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Zufferey - La pensée des chinoisIl est parfois un peu difficile au néophyte de s’orienter dans le monde chinois et plus particulièrement dans le monde des idées chinoises. Tout le monde a entendu parler de Confucius, de Lao Tseu, du taoïsme. Peut-on parler de philosophie chinoise ? D’où vient l’écriture chinoise ?

Les ouvrages de référence sur la Chine ne manquent pas, parmi d’autres ceux de Marcel Granet, Simon Leys, Jacques Gernet, René Grousset, François Cheng, Anne Cheng, François Jullien ou Jean-François Billeter font partie de toute bibliothèque chinoise ou asiatique qui se respecte à côté de Lu Xun, Lao She ou Lin Yutang.

J’ai beaucoup aimé ce livre de Nicolas Zufferey pour sa clarté et sa concision. Partant du principe que « connaître la pensée de la Chine ancienne permet de comprendre la Chine d’aujourd’hui », l’auteur nous donne de multiples clefs pour comprendre la Chine ancienne et dresse un portrait assez exhaustif des différents mouvements de pensée qui aujourd’hui encore influencent profondément le monde chinois.

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains !

Nicolas Zufferey est professeur à l’université de Genève. Il est spécialiste notamment du confucianisme ancien, de l’histoire de la dynastie Han ainsi que de l’histoire du confucianisme au XXe siècle.

Cycle élémentsLa cosmologie chinoise définit plusieurs éléments fondamentaux, ou « phases » 行 xing – le caractère 行 désigne quelque chose qui marche, agit, circule. Ces cing éléments 五行 wuxing sont : le bois 木 mu, le feu 火 huo, la terre 土 tu, le métal 金 jin et l’eau 水 shui. Le Livre des Documents (書經) rapporte :

「一、五行:一曰水, 二曰火, 三曰木, 四曰金, 五曰土。
水曰潤下,火曰炎上,木曰曲直,金曰從革,土爰稼穡。
潤下作鹹,炎上作苦,曲直作酸,從革作辛,稼穡作甘。」

« Les cinq agents sont : eau, feu, bois, métal, terre.

Il est dans la nature de l’eau d’humidifier et de couler vers le bas; dans celle du feu de brûler et de s’élever dans les airs; d’en celle du bois d’être courbé et redressé; dans celle du métal d’être ductile et d’accepter la forme qu’on lui donne; dans celle de la terre de se prêter à la culture et à la moisson.

L’eau qui humidifie et coule vers le bas devient salée; le feu qui brûle et s’élève devient amer; le bois courbé et redressé, devient acide; le métal qui change de forme dans sa ductilité, devient âcre; la terre, en étant cultivée, prend une saveur douce.[1]« 

Cette doctrine aura une importance considérable une fois mise en relation avec le système du yinyang 陰陽 et le principe efficient de toute chose, le qi 氣. Tous les éléments de l’univers se réunissent sous ces cinq catégories et se répartissent selon un cycle d’engendrement (生 sheng1) ou de domination (勝 sheng4) [2] :

Cycle d'engendrement

Cycle de domination

Conçues d’abord comme des substances naturelles caractérisant le monde réel, les « Cinq phases » prendront à la fin des Royaumes Combattants une forme cyclique plus dynamique. En les conjuguant avec le qi , principe de toute chose et les deux souffles primordiaux du yin 陰 et du yang 陽, elles finiront par former une véritable cosmologie. Ces wuxing auront une grande importance dans les pratiques divinatoires, le fengshui ou la médecine. On les retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans les almanach populaires.

Cette théorie connaîtra une application politique notamment sous l’influence de Zou Yan qui introduira la notion de domination (勝) pour justifier la succession dynastique. Aux Zhou placés sous le signe du feu succèdera le souverain de Qin qui justifiera ses politiques répressives d’inspiration légiste en plaçant son régime sous le signe de l’eau et en prenant la couleur noire (voir tableau du cycle de domination ci-dessus). L’inhumanité de l’empereur Qin tirerait sa légitimité de sa concordance avec sa position dans le cycle de domination et d’engendrement. Sympa non ?

Cycle des dynasties

À ces cinq phases correspondront les directions, les saisons, les couleurs, des animaux mythiques, les vertus confucéennes, et les viscères. En rassemblant sous cinq catégories une grande diversité de phénomènes, il deviendra possible d’établir des liens entre macrocosme et microcosme, de rejoindre la terre, l’homme et le ciel. Cela donnera lieu à tout un champ d’études, les wuxingxue 五行學 qui connaîtra un certain épanouissement sous la dynastie Han.

Cosmologie chinoise - Tableau des éléments

Pour ceux qui voudraient compléter cette petite introduction par quelques lectures, Anne Cheng reste une référence incontournable[3] !


[1] Trad. Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, p. 257
[2] Nicolas Zufferey, La pensée des chinois, p. 229
[3] La pensée chinoise, chapitre 10, p.255-258

氣La pensée occidentale a du mal à classer dans ses catégories la pensée chinoise qui cherche précisément à y échapper. Avoir ou ne pas avoir l’être, telle est la question. En chinois, le mot de « pensée » ou de « philosophie » désignant une discipline spécifique n’existe pas. Le terme de 哲學 zhexue a été créé au XIXe siècle au Japon et désigne par tetsugaku la philosophie occidentale et non pas la pensée chinoise. Les nombreuses écoles dans la Chine ancienne montrent que si les chinois n’ont pas pensé comme nous, ils possèdent une solide tradition intellectuelle qui nous fascine aujourd’hui.

Les penseurs chinois ne se sont pas désignés sous le nom de « philosophes ». Confucius se voyait comme un moraliste et un pédagogue, Mencius comme un moraliste ou un conseiller politique. La réflexion philosophique a essentiellement une utilité pratique et se met au service du politique. L’intellectuel, qui a surtout eu un statut de lettré-fonctionnaire à l’ère impériale est le plus souvent un conseiller du Prince. Si l’on parle d’écoles de pensée dans la Chine ancienne (confucianiste, taoïste ou légiste), il s’agit davantage de courants définis à posteriori par des compilateurs.

C’est déjà un problème de langage. Le chinois classique est beaucoup moins figé dans des catégories grammaticales que les langues européennes. Également, les chinois n’ont pas cherché à doter leur réflexion de termes spécifiques. En chinois classique, des termes comme 道 dao, yin, yang ou 氣 qi sont fondamentaux mais on les retrouve aussi dans d’autres contextes. La langue classique est extrêmement riche, concise et les caractères sont souvent polysémiques. Les sujets sont souvent omis et la ponctuation absente des textes traditionnels. Les textes chinois ne se lisent pas d’une manière linéaire mais par résonance, d’où l’importance accordée au par coeur et à la pratique constante des mêmes textes (Anne Cheng parle de trame).

On ne peut pas parler de cloisonnement de la pensée. Les textes philosophiques chinois appartiennent à plusieurs genres différents. Par exemple les 5 classiques, les textes fondateurs du confucianisme, qui consistent en un recueil de poèmes (詩經 shijing), un recueil de documents historiques (書經 shujing), un manuel de divination (易經 yijing), une chronologie historique (春秋 chunqiu) et un livre de rituels (禮記 liji). Le recours à la poésie ou à la peinture permettra de transmettre d’une manière profonde un contenu philosophique. Les poèmes de Wang Wei (701-761) ici et ici en sont un exemple. Il ne faut pas oublier que l’écriture chinoise est d’origine divinatoire et que les sinogrammes qui renvoient aux choses sont aussi des choses : la pensée chinoise « s’inscrit dans le réel au lieu de s’y superposer » ! (Cheng, 1997, p.35)

Si la Chine est l’autre pôle de l’expérience humaine, il faut donc essayer de se défaire de ses catégories pour pouvoir l’appréhender dans toute sa beauté et sa complexité. En effet, on ne peut pas comprendre la mentalité chinoise et plus encore la mentalité taïwanaise sans faire référence, d’une manière ou d’une autre à leurs traditions.

Même si on a parfois de la peine à les retrouver dans les immenses buildings de Shanghai, elles restent comme un substrat dans l’humanité du peuple chinois, cette humanité sévèrement touchée par les égarements maoïstes mais que j’ai trouvée chez les shanghaiens du quotidien et sous une forme un peu différente chez mes amis taïwanais. Si cela est moins visible en Chine, la société taïwanaise reste assez enracinée et imprégnée à la fois de spiritualité et de riches traditions.

Mon interrogation est assez concrète et part de mon expérience du quotidien. D’où viennent les traditions que j’observe ici ? Dans quelles conceptions ou visions du monde s’enracinent t’elles ? Elle poursuit également un objectif interculturel : dans un monde global, comment peut-on entrer en dialogue avec la mentalité chinoise sans la dénaturer, sans lui imposer paresseusement nos propres catégories ou sans tomber dans un certain exotisme idéaliste assez superficiel ?

C’est ce que je me propose de faire ici sous forme de petite notes de synthèse. Le moyen pour moi de renouveler un peu ce blog, et de vous faire partager mes lectures en m’obligeant à une certaine rigueur !

2013snake1Le dragon s’en est allé. Nous sommes entrés depuis quelques jours dans l’année du serpent, placé cette année sous le signe de l’eau. S’il est le symbole du mal et de la Chute en occident (Adam et Eve en ont fait les frais), le serpent n’est pas aussi mal considéré dans la culture chinoise. Animal à dominante yin, il est réputé pour sa sagesse, sa droiture, son honnêteté, sa sagacité et sa persévérance. C’est aussi un penseur profond, voir génial. En société un séducteur, magnétique et charmant. Peu loquace, il cache derrière un silence apparent une grande tension intérieure. Une certaine méfiance.

En bref, un serpent peut être un bon copain, un peu obsessionnel mais fin stratège et bon conseiller. Alors bonne année du serpent ! Sauf pour les cochons, selon l’astrologie chinoise, ça devrait être leur fête…

Pour information, je livre à votre réflexion un article intéressant de Zheng Ruolin, correspondant à Paris pour le quotidien 文彙報 Wenhuibao, paru dans Le Monde ce 9 décembre à propos de l’élection de Liu Xiaobo au Prix Nobel de la Paix récemment.

Rarement remise d’un prix Nobel de la paix n’aura suscité autant de polémiques. Comme si deux versions circulaient dans deux mondes parallèles, celui du comité norvégien et celui des autorités de Pékin.

Selon la première version, l’attribution du prix à un “prisonnier d’opinion politique” vise à promouvoir les droits de l’homme en Chine. Le fait que le lauréat soit en prison a été un facteur important, voire décisif, dans l’attribution du prix, avoue le président du comité du prix Nobel. Et il est vrai que pour moi, comme pour beaucoup de mes compatriotes, la liberté de pensée et d’expression est non négociable !

Si Liu Xiaobo avait été condamné à une peine de prison pour un délit d’opinion, ce serait absolument inacceptable. Le problème réside bien là. En effet, d’après la deuxième version, celle des autorités chinoises, Liu Xiaobo a été condamné pour tentative de “subversion de l’Etat” : il appelait, en publiant des “rumeurs”, des “calomnies” et des “diffamations”, à “renverser le régime” et à “abroger la Constitution actuelle” pour “fonder une République fédérale” et mettre fin à la République populaire de Chine.

Cependant, pour l’opinion publique chinoise, c’est tout autre chose. Une majorité des gens, dont une partie des “partisans de démocratie”, même exilés à l’étranger, ne croit ni à l’une ni à l’autre version. Pour eux, Liu est lié à jamais à ce jugement fameux qu’il prononça en 1988 et qu’il n’a pas hésité à réaffirmer en 2006 dans un magazine d’Hongkong : il faudra que “la Chine soit colonisée pendant trois cents ans pour devenir une démocratie”.

Le choc provoqué par cette formule révélatrice de sa pensée profonde fut inimaginable dans un pays qui, dans les années 1980, n’avait même pas encore achevé la décolonisation de l’intégralité de son territoire.

Il faut prendre en compte aussi les réactions scandalisées des Chinois au soutien public apporté plus tard par Liu Xiaobo à l’invasion de l’Irak par Bush, invasion désapprouvée et condamnée par la majeure partie de l’opinion mondiale, y compris celle des Chinois, et par de nombreux gouvernements, dont ceux de Paris et de Pékin. D’où cette inévitable et embarrassante question : quel lien logique est-il possible de trouver entre le prix Nobel de la paix et le soutien de son plus récent lauréat à cette guerre illégale ?

PATIENCE ET PERSÉVÉRANCE

Enfin la Charte 08, une copie de la Charte 77 du Tchèque Vaclav Havel, qui a rendu Liu célèbre en Occident, répond-elle vraiment aux préoccupations des centaines de millions de Chinois ordinaires ? La Chine a sûrement des problèmes de droits de l’homme (quel pays peut se prétendre parfait ?), mais l’opinion est bien plus préoccupée aujourd’hui par la corruption ou le développement criant des inégalités dans lequel plonge peu à peu le pays. Le peuple chinois est suffisamment intelligent pour ne pas tomber deux fois dans le même piège.

Il a cru naguère que le communisme pourrait résoudre tous les problèmes du pays. Le démenti apporté par les faits a été douloureux. A présent, voilà qu’on lui vante la démocratie comme une baguette magique susceptible de transformer le pays en paradis terrestre. Il faut souligner que la démocratie n’est pas forcément synonyme de droits de l’homme, et vice-versa. Pour défendre les droits de l’homme, il faut d’abord construire un Etat de droit. C’est ce à quoi s’emploient avec patience et persévérance beaucoup d’hommes et de femmes qui luttent jour après jour en ce sens, sans faire sensation ni rechercher le soutien intéressé des Occidentaux. Pour ces gens-là, Liu Xiaobo est un “étranger”.

Les droits de l’homme, pour un pays comme la Chine, ce sont d’abord l’égalité des chances, la liberté d’accès à un certain nombre de services élémentaires (éducation, droit aux soins, droit au logement) et une justice réellement équitable. S’il existe des valeurs “universelles”, chaque pays, chaque nation a ses propres façons de les interpréter et de les appliquer.

Il en va de même pour la liberté d’expression. Chaque nation la conçoit dans le cadre de ses lois. Les propos négationnistes sur la seconde guerre mondiale sont sévèrement punis en Europe comme en Chine, mais tolérés aux Etats-Unis. En revanche, une menace verbale contre un individu sera lourdement sanctionnée outre-Atlantique mais totalement ignorée par la justice en Chine…

Si chacun se met à juger l’autre à l’aune de ses propres conceptions des droits de l’homme et de ses propres lois, le paradis terrestre n’existe que chez soi !

Pour beaucoup de Chinois qui luttent quotidiennement pour le progrès de la condition humaine dans leur pays, donner ce prix à Liu Xiaobo c’est faire beaucoup de bruit pour… rien ! Oh pardon : pour presque rien.

Zheng Ruolin, correspondant, à Paris, du quotidien shanghaïen “Wen huibao”

Article paru dans l’édition du 10.12.10

Du point de vue occidental, la Chine est tout simplement l’autre pôle de l’expérience humaine. Toutes les autres grandes civilisations sont soit mortes (Égypte, Mésopotamie, Amérique précolombienne), ou trop exclusivement absorbées par les problèmes de survie dans des conditions extrêmes (cultures primitives), ou trop proches de nous (cultures islamiques, Inde) pour pouvoir offrir un contraste aussi total, une altérité aussi complète, une originalité aussi radicale et éclairante que la Chine. C’est seulement quand nous considérons la Chine que nous pouvons prendre une plus exacte mesure de notre propre identité et que nous commençons à percevoir quelle part de notre héritage relève de l’humanité universelle, et quelle part ne fait que répéter de simples idiosyncrasies indo-européennes ! La Chine est cet Autre fondamental sans la rencontre duquel l’Occident ne saurait vraiment devenir conscient des contours et des limites de son Moi culturel.

Simon Leys, L’Humeur, l’Honneur, l’Horreur. Essais sur la culture et la politique chinoises, Paris, Robert Laffont, 1991, p.60-61

En passant dans les rues, surtout dans des provinces un peu reculées de Chine Pop’,  vous n’échapperez pas au regard indigène [1], qu’il soit étonné ou fasciné, neutre, curieux, intrigué, suspicieux, joyeux ou bienveillant.

老外 est un terme formé de deux notions : 老, lao signifiant vieux ; 外, wai signifiant extérieur, étranger. Mais cela ne veut pas dire pour autant que tous les étrangers sont grabataires. 老lao est un terme utilisé comme une marque de respect, comme dans le mot 老师laoshi, professeur ou 老朋友 laopengyou (voir pengyou), vieil ami,indiquant que l’étranger est celui que, comme l’ami ou le vieillard l’on doit traiter avec bienveillance, respect et humanité. 老外 peut désigner aussi une personne « qui ne maitrise pas ou est étranger à une technique » et alors prendre le sens de béotien, de gringo [2]. Alors, être un 老外, c’est sympa ou non ? Les experts ferraillent désespérément et n’ont à ce jour pas réussi à trancher cette question. Moi non plus.

Pour moi, ça serait un terme plutôt rigolo, un peu quand vous regardez votre petit cousin de un an et demi se battre avec ses cubes pour construire une tour. Il est un peu pataud, sa main n’est pas encore très exercée… et vous le laissez faire avec amusement ! En ce sens le 老外 pourrait être celui qui ne lit pas les idéogrammes, et se fait pigeonner allègrement lorsqu’il va négocier au marché (voir 美国人, meiguoren), prend des cours de taichi pour faire comme Li Mubaiavec son épée lorsqu’il se bat contre Jade la Hyène dans Tigres et Dragons, tient ses baguettes comme des cotons-tiges et bien entendu, ne parle pas chinois ou le prononce avec un accent qui ferait hurler un chien à la mort.

L’autre jour, j’étais avec une copine chinoise dans le bus et on regardait un dessin animé stupide. Voyant que je plissais les yeux pour lire les sous-titres comme un inuit qui aurait perdu ses lunettes, un type lui demanda : « 老外听得懂吗 ? » soit « Laowai tingdedong ma ? » Ce qui voudrait dire littéralement dans la langue de Confucius : le vieil extérieur entend – particule structurelle utilisée après un verbe pour exprimer le degré ou la possibilité – comprendre, particule de question ? Ou alors l’ami étranger comprend-il le chinois ? Ou encore le gringo comprend ou pas ? Parfois, 老外 peut-être proche de la notion de 笨蛋 (voir Bendan) ou de celle d’ignorance crasse.

« 他不明白中国文化 », « Ta bu mingbai Zhongguo wenhua », il ne comprend rien à la culture chinoise. C’est par exemple quelqu’un qui plante verticalement ses baguettes dans son bol de riz (ce qui rappelle l’encens pour les cérémonies funèbres et constitue une grave offense), qui engueule son chauffeur parce qu’il a raté un tournant (voir脸lian) ou qui ne se privera pas de crier haut et fort que la civilisation européenne détient la vérité parce qu’elle a accouché des droits de l’homme et que les politiques chinois sont des tanches dans la gestion de leurs affaires intérieures. C’est celui qui refusera un 干杯 (voir ganbei), esquissera une moue dégoûtée au moindre jet de salive urbain, sucrera son thé, ou dira qu’il adore le saké et que le kimono est un vêtement magnifique [3]. Bref, le meilleur moyen pour passer pour un 笨蛋 (voir bendan), ne pas se faire de 朋友 (voir pengyou), et perdre la 脸 (voir lian).

En bref, le 老外, c’est vous, c’est moi, Gary Cooper ou Ingrid Bergman. Notre savoir-vivre tel qu’il a été enseigné par les plus grands dandys n’a plus cours dans l’Empire du Milieu ! Il va falloir vous y faire…


[1] Terme à ne pas prendre au sens actuel, colonial et péjoratif, mais dans son sens premier, à savoir « qui est né dans le pays dont il est question », (Petit Robert 2008)

[2] D’où cette phrase fameuse : 哦老外, 你的咖啡好不好 ? O laowai, nide kafei hao-bu-hao ? Hé gringo, il est bon ton café ?

[3] Pour info, les 中国人, zhongguoren, les chinois et les 日本人, ribenren, les japonais ne sont pas vraiment 朋友 (voir pengyou) au sens fort du terme.

你好!Voici l’occasion de remettre au goût du jour une série commencée lorsque je vivais à Shanghai, visant à partager à mes compatriotes certaines notions communes touchant de près l’art de vivre et les mœurs chinois…

L’oreille du néophyte est toujours à la traîne. Avec l’habitude, elle finit cependant par saisir quelques mots qui détonnent comme un coup de canon et procurent l’agréable satisfaction d’être devenu un peu moins bête. Ce petit glossaire des concepts utilisés fréquemment en Chinoisie a pour fin de vous aider à vous repérer dans les méandres de la culture chinoise, des fois qu’il vous prendrait l’envie d’y faire un tour…

N’étant pas un type organisé, j’ai préféré l’ordre anarchique à celui alphabétique, que les scientifiques m’excusent.

Le drapeau de la République de Chine (中華民國國旗 ; zhōnghuá mínguó guóqí) est le drapeau civil, le drapeau d’État, le pavillon d’État et le pavillon de guerre de la République de Chine, gouvernant l’île de Taïwan depuis 1949.

Auparavant, il fut le drapeau national de la « première République », dont le régime de Taïwan est aujourd’hui la continuation officielle.

Le drapeau fut adopté en 1928 à la suite de la victoire des forces du Kuomintang dans l’expédition du nord, qui aboutit à réduire le gouvernement des seigneurs de la guerre et lui permit de revendiquer la souveraineté sur l’ensemble du territoire de la République de Chine. Le drapeau à cinq couleurs fut abandonné et remplacé par une nouvelle bannière, ornée de l’emblème du parti.

Il représente en haut a gauche, le « ciel bleu au soleil blanc » (青天白日旗滿地紅 qīng tiān bái rì qí mǎn dì hóng), symbole du Kuomintang, et un fond rouge, symbole du sang versé pour la révolution chinoise.

Source : Wikipedia