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Vie quotidienne

La nouvelle est tombée fin août : Taïwan serait devenue la destination préférée des expatriés ! Cette petite île au large de la si vaste Chine, méconnue, voire seulement connue des européens pour ses objets en plastoque « Made in Taïwan » a beaucoup changé, et souffre de son isolement sur le plan international. En conséquence, le gouvernement et la population toute entière se sont lancés dans une politique de softpower qui porte ses fruits, on ne peut que s’en réjouir.

Yangming Shan (crédits Expedia.fr)

Le fait que Taïwan soit un endroit où il fait bon vivre ne date pas de la colonisation japonaise puisque le nom « isla formosa » donné par les navigateurs portugais au XVIe siècle veut dire « île de beauté ». Il faut dire qu’elle ne vole pas son nom : des dizaines d’itinéraires à partir de Taipei vous permettront de le découvrir. Après vingt minutes de bus à partir de la gare centrale, le promeneur, le marcheur ou le cycliste pourra s’offrir une suée salutaire dans les montagnes, découvrir des paysages à couper le souffle comme sur le 桃源谷 Taoyuan Gu ou les chemins de 陽明山 YangMing Shan et évidemment, en sortant de Taipei, aller partout où il pourra, notamment sur l’île de la Tortue, l’île des Orchidées, les montagnes de Taroko du côté de Hualien. Il pourra aussi 環島 huandao, c’est à dire faire le tour de l’île en train, en scooter, à pied, à cheval ou en voiture en descendant jusqu’au parc national de Kenting 墾丁國家公園 Kenting Guojia Gongyuan et en remontant par 屏東 Pingtung. 

Taïwan, de par sa localisation géographique, est un creuset mêlant diverses influences, austronésiennes, japonaises, chinoises notamment, aujourd’hui de plus en plus américaine. Durant ses cinquante ans colonisation, le Japon a profondément et durablement marqué le paysage (infrastructures routières, ferroviaires) et le caractère des taïwanais. Les liens avec le Japon ont demeuré et je pense que l’on peut considérer Taïwan comme le distributeur-tamis de l’influence japonaise en Chine. Cette intuition reste à étayer ! Habitant alors Hualien, j’avais croisé des cars de japonais ayant habité là avant 1945 et revenant avec émotion sur les lieux de leur enfance. Les taïwanais, à la différence des chinois continentaux, aiment en général plutôt bien les japonais qui ont aménagé les sources d’eau chaudes en bains pour notre plus grand bonheur.

 

Le principal mode de déplacement reste le scooter. Il est facile de s’en procurer un d’occasion (attention à la qualité), d’en louer un lorsqu’on se déplace ou d’en acheter un neuf si on choisit d’investir. Suite à de nombreux abus de la part des touristes étrangers, il est devenu un peu plus difficile d’en louer sans permis international ou – mieux – permis taïwanais, que je vous engage fortement à passer si vous y restez quelques temps. Ce n’est pas cher, il y a deux épreuves : une théorique que vous pouvez passer en anglais, et une pratique à savoir un petit parcours santé en « U ». Cela vous simplifiera la vie et vous permettra de ne plus avoir de sueurs froides lorsque vous passerez devant un groupe de policiers de la route ! Plus on descend dans le Sud, plus la conduite est aléatoire, alors la prudence doit rester de mise. Les accidents sont fréquents (le conducteur qui ouvre sa portière sans regarder, etc.) et souvent tragiques. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire là dessus, conduire à Taipei n’est pas une mince affaire !

Mais que serait Taïwan sans les taïwanais ? Elle perdrait assurément de son charme. Sans rentrer dans les détails, je me contenterai des stéréotypes et de mes propres réflexions. Lorsque je suis arrivé à Hualien enseigner le français, j’ai eu beaucoup de mal à fraterniser avec mes étudiants que j’ai trouvé au départ très timides voire craintifs. En début d’année, les activités « brise-glace » étaient absolument nécessaires pour qu’ils puissent vaincre cette timidité et se faire des amis. Habitué aux chinois de Chine plus directs, je trouvais mes étudiants excessivement polis, parfois à l’excès, et assez surprenants. J’avoue que cela m’a agacé un certain temps jusqu’à ce que je comprenne que c’était une manifestation de leur délicatesse et de leur prudence dans les relations sociales. Les premiers mois, j’ai donc été très seul, et ai assez douloureusement fini par comprendre ce que le renard dit au Petit Prince sur la signification du mot « apprivoiser ». Se faire de vrais amis prend du temps, mais lorsqu’un taïwanais s’investit dans une relation, c’est pour la vie. Et ça, c’est sans doute le bien le plus précieux au monde.

Bref, je pourrais déblatérer une heure sur les bienfaits de Taïwan. C’est une belle île, mais par pitié ne la salopez pas et ne salopez pas les gens qui y vivent en leur important des coutumes d’occident détestables, faisant de l’activisme politique, impérialisme capitaliste, boboïsme moralisateur, « enrichissement culturel » à sens unique et compagnie…  Les taïwanais ont tellement à nous apprendre ! Il y a un mot pour cela : 入境隨俗 rujingsuisu : à Taïwan, fais comme les taïwanais !

 

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paul-josephine親愛的朋友,

我三年前回國了, 時間真的過得很快!除了在臉書上以外,我沒有給你們大家很多的消息。但是,雖然在我國很快樂,我還是很想念我在臺灣的時光!

我回國之後有先參加了朋友的婚禮、享受假期、跟家人和朋友花了時間。多虧朋友的幫助,我九月找到工作了:負責跟教育部有關的網站。因為那時沒有很多錢,所以應該要住我弟的套房!巴黎與朋友舊雨重逢!

2014 年等不及換工作,搬家和找新住的地方。三月初到底搬到地十三區了,巴黎的中國區域,住在又安靜又熱鬧的地方,在附近的教會參加彌撒(中華聖母堂)。其實那邊東南亞的人比中國人多:越南人、高棉人、泰國人之類的。也有我在亞洲最討厭的昆蟲:蟑螂 。

2015年是變化年。在朋友的婚禮遇到好女人。她叫瑪麗,是很美的音樂老師!形容她不是很容易,有機會會來介紹!我們快一年在一起了,5月訂婚了,明年5月要結婚!感謝天主!另外,我9月開始拉古典大提琴了,覺得很有趣,拉得越來越好。

2016年是前ㄧ年的延伸。瑪麗和我更深刻地了解彼此,彼此相愛,跟朋友一起消磨時光,出去玩兒。巴黎真是很美的城市,我喜歡跑來跑去、玩法式滾球、我每天認真得拉古典大提琴、去多音樂會、騎自行車… 什麼時候要來看我? :p

2017年呢?等不及!我還是很想念台灣的時光,很想念你們大家,很想念永康街的餐廳!有機會在想到那兒回去找工作、練習中文(嗯嗯)、試試看新煮飯方式!我雖然很遠,雖然很少跟你們聯絡但是每天想你們!

天主保佑!

孟德

PS: 寫錯了請跟我講! d(^o^)b

img_0387Voilà maintenant plus de deux ans que je suis rentré d’Asie, après trois ans entre Shanghai, Hualien et Taipei.

Un retour est toujours une expérience aussi bouleversante qu’un départ, et trompeuse. Il ne s’agit plus de quitter son cadre pour un autre, inconnu, mais de le retrouver ! Beaucoup rentrent au pays avec cette impression qu’ils reviennent comme des Hobbits à la Comté, dans de petits trous confortables et un peu endormis par un quotidien sans nuages dans lequel ils ne se retrouvent plus. De fait, on retrouve la vie quittée quelques années plus tôt telle qu’on l’a laissée ou presque, tout en ayant changé et souvent élargi ses vues, sans toutefois pouvoir en prendre la mesure et savoir en quoi on a changé. La vie de notre famille et de nos amis, a continué sans nous avec son lot de joies et de peines et ils ne s’intéressent pas forcément comme on le voudrait à ce qu’on a vécu, difficilement racontable à qui n’a pas partagé notre expérience.

*****

Il y a quelques années, je suis parti en Thaïlande avec quelques amis dans les montagnes non loin de la frontière birmano-thaï chez des Karen, un peuple de montagnard paisibles, rudes au grand cœur. C’était mon premier voyage hors d’Europe et ce que j’ai vécu a été un véritable choc, presque une conversion. J’ai tout raconté à une inconnue dans le hall d’embarquement de l’aéroport de Bangkok, et me suis rendu compte une fois rentré que j’étais incapable de partager ce qui m’avait bouleversé à ceux qui m’entouraient. Il n’y avait pas de points de comparaison entre les villes françaises et la jungle thaï, moite et humide, les chants et les rires des enfants et les soirées avec leurs profs. En un mois et demi, j’avais beaucoup vécu et j’ai mis deux ans à m’en remettre.

Vous l’aurez compris, ma première expérience de retour a été celle-là. En rentrant en France, je me suis confronté à la vulgarité de la vie quotidienne, aux blagues grasses sur les bordels de Thaïlande où je n’avais pas fichu un pied. Le contraste avec la simplicité et la droiture des montagnards était trop grand. Notre siècle trop laid. Notre société trop corrompue. Nostalgique, je ne pensais qu’à « mes » montagnes et à un moyen de vivre encore ce bouleversement, je ne pensais qu’à repartir. J’ai commencé alors à fréquenter plus régulièrement une de mes parentes très cultivée et curieuse ainsi que son mari qui avait longtemps « mangé du riz chinois ». Il était « devenu » chinois et allait devenir mon maître en me transmettant son amour de la Chine.

Il avait connu la Chine intimement à un moment trouble de son histoire et parlait parfaitement le mandarin – même des chinois venaient lui demander des conseils – émaillant toute sa conversation de 成語 chengyu, ces innombrables phrases locutoires subtiles et pleines de sel et d’esprit chinois. Tout ce que j’ai vécu ensuite, c’est à ma tante et lui que je le dois. C’était un spécialiste de la Chine ancienne, il traduisait des textes anciens du chinois classique. Quel puits de culture c’était et quelle belle langue il parlait, ce mandarin du Nord rond et puissant agrémenté de 兒 er ! Je passait des heures chez eux, la théière était toujours pleine et le temps comme suspendu. Il était cependant trop âgé pour m’enseigner lui même le chinois mais me prodiguait conseils et encouragements.

J’ai donc commencé à apprendre le chinois tout seul, puis suis parti quelques mois pour Shanghai. En revenant, je savais que j’allais partir à nouveau. On m’a proposé Taïwan. J’ai dû tout réapprendre pour me familiariser avec les caractères traditionnels. Au bout de deux ans, j’ai su que j’avais besoin de rentrer et de reprendre racine.  Des opportunités professionnelles s’ouvraient et je n’avais pas vu famille et amis depuis assez longtemps, ils me manquaient. On m’avait dit avant que je parte : « Si vous partez plus de trois ans, vous ne rentrerez plus ». Le retour serait plus rude, la réadaptation plus difficile. Et je ne voulais pas rester coincé entre deux cultures ou dans une culture qui n’était pas la mienne. Après m’être écarté, j’avais besoin de rentrer au camp de base et reprendre des forces.

Comme beaucoup, c’est loin de ma terre natale et en enseignant le français que j’ai pris conscience de mes racines. Les chinois ont un proverbe pour cela : 根深葉茂 gen shen ye mao, lorsque les racines sont profondes, la végétation s’épanouit. La culture est une vision du monde qui nous est transmise. Loin d’être un obstacle, c’est pour moi un atout pour comprendre d’autres cultures ou systèmes de pensée. Au nom de la diversité, ou d’une vision superficielle de la culture on a mondialisé le stéréotype et favorisé une vision unique du monde qui ne s’exprime qu’en anglais. C’est ce qui oppose le missionnaire au touriste. Loin de moi l’idée de dénigrer l’anglais, mais reconnaissons qu’il a ses limites : on ne crée des ponts qu’en pensant entre les langues.

Six mois avant de partir, j’ai commencé à préparer mon retour. J’ai renoué des contacts, commencé à dire autour de moi que je revenais, que je cherchais du boulot dans tel ou tel ou tel domaine. En rentrant, j’ai trouvé un CDD au bout de trois mois dans un lieu intéressant, puis un CDI dans une entreprise. Au fur et à mesure, j’ai revu des amis, m’en suis fait de nouveaux, ai fait d’heureuses rencontres. J’ai retrouvé ma famille et ma tribu de cousins plus ou moins éloignés, ai repris la musique. Après presque trois ans, l’envie de repartir me reprend, toujours dans le monde chinois, la passion de ma vie, ailleurs, autrement. On s’habitue à tout, même aux départs… et même aux retours.

Ce blog, resté en sommeil pendant longtemps n’est donc pas mort ! Il reprendra autrement, au fil des mois.

Demain c’est dictée. Joie dans les chaumières. Alors que mes copains japonais vont taper un carton, je vais encore m’emmêler les pinceaux.

Mon oncle, grand érudit pénétré de textes classiques et de sagesse chinoise m’a dit un jour qu’il fallait écrire. Écrire ? Écrire ! Mais comment ?

  • Règle n°1 : maîtriser l’ordre des traits
  • Règle n°2 : connaître les clefs
  • Règle n°3 : écrire des phrases non pas des mots
  • Règle n°4 : accepter de s’astreindre à cet exercice quotidiennement

Le pianiste fait ses gammes, le basketteur fait des trois points, le calligraphe calligraphie. Si la tête oublie (et elle oublie !), le corps se souvient. La mémoire vient du corps, les chinois précèdent Bergson de 3000 ans.

En lisant, on ne prête pas assez attention à la composition des caractères. L’écriture permet d’accéder à une autre dimension de la culture chinoise. Il y a une mystique des caractères, une vision du monde qui s’exprime à travers ces éléments réunis pour exprimer avec une merveilleuse concision une idée, un concept ou une réalité concrète.

En mettant les deux pieds dans le plat, je dirais qu’apprendre le chinois à Taïwan est une chance. Comme vous le savez sans doute, Taïwan a gardé les caractères traditionnels qui ont été simplifiés de l’autre côté du détroit. C’est un casse-tête pour tous les étudiants, taïwanais comme étrangers : trop de traits. Mais pourtant…

L’esthétique mise à part, les caractères dits “compliqués” (de fait, la lecture des journaux en chinois rendrait myope un pilote de chasse) permettent de faire entrer en résonance les éléments composant les caractères mieux que les simplifiés et préservent la logique de la langue.

Les traditionnels font la différence entre 麵 mian, les nouilles et 面 mian, la face. Sur le continent les deux s’écrivent 面… La différence, c’est la clef du blé. Je n’ai compris qu’à Taïwan que les nouilles n’avaient aucun rapport avec la face. Ahem…

Avec une certaine pratique, on finit par retrouver les mêmes éléments dans des caractères très différents. Le cerveau humain, dans son infinie complexité se charge alors lui-même d’établir des parallèles. Et parfois, c’est l’illumination, ce qui rend l’étude du chinois intellectuellement très stimulante.

Voilà bientôt un mois que j’ai repris les cours à l’université et je me souviens de cette parole de mon oncle : “Apprendre le chinois, c’est comme rentrer dans les ordres”. À méditer…

En rentrant en France, j’ai trouvé les Mc Do un peu déserts. A Taïwan il est trois heures de l’après-midi et celui de Guting est plein. Je fréquente parfois ce genre de lieux pour fuir la monotonie de la maison et l’ambiance feutrée, mais payante des cafés de Taipei. Le spectacle que j’ai sous les yeux en ce moment me décide à rédiger ce petit billet.

Devant moi, six mamies ont squatté une grande table et après avoir y avoir répandu consciencieusement le contenu de leurs sacs s’emploient maintenant à tricoter patiemment l’une un pull pour le petit neveu, l’autre un chausson, la troisième une écharpe. La curiosité est cette vieille dame très distinguée aux cheveux de neige, engoncée dans un manteau fleuri de soie violette et portant des baskets Addidas flashy. Qu’est-ce qu’elles font ? Elles discutent pendant que leurs petits enfants courent à côté.

Ma tête de blanc me permet de saisir quelques bribes de leur conversation qui roule et touche au passage de nombreux sujets tels que les gosses, les préoccupations quotidiennes, l’utilité de tel point par rapport à un autre, la bouffe évidemment. La conversation quoi, agréable et dépourvue de toute cette pédanterie que peuvent avoir certaines discussions dites “sérieuses”.

On voit des hommes d’affaire en costume qui s’arrêtent quelques minutes profiter d’un café et de l’Internet, des petits groupes d’étudiants qui mettent la dernière main à un projet, d’autres qui font un échange linguistique, des endormis, des presque endormis, des amoureux partageant avec quelques étincelles dans les yeux une barquette de frites…  Pour quelques kuai,on peut profiter d’une grande table, travailler tranquillement et rencontrer des gens. Pourquoi se priver ?

Ce que j’aime beaucoup ici, c’est le contact que l’on peut avoir avec les personnes âgées. Contrairement à l’Europe, elles font partie intégrante de la vie sociale. Les chinois n’aiment pas inviter chez eux. Ils se retrouvent donc à tout moment dans les cafés ou les restaurants fast food,enfin rendus à leur fonction première de lieux de sociabilité pour prendre un verre ou discuter du temps qu’il fait. C’est ce qui fait tout le sel de la vie en Asie !

Petit écart de quelques mois pour ce blog. Je m’aperçois que j’ai écrit de moins en moins. À posteriori, je dois dresser un constat d’amollissement généralisé, scuzez m’sieudames. Mais, me direz-vous, Paul, pourquoi cette absence ?

En juillet-août, je me suis lancé dans une course contre la montre universitaire visant à terminer en parallèle de mes cours à l’Alliance française un Master 1 Français Langue Étrangère “Sociolinguistique et didactique des langues” dans les temps. J’ai pu à cette occasion étudier de près l’efficacité de ce qu’on appelle le “sommeil partagé” : 4 heures de sommeil la nuit plus deux fois 20 minutes de sieste et apprendre à me conditionner psychologiquement pour me maintenir le coco sous pression. Résultat, une mention bien ainsi qu’une mention très bien à mon rapport de stage qui décrivait un an d’expérience à l’Alliance française. FLE en poche, je valide académiquement deux ans d’expérience de l’enseignement du français à Taïwan. Précieux sésame qui me permettra quelque soit la suite de mes projets, d’avoir la joie de faire partager à nouveau les rigueurs de la grammaire française et de l’emploi du subjonctif à des apprenants – comme on dit dans le milieu – de toutes nationalités.

En septembre, et après deux ans passés à Taïwan sans jamais sortir du pays, je me suis offert quatre trop courtes semaines en France auprès de mes proches. J’ai retrouvé notre joyeuse ambiance de famille, les discussions philosophiques dans la cuisine, les balades au soleil à l’étang du coin, le thé pris au soleil dans le jardin… J’ai aussi pu revoir mes grands parents, mes petits cousins et me balader dans les marais salants guérandais, revoir l’Atlantique qui m’avait manqué. J’ai pu aussi refraterniser avec les copaings, retrouver l’ambiance des bières prises en terrasse, revoir ceux skypés pendant trop longtemps. Revoir Paris… Il y a aussi ceux que je n’ai pas pu voir, ou que j’ai vus trop brièvement. Martin, mon adorable filleul, Benoît, Antoine et Flo, Anne-Laure et Wlad, Laure, Roland, Sixtine et Jean-Baptiste, François, Nico, Marthe… Désolé les copains, mon départ a eu un goût d’inachevé. Mais je reviendrai…

On ne lâche pas Taïwan aussi facilement que cela ! “Toutch iour heart !” dit le logo en anglais. Tout un programme…

Alors la suite ?

Le gouvernement taïwanais dans sa grande générosité m’a fait le don d’une bourse confortable me permettant d’étudier six mois le chinois à l’université, au rythme de 15 heures par semaine. Un sacré morceau de chance, aurait dit Jolithorax. Ainsi l’emploi du temps de ces prochaines semaines se résume dans ces deux caractères 讀書 dushu : étudier.

Le maître dit : L’homme de bien mange sans se gaver, vit sans grand confort. Il est diligent dans ce qu’il fait, prudent dans ce qu’il dit, et tâche de se réformer auprès de ceux qui possèdent la Voie. Tel est l’homme mû par un vrai désir de s’instruire. (Confucius, Entretiens, I, 14).

Alors à moi la bouffe végétarienne, la vie simple, la lecture… et l’écriture !

Et après ?

Comme le disait mon vieux professeur : “Quand on ne sait pas, on se tait” !

Taipei en chiffres, c’est un scooter pour deux habitants. En pratique ? C’est le bazar. En arrivant à Hualien l’an dernier, j’ai sagement passé mon permis. Une poignée de dollars, un examen de code et un petit parcours en U plus tard, j’avais en main le précieux sésame qui me permettrait de faire mes premières armes sur le bitume taïwanais.

Ici la seule règle qui prévaut est la loi du plus gros, qui est aussi le plus fort. le piéton perd devant le vélo méprisé par le scooter, lui-même voué aux gémonies par la voiture, discréditée par une camionette elle-même conspuée par le 36 tonnes. Le pékin moyen s’en tiendrait à une conduite prudente, à droite à 30km/h et c’est précisément l’erreur.

Dressons maintenant une petite typologie animalière du conducteur moyen.
• Le saumon qui remonte imperturbablement le courant, à contre-sens, tranquille.
• La fourmi qui transporte trois fois le poids du scooter en cartons, fruits, objets divers et sacs non identifiés, empilés avec un équilibre tenant du miracle.
• Le lynx, spécialiste des attaques surprise.
• Le rémora, poisson-ventouse qui vous colle au train.
• Le colibri : pleins gaz mais fait du sur-place.
• La taupe daltonienne. Vert ? Vous avez dit vert ?
• Le cygne qui glisse sur l’asphalte, majestueux.
• Le lièvre qui grillerait une Porsche au 0-100km/h départ arrêté.
• L’albatros, qui se laisse porter par le vent.
• Le kangourou : le petit est dans la poche de devant.
• Le lemming, celui qui ne sait pas gérer les trottoirs.
• La gazelle, sans doute la plus redoutable.
• Le pianiste : maître des arpèges et des gammes.
• Le vautour qui vous pique votre place de parking.
• La tortue, montée sur un solex.
• La mouffette, au sulfure d’hydrogène
• … le dahu ? Liste non exhaustive.

L’ennemi (entendez le vélo ou la voiture, voire pire, le piéton) surgit toujours sans crier gare. À contre-sens sur un grand axe, d’une petite rue, de derrière un bus, ouvre sa porte côté rue sans regarder, tourne brutalement sans clignotant, freine, s’arrête et puis repart… C’est lorsque le vocabulaire orythologique d’un taxi parisien ne suffit plus que l’art du klaxon devient une science. Freine, Slim, freine ! La voie est barrée !

Et pourtant, il n’y a jamais d’animosité, simplement parce que les gens sont polis et courtois avant d’être inconscients. C’est précisément ce qui fait que Taipei est l’une des villes les plus agréables d’Asie !

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