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Archives de Tag: 東遊記

最近在法國,大部分的人(除了商人)在休息一下。年輕人習慣跟朋友一起到夏令營去,也去海邊、山上或外國去旅行。但是我的感覺就是很多臺灣的年輕人感受不同的習慣…

À l’heure où l’herbe jaunit dans les jardins désaffectés par les familles françaises, parties trouver ailleurs un coin de sable ou un bout de montagne, pendant que les petits français sont sur leur vélo ou devant leur console, beaucoup de taïwanais vivent une tout autre expérience…

我昨天搭捷運,有位高一的學生跟我講話。他問我很多外國人時常會碰到的問題。你從那裡來?法國人是不是很浪漫?法國很漂亮嗎?巴黎呢?然後,我看他穿著制服。所以我問他:“你為什麼穿這樣的衣服呢?你不是在放假嗎?“。他回答我:”暑假還有課“。這幾天,我常常看到學生在寫作業,但是他們很累通常在打瞌睡!太辛苦了。

我已經開學了,每天都教法文。我這一班很好。他們認真學習、很熱情。是所有老師夢想教到的學生!如果下學期的氣氛跟這兩個禮拜一樣,我一定會覺得運氣很好!他們很努力。每天都來跟我學法文。我很佩服他們。

今天早上,我發現我瘦了很多。所以我決定去”Subway”吃美式的食物,好讓我變胖。本來沒有位子,但我在一個媽媽帶著小孩的旁邊找到空位。他們三個吃飯的時候一直在練習英文。不要虛度光陰!

你們一定知道我很喜歡薹灣的食物。不過有的時候我會夢到法國菜:法式香腸在一起跳舞,法國起司一起討論哲學… 有時候麥當勞就像大麻的代替品:溫暖人心但同時帶來罪惡感!那麼,算了!既然我已經吃了麥當勞,所以我又能繼續發表評論!

有一天,我在麥當勞吃牛肉漢堡 (I’m loving it)。然後呢,有個太太跟她的兒子來我旁邊吃Happy Meal。他們兩個在討論開學的事。去哪一間補習班? 晚上怎麼辦?媽媽要選最好的補習班,最好的學校。我住花蓮的時候,家附近有很多補習班跟珍珠奶茶店。小朋友們都到晚上十點多下課才能回家休息。第二天很早又要去上課。很辛苦,不是嗎?

我的童年生活很不一樣。放假的時候到布列坦尼玩水、去鄉下散步、參加各種夏今營、看書,整修百葉窗。什麼都做,就是不用去學校。念書歸念書,假期歸假期。我曾經野心勃勃地想要看完普魯斯特寫的“追憶逝水年華”,或是重讀柏格森的作品,但是美麗的陽光戰勝了“斯萬”跟“少女花“,柏格森的哲理輸給了海灘跟餐前酒!其實我看到薹灣的學生在夏天頂著大太陽去上課,心裡很為他們抱不平,但也許我自己也該這麼努力。

Hier, un jeune collégien m’a abordé dans le métro. Il faut bien pratiquer un peu l’anglais… En fait on a discuté en chinois. Après les questions d’usages, on a parlé scolarité. Pourquoi portait-il un uniforme en plein mois d’août ? Parce qu’il avait des cours supplémentaires et consacrait son été à l’étude. En pratique, ça donne souvent des enfants ou des étudiants assoupis sur les tables des bibliothèques. Mais quand même, le pauvre chou.

Ayant commencé à donner quelques cours à l’Alliance Française, j’ai été béni. Groupe sympathique, sérieux et travailleur, uni et solidaire. Si l’année prochaine est à l’image de ces deux premières semaines, alors je peux me réjouir : cela promet d’être extraordinaire ! Il n’empêche que, comme ces collégiens, mes treize étudiants ont consacré deux mois d’été à apprendre une troisième langue, pour certains juste comme ça. Je suis admiratif.

Ce matin, après avoir constaté que j’avais perdu des kilos en moins, j’ai décidé de retaper mon IMC (celles qui lisent Elle et Cosmo me comprendront) en allant bouffer américain au Subway du coin de la rue. Après avoir lutté pour trouver un siège, j’ai fini par trouver une place à côté d’une maman taïwanaise et ses deux enfants qui… parlaient anglais, sérieux comme des papes. Pratiquer, pratiquer, courir contre le temps.

Vous l’aurez compris, la nourriture taïwanaise bien que délicieuse, n’empêche pas mon sommeil paradoxal d’être peuplé de saucissons qui font la java, de steaks qui sautent à la perche dans une poêle et d’un camembert qui cause philo avec une époisses. À l’étranger, le Mc Do est parfois ce que la méthadone est à l’héroïne : une saloperie qui soulage. Maintenant que j’ai fait mon coming-out ronaldien (whouf, je suis soulagé), on peut passer à la dernière anecdote.

Un jour que je dégustais un cheeseburger dégoulinant de cheddar (I’m lovin’it), une dame et son jeune fils de dix ans sont venus prendre les places à côté de moi. En dégustant un Happy Meal, ils parlaient avenir et rentrée des classes. Il était question d’organiser les soirées du petit après l’école. Il fallait lui trouver la meilleure 補習班 bǔxíbān du quartier, minuter et rentabiliser son temps, ses soirées. Il devait diner avec sa sœur et repasser du temps le soir à étudier. La rue dans laquelle j’habitais à Hualien est remplie de ces bǔxíbān et de petits restaus qui vendent à la pelle ce “thé aux perles”, le 珍珠奶茶 zhēnzhūnǎichá qui fait depuis plusieurs décennies le délice des étudiants. Les enfants en sortaient vers neuf ou dix heures du soir épuisés et rentraient chez eux dormir avant de commencer une nouvelle journée d’étude.

Je vous parle d’un temps que les plus de vingt ans ne peuvent pas connaître. Moi en ces temps là, je faisais des pâtés en Bretagne, des balades dans les marais salants, animais des colos où l’on faisait tout sauf bosser ou alors passais mon été je ne sais plus comment, à lire ou à peindre des volets. J’ai eu un moment le projet ambitieux de m’enfiler la Recherche ou de relire Bergson, mais le soleil a eu raison de Swann et de la Duchesse de Guermantes, la mer et les apéros des données immédiates de la conscience ou des théories lumineuses dudit quidam sur l’intuition. Même petit, les devoirs de vacances ont toujours été un vœu pieux, une lointaine résolution. Au fond de moi, je ne peux pas m’empêcher de plaindre ces jeunes qui passent un été dans la chaleur moite de Taipei à étudier au lieu de faire des randonnées dans les montagnes… même si c’est peut-être ce que j’aurais du faire.

我覺得當老師是最好的職業。為什麼?原因是可以放假!所以我一直以為當老師很有趣。可是,放假以後怎麼辦?開學以前大概有一點著急,自己問自己:教學方式好不好?學生覺得法文怎麼樣?老師不會無聊,學生們就可以了!

但開學後就很開心!我覺得學生很認真,超好奇、喜歡學新的東西、總是問我很多問題。他們也進步很多了!另外,我們這學期多迎接三十幾個學生。他們看起來很聰明!寒假再變美成麗得的回憶, 日子在變得比較重要。我現在比較習慣教書,比較習慣中文,所以越來越感覺很舒服。

花蓮真是很漂亮得城市。我發現了很美麗得房子,超漂亮的地方可以去散步,一家日本式的書店可以去學習。還有星巴克,星巴克的咖啡,星巴克的音樂我聽得受不。其實星巴克真看起來像太美式的,我比較喜歡薹式的差點 !

新的學期,新的學生,新的見面,新的事情,新的發現!聽起來很棒,不是嗎?

Le principal avantage de l’enseignement, me disait quelqu’un que je connais comme s’il m’avait fait, c’est les vacances. Effectivement, c’est pour cela que la profession m’a toujours paru éminemment intéressante. Cependant, la tension monte toujours un peu avant la rentrée : les méthodes de travail sont-elles les bonnes ? les cours plaisent-ils aux étudiants ? S’il est dur pour un professeur de s’ennuyer, c’est toujours plus facile pour son public !

Mais passés les premiers instants de déprime, on se lance dans un nouveau semestre, et les vacances deviennent un heureux souvenir alors que la vie quotidienne nous absorbe de plus en plus. La bouteille venant en enseignant, et l’oreille commençant à s’habituer aux sonorités chinoises, je suis de plus en plus à l’aise. Ainsi, j’ai retrouvé avec grand plaisir mes étudiants pour ce nouveau semestre. Les groupes ont un peu changé, certains sont partis, les meilleurs sont restés, une trentaine de petits nouveaux sont arrivés et m’ont l’air bien parti pour crever le plafond.

J’ai découvert également Hualien sous un jour nouveau. De jolies maisons cachées dans des petites rues, des endroits un peu reculés où il fait bon se promener et une librairie vieillotte construite dans le style japonais où je peux m’arrêter travailler. Il y a aussi l’habituel Starbucks avec son café Starbucks et son jazz Starbucks que je ne supporte plus. Tout est trop américain, je préfère de loin les maisons de thé taïwanaises !

En bref, nouveau semestre, nouveaux étudiants, nouvelles rencontres, nouvelles occupations, nouvelles découvertes. Ça cartonne non ?

子曰:「弟子 , 入則孝,出則弟,謹而信,凡愛眾,而親仁。行有餘力,則以學文。」 (孔子,論語,I,6)

忠孝

 

Le maître dit : “Un jeune doit être respectueux, chez lui envers ses parents, en société envers ses aînés. Il est sérieux et digne de confiance . Sa sympathie s’étend à tous les hommes, tout en privilégiant ceux qui pratiquent la vertu d’humanité. Et s’il en a encore le loisir, il peut le consacrer à apprendre la culture.” (Confucius, Entretiens, I, 6, trad. Anne Cheng)

Le Nouvel-an est la plus importante des fêtes chinoises puisqu’elle marque le premier jour du premier mois lunaire. A cette occasion, tout le monde ou presque est en congé et afflue vers le sud du pays pour retrouver sa famille, ses parents, ses enfants et célébrer dignement le passage d’un animal à l’autre.
Selon le calendrier chinois, chaque année porte en effet le nom d’un animal, dont le cycle a été défini voici des siècles par les astrologues chinois qui avaient en leur temps une avance de plusieurs siècles sur l’Occident en matière d’observation des étoiles. Cette année, nous passons dans l’année du lapin, plus connu en France sous forme de civet, et réputé dans le monde chinois pour son calme, son raffinement intellectuel son empathie et sa fragilité qui en font une petite bête ma foi très sympathique.

La veille du Nouvel-An, la ville retentit de coups de pétards lancés par les enfants, et les familles se rassemblent. La tradition veut que l’on offre une enveloppe rouge (紅包 hóngbāo) contenant un peu d’argent, ou deux pièces de dix kuai en symbole de prospérité et que l’on se réunisse, autour d’une table mais sans doute l’aurez vous deviné. J’ai eu la chance de passer les fêtes du Nouvel-An dans une atmosphère familiale et très chaleureuse, chez une amie taïwanaise. Loin des siens, ça a été une grande source de joie que de retrouver une ambiance familiale pour quelques jours. À cette occasion, j’ai appris à taper le Mah-Jong, l’un des jeux les plus célèbres d’Asie qui peut vous tenir éveillé des nuits entières et essayé de comprendre certaines de ses nombreuses règles, un prochain sujet d’article sûrement.

La période du Nouvel-an prend fin à la fête des lanternes (元宵节 yuánxiāojié), célébrée hier. Fête très importante dans le calendrier chinois, elle est aussi appelée “petit nouvel an” (小過年 xiǎoguònián). À l’origine du monde, lorsque le mythe se confondait avec la légende, un dieu particulièrement peau de vache menaça d’incendier la capitale le 15ème jour du 1er mois lunaire. Un petit type malin eut alors l’idée de faire sortir les gens dans la rue une lanterne rouge à la main et d’en accrocher aux portes des maisons afin que le dieu, trompé, rentre dans sa tanière satisfait. Un autre récit, témoignant du côté profondément romantique de l’âme chinoise, dit que cette menace fut inventée par un conseiller impérial afin de permettre à une servante du palais de pouvoir sortir du palais pour un soir retrouver sa famille.

Hier soir à Hualien, familles, jeunes et moins jeunes se pressaient sur le rivage pour lancer vers le ciel comme des montgolfières, de jolies lanternes de papier rouge sur lesquelles étaient inscrits les vœux pour la nouvelle année, vœux d’amour, de joie, de réussite financière et scolaire.

Dans quelques jours, c’est la rentrée des classes. Les étudiants après cinq semaines de vacances, vont reprendre le chemin de l’université, et rallier nos classes de français où nous accueillerons ce semestre 45 petits nouveaux, intéressés par la langue de Molière ! Au programme, un groupe de discussion franco-taïwanais, de nouvelles méthodes d’enseignement et un semestre de folie à Hualien, ville dont je découvre au hasard des rues les richesses cachées.

淡水 Danshui Au Nord de Taipei se trouve la petite ville de Danshui où l’on peut trouver des vestiges d’un passé colonial désormais révolu. J’y ai passé quelques jours chez un de mes amis. C’est une petite ville tranquille et sympathique, au bord de la mer. Évidemment, elle a ses spécialités culinaires, comme des boules …

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Voici quelques images de mon premier périple autour de Taïwan. 烏來溫泉 Les sources chaudes de Wulai  Le cadre se prêtait tout à fait à un premier chapitre de polar : végétation luxuriante, temps grisâtre et un peu froid, vapeur d’eau sortant des bains… Au milieu des volutes, des fantômes rouges comme des écrevisses émergent, on perçoit …

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L’homme du XXIème siècle dispose, technique aidant, d’outils formidables pour apprendre le chinois dont au moins une quarantaine de générations a du rêver. M’étant battu à Shanghai pendant huit mois avec un téléphone de seconde zone, j’ai opté en arrivant à Taïwan pour l’Iphone, et je ne le regrette certainement pas ! Il faut dire que 蘋果公司 píngguǒgōngsī, l’entreprise à la pomme pour les 宅男 zháinán, geeks initiés) a dans le domaine des applications pour smartphones une avance assez confortable.

Pour bien apprendre le chinois, il faut un bon stylo, du temps devant soi… et un bon dico. Après plusieurs jours de prospection, je me suis fait conseiller l’application Pleco qui est devenue ma compagne, presque ma maîtresse. C’est une sorte de meta-dictionnaire multi-fonctions, le couteau suisse de “l’apprenant” en chinois.

En bref : fabuleusement ergonomique, sept dictionnaires, plus de 200 000 entrées, les caractères simplifiés et traditionnels, un programme de flashcards permettant de classer le vocabulaire à apprendre par catégories, et de se tester soi-même (tons, définitions, ordre des traits…), une fonction “reader” intégrant ce qui a été mis dans le presse-papiers auparavant, un OCR (logiciel de reconnaissance de caractères). Évidement, les recherches se font toutes seules si bien qu’il n’est pas nécessaire de naviguer entre les dictionnaires.

Un peu de visuel pour la route :

  • Fonction recherche en caractères, en pinyin et en anglais dans les sept dictionnaires :

  • Fonction recherche digitale, explication de l’interface :

Première photo, en haut : A chaque couleur correspond un des quatre tons chinois. A gauche les caractères traditionnels utilisés à Taïwan, à droite les caractères simplifiés utilisés en Chine continentale. En bas de gauche à droite : le nom du dictionnaire utilisé, utile pour passer d’un dictionnaire à un autre ; une commande permettant de choisir les caractères simplifiés ou traditionnels ; le “+” permettant de rajouter le mot dans la catégorie de flashcards programmée ; le(s) caractères prononcés ; le bouton de menu. Seconde photo : le logiciel de reconnaissance digitale développé par Pleco est supérieur à celui développé par Apple est très pratique lorsqu’on ne connait pas la prononciation !

  • Les fonctions spéciales, respectivement : “Flashcards” (en mode examen par tons), le “Pasteboard reader” (lecteur de contenu presse-papier) et “OCR” (reconnaissance de caractères) :

Seuls inconvénients : l’anglais, toujours l’anglais, pas toujours pratique pour les français qui veulent apprendre les langues étrangères, et le prix un peu élevé. L’application est gratuite, et certains dictionnaires gratuits sont disponibles (comme la base de données CCdict), seulement, le total des fonctions coûtera dans les 80€ : il y a une réduction pour les profs et les étudiants en mandarin ! Pour ceux qui apprennent le chinois en France, qui ont HSK 3 ou moins, ou qui sont parachutés trois ou six mois en stage dans le monde chinois, l’application gratuite et la base CCdict vous comblera. Pour ceux qui veulent apprendre plus sérieusement qui sont dans le monde chinois pour un temps long ou qui doivent travailler en chinois, cette application deviendra vite indispensable. A tout prendre, elle est même moins chère que les petits traducteurs Besta et autres que l’on trouve dans le commerce, qui sont assez peu pratiques à utiliser.

Sans compter que le programme de flaschcards est extrêmement complet et que l’OCR est fantastique. Je rentre après chaque leçon tous les mots de vocabulaire de ma méthode sous forme de flashcards, et les passe en boucle. fini les feuilles de papier bristol que je baladais dans mes poches !

Pleco est disponible sur iPhone, iPad et Pocket PC. Testez, et voyez !

剛接收 René Grousset 的 L’Empire des Steppes”了,所以給你們聽一首蒙古的歌… 這班子的表演很精彩!在我剛剛收到的包裹裡面還有一封家庭的明信片,一些書,兩根法國香腸跟兩罐鵝肝。好開心喔!萬歲家族,萬歲法國!

Une chanson mongole pour célébrer parmi d’autres choses l’arrivée à la maison de “L’Empire des Steppes” de René Grousset, une lettre familiale, deux saucissons et deux pots de foie gras ! Longue vie aux miens, et vive la France !

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在花蓮的星巴克可以喝星巴克的"美式咖啡"、坐星巴克的位子 ; 聽星巴克的爵士樂、買星巴克的杯子,也可以改東華大學學生的考卷… 星巴克,全球化的人間樂園! Au Starbucks de Hualien, on boit du café Starbucks dans des tasses Starbucks assis sur des sièges Starbucks ; et on écoute du Jazz Starbucks… en corrigeant des copies “Made in Donghua University”. Starbucks, le paradis de la mondialisation !

Jacques Dars est décédé le 28 décembre à l’âge de 69 ans. Grand érudit et connaisseur de la culture chinoise, nous lui devons plusieurs excellentes traductions, dont celle du classique chinois Au bord de l’eau (水滸傳 shuǐhǔzhuàn) publié en Pléiade et qui fut en même temps que mon premier contact avec la littérature classique chinoise une expérience de lecture unique. Je dois à Jacques Dars dans une certaine part mon intérêt pour cette partie de la culture chinoise que j’espère bien pouvoir pratiquer un jour.

Polyglotte, il parlait plus d’une vingtaine de langues (certains ont de la chance). Directeur chez Gallimard de la collection “Connaissance de l’Orient”, il a notamment publié parmi de nombreux ouvrages “Aux portes de l’Enfer”, “Comment lire un roman chinois”, “Les carnets secrets de Li Yu”. Pour aborder ce monde fascinant qu’est le monde chinois, en effet rien de mieux que la littérature ! À cet égard, l’apport de Jacques Dars à la sinologie française a été précieux et elle a perdu en 2011 l’un de ses principaux et de ses meilleurs contributeurs.

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Joyeuse année 2011 ! Le Nouvel-an chinois est dans un mois, je ferai donc court ! Les voitures ne brûlent pas à Taiwan, ici aucune personne âgée n’a été saucissonnée et rançonnée de même, on n’a pas déployé 53.820 policiers pour empêcher les gangs de troubler “l’atmosphère festive” de fin d’année. Héhé ! Le 1er janvier a été …

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Dans la rubrique “Découverte de la langue chinoise”, un premier exemple de ses abréviations chiffrées.

漢字"三多五難"的缺點 hànzì “sānduōwǔnán” de quēdiǎn

字數多、形體多、讀音多 zìshùduō, xíngtǐng duō, dúyīnduō

難認、難讀、難寫、難記、難用 nánrèn, nándú, nánxiě, nánjì, nányòng

Les points faibles de l’écriture chinoise : les “trois nombreux, cinq difficiles”

  • “Trop de caractères” : leur nombre est estimé à 50 000, et 6000 environ sont utilisés quotidiennement
  • “Trop de formes” : les graphies sont complexes, certains caractères possèdent plusieurs variantes.
  • “Trop de prononciations” : la forme d’un caractère ne donne souvent pas d’indice réel sur sa prononciation. Un même caractère peut avoir plusieurs prononciations différentes ou une même prononciation peut correspondre à de nombreux caractères différents.
  • Difficiles à reconnaitre : beaucoup de caractères, de si nombreuses formes ou différentes structures rendent souvent les caractères difficiles à différencier et les confusions peuvent être nombreuses.
  • Difficiles à lire : la forme des caractères n’induit exactement leur prononciation. Le même élément peut avoir tantôt une fonction sémantique, tantôt une fonction phonétique.
  • Difficiles à écrire : le nombre moyen des traits des caractères courants est de 11 à 12. Il y a un grand nombre de traits différents et l’écriture des caractères prend beaucoup de temps, ce qui fait de la calligraphie un art particulièrement difficile à maîtriser.
  • Difficiles à retenir : même après avoir appris les caractères, il reste très facile de les oublier. C’est pour cela qu’une pratique quotidienne est nécessaire.
  • Difficiles à utiliser : il n’existe pas d’ordre unique de classement des caractères. Les méthodes actuelles qui classent les caractères par radicaux, formes ou nombre de traits sont assez complexe. Chaque recherche dans le dictionnaire prend par conséquent beaucoup de temps.

Comme le poisson rouge dans son bocal, l’étudiant en chinois pourra avoir la joie de se remémorer un nombre incalculable de fois les caractères dont il a besoin jusqu’à ce qui les sache, en les écrivant ou en les pratiquant régulièrement. On peut savoir lire un caractère sans savoir l’écrire, l’écrire sans en connaître la prononciation, savoir comment le prononcer en ayant oublié le ton, connaître la prononciation sans être capable vocalement de caler le bon ton dans une phrase, faire des confusions entre les tons, etc… Le chinois est donc une langue assez ardue, mais extrêmement stimulante !

Bientôt 三綱五常 sāngāngwǔcháng : les trois principes et les cinq vertus dans la pensée confucéenne.

Addendum ludique : le caractère biáng désigne une variété de nouilles très populaire dans le 陝西 shǎnxī (biáng biáng miàn). Saurez-vous en compter les traits ?

Munster… Livarot… Époisses… Chèvres, Roquefort, Brie, Camembert, Bleu, St Nectaire, Beaufort, Gorgonzola, Maroilles ! Où êtes-vous, compagnons de mes papilles aux noms si doux ?
Où êtes-vous, frères de Bourgogne et de Bordeaux, frères des coteaux du Layon et de la vallée du Rhône ?
Où êtes vous, mes frères de sang, Cognac, Armagnac, et vous mes sœurs chéries Poire Bénédictine, Chartreuse et Mirabelle ?
Où êtes-vous, ô compagnons de Tarte, fiers buveurs et amis du Tonneau ? Je n’aperçois plus au loin la bannière de la Confrérie qui claquait fièrement autrefois sur les Cent Prairies !
Où êtes-vous, Chevaliers de la Grande Levure, Cavaliers de Malt, preux Guerriers de Houblon, Compagnons du Grand Marnier, Hussards d’Ethylie, Dragons du Tanin, invincibles ivrognes ?

Ô Terre de France…

Ma gorge s’assèche, mon foie se délite. Venez à mon secours, preux compagnons et buvons ensemble jusqu’à plus soif ! Que nos forêts retentissent de chants de joie, que les feux crépitent dans les clairières, et que pas un ne voie debout les premières lueurs du soleil !

Nabu Chansonnier

Pour information, je livre à votre réflexion un article intéressant de Zheng Ruolin, correspondant à Paris pour le quotidien 文彙報 Wenhuibao, paru dans Le Monde ce 9 décembre à propos de l’élection de Liu Xiaobo au Prix Nobel de la Paix récemment.

Rarement remise d’un prix Nobel de la paix n’aura suscité autant de polémiques. Comme si deux versions circulaient dans deux mondes parallèles, celui du comité norvégien et celui des autorités de Pékin.

Selon la première version, l’attribution du prix à un “prisonnier d’opinion politique” vise à promouvoir les droits de l’homme en Chine. Le fait que le lauréat soit en prison a été un facteur important, voire décisif, dans l’attribution du prix, avoue le président du comité du prix Nobel. Et il est vrai que pour moi, comme pour beaucoup de mes compatriotes, la liberté de pensée et d’expression est non négociable !

Si Liu Xiaobo avait été condamné à une peine de prison pour un délit d’opinion, ce serait absolument inacceptable. Le problème réside bien là. En effet, d’après la deuxième version, celle des autorités chinoises, Liu Xiaobo a été condamné pour tentative de “subversion de l’Etat” : il appelait, en publiant des “rumeurs”, des “calomnies” et des “diffamations”, à “renverser le régime” et à “abroger la Constitution actuelle” pour “fonder une République fédérale” et mettre fin à la République populaire de Chine.

Cependant, pour l’opinion publique chinoise, c’est tout autre chose. Une majorité des gens, dont une partie des “partisans de démocratie”, même exilés à l’étranger, ne croit ni à l’une ni à l’autre version. Pour eux, Liu est lié à jamais à ce jugement fameux qu’il prononça en 1988 et qu’il n’a pas hésité à réaffirmer en 2006 dans un magazine d’Hongkong : il faudra que “la Chine soit colonisée pendant trois cents ans pour devenir une démocratie”.

Le choc provoqué par cette formule révélatrice de sa pensée profonde fut inimaginable dans un pays qui, dans les années 1980, n’avait même pas encore achevé la décolonisation de l’intégralité de son territoire.

Il faut prendre en compte aussi les réactions scandalisées des Chinois au soutien public apporté plus tard par Liu Xiaobo à l’invasion de l’Irak par Bush, invasion désapprouvée et condamnée par la majeure partie de l’opinion mondiale, y compris celle des Chinois, et par de nombreux gouvernements, dont ceux de Paris et de Pékin. D’où cette inévitable et embarrassante question : quel lien logique est-il possible de trouver entre le prix Nobel de la paix et le soutien de son plus récent lauréat à cette guerre illégale ?

PATIENCE ET PERSÉVÉRANCE

Enfin la Charte 08, une copie de la Charte 77 du Tchèque Vaclav Havel, qui a rendu Liu célèbre en Occident, répond-elle vraiment aux préoccupations des centaines de millions de Chinois ordinaires ? La Chine a sûrement des problèmes de droits de l’homme (quel pays peut se prétendre parfait ?), mais l’opinion est bien plus préoccupée aujourd’hui par la corruption ou le développement criant des inégalités dans lequel plonge peu à peu le pays. Le peuple chinois est suffisamment intelligent pour ne pas tomber deux fois dans le même piège.

Il a cru naguère que le communisme pourrait résoudre tous les problèmes du pays. Le démenti apporté par les faits a été douloureux. A présent, voilà qu’on lui vante la démocratie comme une baguette magique susceptible de transformer le pays en paradis terrestre. Il faut souligner que la démocratie n’est pas forcément synonyme de droits de l’homme, et vice-versa. Pour défendre les droits de l’homme, il faut d’abord construire un Etat de droit. C’est ce à quoi s’emploient avec patience et persévérance beaucoup d’hommes et de femmes qui luttent jour après jour en ce sens, sans faire sensation ni rechercher le soutien intéressé des Occidentaux. Pour ces gens-là, Liu Xiaobo est un “étranger”.

Les droits de l’homme, pour un pays comme la Chine, ce sont d’abord l’égalité des chances, la liberté d’accès à un certain nombre de services élémentaires (éducation, droit aux soins, droit au logement) et une justice réellement équitable. S’il existe des valeurs “universelles”, chaque pays, chaque nation a ses propres façons de les interpréter et de les appliquer.

Il en va de même pour la liberté d’expression. Chaque nation la conçoit dans le cadre de ses lois. Les propos négationnistes sur la seconde guerre mondiale sont sévèrement punis en Europe comme en Chine, mais tolérés aux Etats-Unis. En revanche, une menace verbale contre un individu sera lourdement sanctionnée outre-Atlantique mais totalement ignorée par la justice en Chine…

Si chacun se met à juger l’autre à l’aune de ses propres conceptions des droits de l’homme et de ses propres lois, le paradis terrestre n’existe que chez soi !

Pour beaucoup de Chinois qui luttent quotidiennement pour le progrès de la condition humaine dans leur pays, donner ce prix à Liu Xiaobo c’est faire beaucoup de bruit pour… rien ! Oh pardon : pour presque rien.

Zheng Ruolin, correspondant, à Paris, du quotidien shanghaïen “Wen huibao”

Article paru dans l’édition du 10.12.10

Du point de vue occidental, la Chine est tout simplement l’autre pôle de l’expérience humaine. Toutes les autres grandes civilisations sont soit mortes (Égypte, Mésopotamie, Amérique précolombienne), ou trop exclusivement absorbées par les problèmes de survie dans des conditions extrêmes (cultures primitives), ou trop proches de nous (cultures islamiques, Inde) pour pouvoir offrir un contraste aussi total, une altérité aussi complète, une originalité aussi radicale et éclairante que la Chine. C’est seulement quand nous considérons la Chine que nous pouvons prendre une plus exacte mesure de notre propre identité et que nous commençons à percevoir quelle part de notre héritage relève de l’humanité universelle, et quelle part ne fait que répéter de simples idiosyncrasies indo-européennes ! La Chine est cet Autre fondamental sans la rencontre duquel l’Occident ne saurait vraiment devenir conscient des contours et des limites de son Moi culturel.

Simon Leys, L’Humeur, l’Honneur, l’Horreur. Essais sur la culture et la politique chinoises, Paris, Robert Laffont, 1991, p.60-61

Taïwan, au climat chaud et humide s’est rafraîchie ces derniers temps. Le vent sec du Nord nous oblige parfois à sortir un pull ou un manteau pour affronter les rigueurs du froid, particulièrement lorsqu’une sortie en scooter s’impose ! Les grosses chaleurs reviennent parfois, lorsque le ciel est bleu et que le vent est tombé. Il fait bon alors aller se promener un peu, et aller voir la mer, magnifique et démontée.

J’ai à présent passé mon permis deux-roues. Pour quelques centaines de yuan, et une matinée d’examen, je peux donc aller où bon me semble sans craindre de gyrophares. L’amende en cas de contrôle est assez salée et me mettrait sur la paille pendant quelques temps. Les policiers sont assez cool avec les étrangers, et feindre l’ignorance du chinois m’a permis un jour d’éviter de manger du riz blanc pendant un mois !

Les étudiants n’ayant que trois heures de français par semaine avancent lentement mais sûrement. Leur prononciation se précise de jour en jour, et leur vocabulaire devient suffisant pour qu’ils puissent utiliser la langue française pour certaines choses de base. Chose étonnante que d’être prof. Il y a encore un an, j’aurais grogné comme eux à l’annonce du troisième examen du semestre. Passé de l’autre côté de la barrière, ça me paraît être une nécessité. Et lorsque l’on me demande des nouvelles, je pousse les mêmes soupirs que certaines personnes que je connais très bien en répondant sur un ton tragique : “Si tu savais, j’ai quatre paquets de copies à corriger…” L’enseignement c’est un sacerdoce. Maintenant je plains tous mes profs qui en lisant mes devoirs retrouvaient les mêmes fautes, les mêmes erreurs, les mêmes imprécisions que mes camarades et qui d’un même trait rageur de stylo rouge rayaient mes innommables âneries.

La vie à Hualien, paisible ville de l’Est, s’écoule tranquille. Je n’en demeure pas moins assez actif. Mes onze heures de cours par semaine m’occupent beaucoup, ainsi que la préparation des examens, et la correction des copies. L’autre principale occupation concerne l’apprentissage du chinois. Au bout de deux mois et demi, j’ai à présent pris mes marques et suis à peu près autonome sur le plan linguistique. Les cours particuliers que les étudiants me donnent plusieurs fois par semaine, ainsi que la très bonne méthode de l’université 師大 Shida m’ont permis de renforcer une grammaire que huit mois de travail solitaire à Shanghai avaient rendu vacillante.

Perdue entre les montagnes et l’Océan Pacifique, Hualien est une jolie ville secouée assez souvent par des tremblements de terre. La plupart sont si légers qu’on les sent à peine, mais parfois les vitres tintent un peu ! La semaine dernière, les étudiants sont tous sortis des dortoirs, surpris par une secousse de magnitude 6. Ça commence à faire pas mal, on l’a senti de Taipei. Et les baignades ? Impossibles ! Au bout de quelques mètres (zone en bleu foncé sur la photo), le sol se dérobe sous vos pieds et tombe à pic. Un petit somme, et hop on se réveille au Japon ! Occasion rêvée me direz vous pour aller saluer nos amis Nippons. J’y songe…

Mais, et vous ?

Près de deux mois et demi ont passé, et je pense pouvoir à présent actualiser ce blog un peu plus souvent ! Certains articles sont déjà en cours de rédaction !

En haut : La campus de 東華大學 l’université de Donghua au milieu des montagnes.

En bas : l’Océan Pacifique !

Ca a toujours un petit côté Orwellien...La culture occidentale, en particulier la culture de masse américaine s’est répandue à travers le monde et le marque durablement de son empreinte anéantissant au passage les cultures particulières pour les fondre dans un ensemble tristement uniforme.

Je n’ai jamais été fasciné par Shanghai, autrement que superficiellement, par son gigantisme, la profusion de ses gratte-ciels, et la vie tourbillonnante qui saisit le nouveau venu dès l’arrivée à l’aéroport. Réussite économique de la Chine, très certainement, mais à quel prix ! À Shanghai, les banques ont remplacé les temples et les billets rouges ou verts à l’effigie de Mao se sont substitués au papier-monnaie que l’on fait brûler pour rendre hommage aux morts[1]. Ville cosmopolite résolument tournée vers l’occident, il lui manquait quelque chose, une profondeur, une âme peut-être. Je lui ai préféré Pékin, ses immenses parcs, le quartier des lacs, les vieux pékinois et leur douceur de vivre. Pourquoi ?

Il existe je pense un complexe asiatique problématique vis à vis de l’occident et de ses standards culturels (idées fondamentales, modes, habitudes) particulièrement prégnant à Shanghai. Si la fascination pour l’apport technique occidental est une réalité, elle doit trouver une limite dès lors qu’elle touche de trop près au culturel. L’intellectuel chinois Gu Hongming 辜鴻 銘 a résumé en quelques belles phrases l’idée selon laquelle le technique n’en n’est toujours qu’un épiphénomène. Mais écoutons-le plutôt :

Il me semble que, lorsqu’on veut estimer la valeur d’une civilisation, on ne doit pas considérer si elle a construit ou si elle peut construire de grandes cités, de magnifiques maisons, de belles routes, si elle a su imaginer des meubles beaux et confortables, inventer des outils et des instruments utiles et ingénieux. On ne doit même pas s’attacher aux institutions, aux arts et aux sciences qu’elle a créée. Ce qu’il faut examiner avant tout, c’est le type d’humanité qu’elle a su produire, le caractère des hommes et des femmes qu’elle a formés. Seul, l’être humain, l’homme aussi bien que la femme, révèle l’essence, la personnalité, l’âme de la civilisation dont il est issu. J’ajouterai que le langage parlé par cet être humain révèle son essence, sa personnalité, son âme[2].

Pour lui, l’Occident n’avait réussi qu’à produire qu’une jeunesse mal élevée, dont les mœurs dissolus contaminaient ensuite les étudiants partis étudier à l’étranger. C’est assez compliqué pour nous de se rendre compte du formidable bouleversement qui a secoué la Chine au début du XXème siècle à la chute de la dynastie Mandchoue. L’empire étant tombé, les idées nouvelles s’engouffrèrent dans un édifice culturel déjà vacillant ; certains coupèrent leur natte puis leurs cheveux[3] et portèrent le chapeau melon, imitèrent les modes occidentales en quittant la robe pour le complet veston. Les universités bruissaient des nouvelles idées occidentales, dont étudiants et professeurs s’emparaient et se lançaient dans des débats passionnés. Ce fut un véritable choc intellectuel, moral puisqu’il ébranla les fondations traditionnelles posées par la pensée confucéenne. Tout ce qui était occidental était accepté comme tel, comme quelque chose de nouveau dans une société corrompue qui avait semble t-il besoin d’un nouveau souffle.

Une question me travaille et sous-tend ma présence dans le monde chinois depuis mon séjour à Shanghai, et mon arrivée ensuite sur le sol taïwanais : comment une civilisation plus de quatre fois millénaires a t-elle pu passer en moins d’un siècle d’une conception cyclique du temps[4], donc plutôt traditionnelle à une conception linéaire et donc progressiste ? En un siècle, près de trois millénaires de civilisation ont été gravement altérés au nom d’une nouvelle idée de l’homme, d’un progrès illusoire et d’un conflit entre modèles économiques. Qu’est ce que le progrès si l’homme est coupé au passage de ce qui constitue son identité ? L’humanité ne peut être hors-sol. Cette tristesse peut être unanimement partagée je crois par beaucoup vivant au XXIème siècle. En aucun siècle la froide raison ne s’est plus acharné contre la culture au nom de la construction d’une culture qu’au XXème siècle. Que tout ce que l’on peut détruire soit détruit, disait-elle, et que le reste soit transformé en Musée, c’est à dire vitrifié, figé, privé de vie ou de substance. Aujourd’hui, l’Homme Moderne, homo economicus erre dans un parc d’attractions, sans but et sans racine, perdu. De quel sorte d’humain la culture occidentale moderne a t-elle accouché ? D’un Européen hors-sol, privé de ses fondations chrétiennes au nom d’une liberté illusoire. Il a mué, mais sa nouvelle peau est déjà corrompue.

Gu Hongming oppose au bellicisme des occidentaux, ce qu’il appelle la « Religion des devoirs du citoyen », norme sociale très forte d’inspiration confucéenne mais qui a permis à l’Empire de se constituer, et de subsister. Elle repose d’abord sur la famille, puis sur la loyauté envers l’Empereur. Ce consensus de fait, forçant tout être à se plier à une norme juridique et morale est le principal garant de la paix à l’intérieur des frontières. Ce qui fait la force de la civilisation chinoise dit-il, ce n’est pas le commerce, les richesses, non plus sa puissance technologique, c’est tout simplement le Chinois, avec son humanité et sa loyauté indéfectible, car « c’est un être qui observe l’ordre sans qu’il en coûte rien ou presque rien au monde ». Transformez le Chinois, faites-lui singer les manières occidentales, et il deviendra servile, se battra et aura besoin de « sergents de ville » pour le tenir en bride.

Les chinois[5] ont toujours eu la conscience forte d’être les dépositaires d’une culture supérieure. La profondeur de leur système de pensée, la délicatesse de leurs manières, l’étendue de leur goût, ainsi leur art de vivre le laisse facilement deviner. Quiconque a fréquenté un tant soit peu des chinois dira que la civilisation chinoise a su produire un type d’homme dont la délicatesse est le trait principal. La force des Chinois, c’est le 仁 rén, la vertu d’humanité, leur gentillesse. Apprendre, chez Confucius, c’est apprendre à faire de soi un être humain[6] : « L’homme de bien 君子jūnzǐ connaît le Juste, l’homme de peu 小人xiǎorén ne connaît que le profit » (Entretiens, IV, 16). Je redonne la parole un bref instant à Gu Hongming :

Par le mot gentil, j’entends l’absence de dureté, d’âpreté, de rudesse ou de violence, de tout ce qui peut vous blesser. Il y a, dans le type chinois d’humanité, cet air de douceur tranquille, mesurée, retenue qu’on trouve dans une pièce de métal bien trempé. Aussi, les imperfections physiques et morales du véritable Chinois sont-elles, sinon rachetées, tout au moins atténuées par cette « gentillesse ». Le véritable Chinois peut être ignorant, mais il n’y a pas de grossièreté dans cette ignorance. Le véritable Chinois peut être laid, mais il n’y a pas de hideur dans cette laideur. Le véritable Chinois peut-être vulgaire, mais il n’y a rien d’agressif dans cette vulgarité. Le véritable Chinois peut être stupide, mais il n’y a rien d’absurde dans cette stupidité. Le véritable Chinois peut être astucieux, mais il n’y a pas de méchanceté profonde dans cette astuce. Même dans les défauts de son corps, de son esprit, de son caractère, il n’y a rien qui puisse vous révolter. Il est très rare de rencontrer un véritable Chinois de la vieille école, et même du type le plus bas, qui soit positivement répugnant.

De nos jours, et parce que les concepts qui servent à mesurer les différences entre les pays sont essentiellement occidentaux et économiques ou techniques (la notion de pays en développement notamment) et valent comme norme, on ne laisse plus aucune place à la culture sinon sous forme d’événements ponctuels. Vouloir la mondialisation, c’est vouloir que le monde entier devienne un parc d’attractions dans lequel l’occidental type pourra se sentir à l’aise sans rien changer à ses habitudes, son confort. C’est vouloir que tout le monde parle anglais, c’est vouloir que la Démocratie vaille comme norme politique ultime, que chaque ville ait son Starbucks ou son Mac Do, qu’au fond de la jungle Thaïlandaise on puisse boire son Coca-Cola. C’est penser au font que la mort de la culture et l’alignement systématique de tous les systèmes culturels, politiques, moraux sur les critères qui sont les nôtres constitue un Progrès et une finalité inéluctable du genre humain.

Certains universitaires ont souvent contribué par leur ignorance au mépris occidental pour la civilisation chinoise. Il faut reconnaître que sortis du gongfu et des vieillards à barbe blanche qui, privés de la raison occidentale en sont réduits à prendre des banalités pour des pensées profondes, notre connaissance ne va pas loin. Ces clichés sont répandus, j’en veux pour preuve les propos d’un de mes professeurs de philosophie qui ne peut pas pécher par son manque de pensée catégorique puisque c’est un spécialiste de Kant, et qui a éradiqué d’un trait fulgurant la pensée chinoise de son champ intellectuel en nous disant : « de toute manière, ils n’ont pas l’être »… Son parti pris idéologique aurait bien fait rigoler François Jullien ! Nous ne connaissons pas la Chine et voulons à grand renfort de protestations, de manifestations et de prinobélisations lui imposer nos critères propres. Après lui avoir offert le communisme sur un plateau d’argent, qui a été un fléau mondial et un échec total, nous voudrions la forcer à devenir démocrate ! Cet empressement porte en lui même quelque chose de suspect.

Je ne déplorerais pas la présence de l’Occident en Asie si nous pouvions faire partager ce que nous avons de meilleur. Malheureusement, l’inculture de masse que nous diffusons aujourd’hui au nom du sacrosaint Progrès est d’un vide abyssal. J’ai honte que mes étudiants me citent Taxi avant Cyrano de Bergerac, Sagan avant Proust, Derrida avant Lévinas ou Bergson[7]. J’aimerais parfois que cette soif d’apprendre qui caractérise les chinois s’accompagne d’une distance critique quant aux idées actuelles de l’occident, et d’une conscience positive de soi. Il est hors de question que nous leur refilions nos maladies civilisationnelles, à commencer par celle du désenchantement du monde.

Je fais partie de ceux qui pensent que la civilisation chinoise peut apprendre beaucoup au monde actuel, que le modèle dans lequel je vis depuis ma naissance n’est pas l’unique, qu’il n’est pas dans la vocation du monde de devenir un super-village démocrate. J’en fais l’expérience tous les jours. Cette humanité chinoise n’est pas une politesse superficielle et hypocrite, elle est l’authentique expression de siècles et de siècles de confucéo-taoïsme. Je pense qu’il doit émerger une génération de chinois qui au nom de leur civilisation disent à l’Occident quels sont ses excès et lui opposent un autre modèle (qui soit autre qu’un supersocialisme supercapitaliste). La Chine et Taïwan comptent bon nombre de savants et d’intellectuels que nous devons entendre, et qui doivent se faire entendre.

La prochaine fois, j’aborderai le sujet des caractères chinois. Faudra t-il que les chinois se plient à la latinisation ? Je suis sur que vous connaissez mon pont de vue…


[1]Gainsbourg n’a rien inventé, et faire brûler du papier-monnaie est une coutume très ancienne. Se retrouver entre copains pour boire un coup aussi d’ailleurs, sauf qu’un chinois n’arriverait pas saoul comme une barrique sur un plateau télé !

[2]Gu Hongming, L’esprit du peuple chinois, 1915

[3] Les chinois les portaient longs avant que les mandchous ne leur imposent la natte. Imposer aux chinois de se couper les cheveux constituait une humiliation terrible.

[4]Voir Lin Yutang, My country and my people.

[5]Le terme de « chinois » désigne ici le monde chinois comme ensemble géoculturel. La situation politique taïwanaise est assez complexe, et fera l’objet d’un autre article lorsque j’y verrai plus clair.

[6] Zheng Zai (1020-1078), penseur confucéen du début des Song

[7]Dans une grande librairie à côté de la Tour 101 à Taipei, la pensée de gauche, Foucault, Deleuze, Derrida occupent une place démesurée par rapport au reste. Du jamais vu chez Gibert ou à la Fnac Montparnasse. Un livre de Bergson, un de Lévinas, foin de ceux qui les ont précédés…

Chers tous,

Voilà un peu plus de trois semaines que je suis arrivé et je n’ai pas pu trouver le temps d’écrire sur ce blog, que je me jurais pourtant de tenir à jour régulièrement. Plusieurs fois, j’ai commencé à rédiger quelques articles, incomplets, mal écrits, que je me suis juré de retoucher, mais en vain.

Ces trois semaines ont passé à une vitesse folle, et je crois pouvoir dire que j’ai à présent trouvé mes marques. Nous avons environ 120 étudiants, une trentaine environ dans chaque groupe, trois de première année, un de seconde année. Enseigner le français est une chose passionnante, surtout à des Taïwanais. Les habitudes culturelles ne sont pas les mêmes, les méthodes de travail non plus et au bout de trois semaines de cours, j’ai pris la mesure du travail que j’allais avoir à fournir !

Au début, nous sommes sans doute allés un peu vite, et les étudiants ont compris assez rapidement que l’apprentissage du français n’était pas une partie de rigolade et qu’une fois le côté romantique parisien mis de côté, il allait falloir se mettre au travail.

Côté français, nous nageons en plein interculturel. J’essaye de comprendre la manière avec laquelle les étudiants de première année appréhendent cette nouvelle langue, et comment ils travaillent. Le chinois est une langue écrite, et la prononciation qui varie selon les époques, et les langues parlées s’exprime toujours par un petit dessin tenant dans un petit carré. Voilà le génie de la civilisation chinoise : avoir fait de l’écriture idéographique une langue de civilisation, rassemblant par l’écrit ceux qui étaient séparés par le verbe.

Aujourd’hui, je leur ai donné un cours semi musical à grand renfort de noires, de croches et de triolets sur le rythme de la phrase française, qui a contribué à en décoincer certains vis à vis de la prononciation. Certains travaillent assez régulièrement, d’autres pas. Certains surnagent, d’autres nagent, d’autres progressent. J’ai bien hâte de recevoir mes cours de FLE pour leur donner des conseils un peu plus orientés !

Vous l’aurez donc compris, ce blog est un peu fourre-tout et vous y trouverez au gré des publications, je l’espère, de quoi satisfaire votre curiosité ! Au gré des recherches et des découvertes, j’essaierai de balayer le plus largement possible le panorama Taïwanais : culture, écriture, histoire, arts, enseignement, coutumes, et pourquoi pas si j’en ai les capacités, littérature, histoire de la pensée !

A la mi-automne, soit le 15e jour du 8e mois lunaire, la tradition veut que l’on sorte dans la rue contempler la lune ce soir là ronde, brillante et très belle, faire un barbecue (烤肉 kaorou), que l’on mange des gâteaux de lune (月餅 yuebing).

Granet a écrit quelques belles pages sur le sens de ces fêtes dans la Chine ancienne, qui sont aujourd’hui des moments de retrouvailles entre amis, très simples où l’on s’offre mutuellement gâteaux de lune et gros pamplemousses (柚子 youzi) pour témoigner de son amitié.

J’ai passé ce soir là une soirée grandiose en compagnie de quelques uns de mes étudiants, au bord d’une petite rue à discuter de choses et d’autres et surtout à essayer de comprendre, dictionnaire en appui, ce qui se disait ! Ce fut un premier contact, très naturel complètement immergé en milieu taïwanais, et un merveilleux moment !

Qui ne parle pas chinois peut s’exprimer en 啊aaa et se faire comprendre du premier autochtone venu. Exercice pratique :

  • Exprimez la surprise (啊 !),
  • l’interrogation, sourcil froncé (啊 ?),
  • le mécontentement (啊…),
  • l’hilarité (啊啊 !),
  • la compréhension fulgurante d’un concept (啊,我明白了 ! Aaah, wo mingbai [1] le, Eurêka, j’ai trouvé / Bon sang mais c’est bien sur !
  • L’affirmation ou la confirmation de quelque chose (啊!?!)
  • La joie (啊,我吃饱了 ! aaah, wo chi bao le ! Ben mon vieux, j’ai bien mangé !)
  • La colère interrogative, prendre un accent guttural (啊 ?)
  • La compassion envers un être souffrant (啊…)

Dans une prochaine rubrique, je vous ferai la liste des onomatopées chinoises qui sont légion et d’autant plus drôles qu’elles s’écrivent idéographiquement.


[1] Prononcer “minngbaille”

En passant dans les rues, surtout dans des provinces un peu reculées de Chine Pop’,  vous n’échapperez pas au regard indigène [1], qu’il soit étonné ou fasciné, neutre, curieux, intrigué, suspicieux, joyeux ou bienveillant.

老外 est un terme formé de deux notions : 老, lao signifiant vieux ; 外, wai signifiant extérieur, étranger. Mais cela ne veut pas dire pour autant que tous les étrangers sont grabataires. 老lao est un terme utilisé comme une marque de respect, comme dans le mot 老师laoshi, professeur ou 老朋友 laopengyou (voir pengyou), vieil ami,indiquant que l’étranger est celui que, comme l’ami ou le vieillard l’on doit traiter avec bienveillance, respect et humanité. 老外 peut désigner aussi une personne « qui ne maitrise pas ou est étranger à une technique » et alors prendre le sens de béotien, de gringo [2]. Alors, être un 老外, c’est sympa ou non ? Les experts ferraillent désespérément et n’ont à ce jour pas réussi à trancher cette question. Moi non plus.

Pour moi, ça serait un terme plutôt rigolo, un peu quand vous regardez votre petit cousin de un an et demi se battre avec ses cubes pour construire une tour. Il est un peu pataud, sa main n’est pas encore très exercée… et vous le laissez faire avec amusement ! En ce sens le 老外 pourrait être celui qui ne lit pas les idéogrammes, et se fait pigeonner allègrement lorsqu’il va négocier au marché (voir 美国人, meiguoren), prend des cours de taichi pour faire comme Li Mubaiavec son épée lorsqu’il se bat contre Jade la Hyène dans Tigres et Dragons, tient ses baguettes comme des cotons-tiges et bien entendu, ne parle pas chinois ou le prononce avec un accent qui ferait hurler un chien à la mort.

L’autre jour, j’étais avec une copine chinoise dans le bus et on regardait un dessin animé stupide. Voyant que je plissais les yeux pour lire les sous-titres comme un inuit qui aurait perdu ses lunettes, un type lui demanda : « 老外听得懂吗 ? » soit « Laowai tingdedong ma ? » Ce qui voudrait dire littéralement dans la langue de Confucius : le vieil extérieur entend – particule structurelle utilisée après un verbe pour exprimer le degré ou la possibilité – comprendre, particule de question ? Ou alors l’ami étranger comprend-il le chinois ? Ou encore le gringo comprend ou pas ? Parfois, 老外 peut-être proche de la notion de 笨蛋 (voir Bendan) ou de celle d’ignorance crasse.

« 他不明白中国文化 », « Ta bu mingbai Zhongguo wenhua », il ne comprend rien à la culture chinoise. C’est par exemple quelqu’un qui plante verticalement ses baguettes dans son bol de riz (ce qui rappelle l’encens pour les cérémonies funèbres et constitue une grave offense), qui engueule son chauffeur parce qu’il a raté un tournant (voir脸lian) ou qui ne se privera pas de crier haut et fort que la civilisation européenne détient la vérité parce qu’elle a accouché des droits de l’homme et que les politiques chinois sont des tanches dans la gestion de leurs affaires intérieures. C’est celui qui refusera un 干杯 (voir ganbei), esquissera une moue dégoûtée au moindre jet de salive urbain, sucrera son thé, ou dira qu’il adore le saké et que le kimono est un vêtement magnifique [3]. Bref, le meilleur moyen pour passer pour un 笨蛋 (voir bendan), ne pas se faire de 朋友 (voir pengyou), et perdre la 脸 (voir lian).

En bref, le 老外, c’est vous, c’est moi, Gary Cooper ou Ingrid Bergman. Notre savoir-vivre tel qu’il a été enseigné par les plus grands dandys n’a plus cours dans l’Empire du Milieu ! Il va falloir vous y faire…


[1] Terme à ne pas prendre au sens actuel, colonial et péjoratif, mais dans son sens premier, à savoir « qui est né dans le pays dont il est question », (Petit Robert 2008)

[2] D’où cette phrase fameuse : 哦老外, 你的咖啡好不好 ? O laowai, nide kafei hao-bu-hao ? Hé gringo, il est bon ton café ?

[3] Pour info, les 中国人, zhongguoren, les chinois et les 日本人, ribenren, les japonais ne sont pas vraiment 朋友 (voir pengyou) au sens fort du terme.

你好!Voici l’occasion de remettre au goût du jour une série commencée lorsque je vivais à Shanghai, visant à partager à mes compatriotes certaines notions communes touchant de près l’art de vivre et les mœurs chinois…

L’oreille du néophyte est toujours à la traîne. Avec l’habitude, elle finit cependant par saisir quelques mots qui détonnent comme un coup de canon et procurent l’agréable satisfaction d’être devenu un peu moins bête. Ce petit glossaire des concepts utilisés fréquemment en Chinoisie a pour fin de vous aider à vous repérer dans les méandres de la culture chinoise, des fois qu’il vous prendrait l’envie d’y faire un tour…

N’étant pas un type organisé, j’ai préféré l’ordre anarchique à celui alphabétique, que les scientifiques m’excusent.

Le drapeau de la République de Chine (中華民國國旗 ; zhōnghuá mínguó guóqí) est le drapeau civil, le drapeau d’État, le pavillon d’État et le pavillon de guerre de la République de Chine, gouvernant l’île de Taïwan depuis 1949.

Auparavant, il fut le drapeau national de la « première République », dont le régime de Taïwan est aujourd’hui la continuation officielle.

Le drapeau fut adopté en 1928 à la suite de la victoire des forces du Kuomintang dans l’expédition du nord, qui aboutit à réduire le gouvernement des seigneurs de la guerre et lui permit de revendiquer la souveraineté sur l’ensemble du territoire de la République de Chine. Le drapeau à cinq couleurs fut abandonné et remplacé par une nouvelle bannière, ornée de l’emblème du parti.

Il représente en haut a gauche, le « ciel bleu au soleil blanc » (青天白日旗滿地紅 qīng tiān bái rì qí mǎn dì hóng), symbole du Kuomintang, et un fond rouge, symbole du sang versé pour la révolution chinoise.

Source : Wikipedia