commencé par aller au village de 鹽水 yanshui, “Eau salée”. …

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Dans la série : “Je piste les concerts à Taïwan et je prends le train”, je suis parti sur un coup de tête à Miaoli (苗栗). Pour les 100 ans de la République de Chine, le Guomindang (國民黨) avait commandé une pièce éminemment politique à un artiste taïwanais : un opéra sur la rencontre entre Louis XIV …

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王維 Wang Wei (701-761) - 山居秋暝 Soir d’automne en montagne

空山新雨後     Pluie nouvelle dans la montagne déserte
天氣晚來秋     Air du soir empli de fraîcheur d’automne
明月松間照     Aux rayons de lune s’ouvrent les branches de pin
清泉石上流     Une source limpide caresse de blancs rochers

竹喧歸浣女     Frôlant les lotus passent quelques barques de pêcheurs
蓮動下漁舟     Rires entre les bambous : c’est le retour des laveuses
隨意春芳歇     Ici et là rôde encore le parfum du printemps
王孫自可留     Que ne demeures-tu, toi aussi, noble ami ?

(trad. François Cheng, in L’écriture poétique chinoise, Points Essais)

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L’Institut Ricci de Taipei et le mensuel Renlai nous ont convié à une série de concerts de “fusion” pendant l’été dont celui de vendredi était le dernier opus. Tablas, guzheng, piano, contrebasse, sarod et cajon, timbres et clochettes, tambour de basque et pied de micro. Tout y était. Groupes de qualité, auditoire attentif et enthousiaste… …

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笨老師的第一堂課:
問題:老師,為什麼夏天去星巴克的時候要穿外套?
答案:小傻瓜,因為臺灣人超喜歡開冷氣。
問題:所以呢?
答案:所以,所以,在臺灣很容易感冒!
感謝,笨老師!Aaaaaaïtchaa !

Professeur Dinguo, premier cours.

Question : Professeur, pourquoi faut-il se promener avec un manteau à Taïwan lorsqu’on va au Starbucks l’été ?

Réponse : Petit fripon, mais parce que les Taïwanais adorent l’air con’ !

Question : Et alors ?

Réponse : Et alors, et alors, choper un rhume à Taïwan est d’une simplicité enfantine !

Merci, Professeur Dinguo ! Aaatchââââ !

Cette réputation d’imperméabilité, qu’on a faite à la langue et à la pensée chinoises, est, pour les études sinologiques, le plus grand danger ; ces études ne se poursuivront méthodiquement que si elles cessent d’être l’apanage d’un corps trop étroit de spécialistes ; il convient qu’elles appellent sur elles le contrôle du plus grand nombre possible de gens avertis et renoncent enfin au prestige du mystère. Je me risque donc à pénétrer dans cette caverne sacrée où l’on a logé les idées chinoises — afin de montrer au moins qu’elle n’est pas hermétique, et quitte à n’y être guidé que par une lumière insuffisante.

Marcel Granet, Quelques particularités de la langue et de la pensée chinoises, 1920

淡水 Danshui Au Nord de Taipei se trouve la petite ville de Danshui où l’on peut trouver des vestiges d’un passé colonial désormais révolu. J’y ai passé quelques jours chez un de mes amis. C’est une petite ville tranquille et sympathique, au bord de la mer. Évidemment, elle a ses spécialités culinaires, comme des boules …

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Le Poème Harmonique, dir. Vincent Dumestre

Quand le flambeau du monde

Quitte l’autre séjour,

Et sort du sein de l’onde

Pour rallumer le jour,

Pressé de la douleur qui trouble mon repos,

Devers lui je m’adresse, et lui tiens ce propos :

Bel astre favorable

Qui luis également,

A chacun raisonnable

Fors qu’à moi seulement,

Astre qui fait tout voir, et qui vois tout aussi

Vis-tu jamais mortel si comblé de souci ?

Depuis que ta lumière

Vient redonner aux cieux

La clarté coutumière

Si délectable aux yeux,

Jusqu’au soir qu’elle va dans les eaux se perdant,

Mon soleil est toujours au point de l’Occident.

Et puis quand la nuit sombre

Vient au lieu du soleil,

Et cache sous son ombre

L’horreur et le sommeil,

Joignant les mains ensemble et levant les deux yeux,

J’adresse ma parole aux étoiles des cieux :

Astres pleins d’influence,

Aux mortels gracieux,

Qui guidez l’existence

Et laissez jusqu’aux cieux

Et ramenez la nuit dont la brune couleur

Me semble conspirer avecques ma douleur.

Sur un poème de Jacques Davy du Perron (1555-1618)

剛接收 René Grousset 的 L’Empire des Steppes”了,所以給你們聽一首蒙古的歌… 這班子的表演很精彩!在我剛剛收到的包裹裡面還有一封家庭的明信片,一些書,兩根法國香腸跟兩罐鵝肝。好開心喔!萬歲家族,萬歲法國!

Une chanson mongole pour célébrer parmi d’autres choses l’arrivée à la maison de “L’Empire des Steppes” de René Grousset, une lettre familiale, deux saucissons et deux pots de foie gras ! Longue vie aux miens, et vive la France !

Jacques Dars est décédé le 28 décembre à l’âge de 69 ans. Grand érudit et connaisseur de la culture chinoise, nous lui devons plusieurs excellentes traductions, dont celle du classique chinois Au bord de l’eau (水滸傳 shuǐhǔzhuàn) publié en Pléiade et qui fut en même temps que mon premier contact avec la littérature classique chinoise une expérience de lecture unique. Je dois à Jacques Dars dans une certaine part mon intérêt pour cette partie de la culture chinoise que j’espère bien pouvoir pratiquer un jour.

Polyglotte, il parlait plus d’une vingtaine de langues (certains ont de la chance). Directeur chez Gallimard de la collection “Connaissance de l’Orient”, il a notamment publié parmi de nombreux ouvrages “Aux portes de l’Enfer”, “Comment lire un roman chinois”, “Les carnets secrets de Li Yu”. Pour aborder ce monde fascinant qu’est le monde chinois, en effet rien de mieux que la littérature ! À cet égard, l’apport de Jacques Dars à la sinologie française a été précieux et elle a perdu en 2011 l’un de ses principaux et de ses meilleurs contributeurs.

Pour information, je livre à votre réflexion un article intéressant de Zheng Ruolin, correspondant à Paris pour le quotidien 文彙報 Wenhuibao, paru dans Le Monde ce 9 décembre à propos de l’élection de Liu Xiaobo au Prix Nobel de la Paix récemment.

Rarement remise d’un prix Nobel de la paix n’aura suscité autant de polémiques. Comme si deux versions circulaient dans deux mondes parallèles, celui du comité norvégien et celui des autorités de Pékin.

Selon la première version, l’attribution du prix à un “prisonnier d’opinion politique” vise à promouvoir les droits de l’homme en Chine. Le fait que le lauréat soit en prison a été un facteur important, voire décisif, dans l’attribution du prix, avoue le président du comité du prix Nobel. Et il est vrai que pour moi, comme pour beaucoup de mes compatriotes, la liberté de pensée et d’expression est non négociable !

Si Liu Xiaobo avait été condamné à une peine de prison pour un délit d’opinion, ce serait absolument inacceptable. Le problème réside bien là. En effet, d’après la deuxième version, celle des autorités chinoises, Liu Xiaobo a été condamné pour tentative de “subversion de l’Etat” : il appelait, en publiant des “rumeurs”, des “calomnies” et des “diffamations”, à “renverser le régime” et à “abroger la Constitution actuelle” pour “fonder une République fédérale” et mettre fin à la République populaire de Chine.

Cependant, pour l’opinion publique chinoise, c’est tout autre chose. Une majorité des gens, dont une partie des “partisans de démocratie”, même exilés à l’étranger, ne croit ni à l’une ni à l’autre version. Pour eux, Liu est lié à jamais à ce jugement fameux qu’il prononça en 1988 et qu’il n’a pas hésité à réaffirmer en 2006 dans un magazine d’Hongkong : il faudra que “la Chine soit colonisée pendant trois cents ans pour devenir une démocratie”.

Le choc provoqué par cette formule révélatrice de sa pensée profonde fut inimaginable dans un pays qui, dans les années 1980, n’avait même pas encore achevé la décolonisation de l’intégralité de son territoire.

Il faut prendre en compte aussi les réactions scandalisées des Chinois au soutien public apporté plus tard par Liu Xiaobo à l’invasion de l’Irak par Bush, invasion désapprouvée et condamnée par la majeure partie de l’opinion mondiale, y compris celle des Chinois, et par de nombreux gouvernements, dont ceux de Paris et de Pékin. D’où cette inévitable et embarrassante question : quel lien logique est-il possible de trouver entre le prix Nobel de la paix et le soutien de son plus récent lauréat à cette guerre illégale ?

PATIENCE ET PERSÉVÉRANCE

Enfin la Charte 08, une copie de la Charte 77 du Tchèque Vaclav Havel, qui a rendu Liu célèbre en Occident, répond-elle vraiment aux préoccupations des centaines de millions de Chinois ordinaires ? La Chine a sûrement des problèmes de droits de l’homme (quel pays peut se prétendre parfait ?), mais l’opinion est bien plus préoccupée aujourd’hui par la corruption ou le développement criant des inégalités dans lequel plonge peu à peu le pays. Le peuple chinois est suffisamment intelligent pour ne pas tomber deux fois dans le même piège.

Il a cru naguère que le communisme pourrait résoudre tous les problèmes du pays. Le démenti apporté par les faits a été douloureux. A présent, voilà qu’on lui vante la démocratie comme une baguette magique susceptible de transformer le pays en paradis terrestre. Il faut souligner que la démocratie n’est pas forcément synonyme de droits de l’homme, et vice-versa. Pour défendre les droits de l’homme, il faut d’abord construire un Etat de droit. C’est ce à quoi s’emploient avec patience et persévérance beaucoup d’hommes et de femmes qui luttent jour après jour en ce sens, sans faire sensation ni rechercher le soutien intéressé des Occidentaux. Pour ces gens-là, Liu Xiaobo est un “étranger”.

Les droits de l’homme, pour un pays comme la Chine, ce sont d’abord l’égalité des chances, la liberté d’accès à un certain nombre de services élémentaires (éducation, droit aux soins, droit au logement) et une justice réellement équitable. S’il existe des valeurs “universelles”, chaque pays, chaque nation a ses propres façons de les interpréter et de les appliquer.

Il en va de même pour la liberté d’expression. Chaque nation la conçoit dans le cadre de ses lois. Les propos négationnistes sur la seconde guerre mondiale sont sévèrement punis en Europe comme en Chine, mais tolérés aux Etats-Unis. En revanche, une menace verbale contre un individu sera lourdement sanctionnée outre-Atlantique mais totalement ignorée par la justice en Chine…

Si chacun se met à juger l’autre à l’aune de ses propres conceptions des droits de l’homme et de ses propres lois, le paradis terrestre n’existe que chez soi !

Pour beaucoup de Chinois qui luttent quotidiennement pour le progrès de la condition humaine dans leur pays, donner ce prix à Liu Xiaobo c’est faire beaucoup de bruit pour… rien ! Oh pardon : pour presque rien.

Zheng Ruolin, correspondant, à Paris, du quotidien shanghaïen “Wen huibao”

Article paru dans l’édition du 10.12.10