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La nouvelle est tombée fin août : Taïwan serait devenue la destination préférée des expatriés ! Cette petite île au large de la si vaste Chine, méconnue, voire seulement connue des européens pour ses objets en plastoque « Made in Taïwan » a beaucoup changé, et souffre de son isolement sur le plan international. En conséquence, le gouvernement et la population toute entière se sont lancés dans une politique de softpower qui porte ses fruits, on ne peut que s’en réjouir.

Yangming Shan (crédits Expedia.fr)

Le fait que Taïwan soit un endroit où il fait bon vivre ne date pas de la colonisation japonaise puisque le nom « isla formosa » donné par les navigateurs portugais au XVIe siècle veut dire « île de beauté ». Il faut dire qu’elle ne vole pas son nom : des dizaines d’itinéraires à partir de Taipei vous permettront de le découvrir. Après vingt minutes de bus à partir de la gare centrale, le promeneur, le marcheur ou le cycliste pourra s’offrir une suée salutaire dans les montagnes, découvrir des paysages à couper le souffle comme sur le 桃源谷 Taoyuan Gu ou les chemins de 陽明山 YangMing Shan et évidemment, en sortant de Taipei, aller partout où il pourra, notamment sur l’île de la Tortue, l’île des Orchidées, les montagnes de Taroko du côté de Hualien. Il pourra aussi 環島 huandao, c’est à dire faire le tour de l’île en train, en scooter, à pied, à cheval ou en voiture en descendant jusqu’au parc national de Kenting 墾丁國家公園 Kenting Guojia Gongyuan et en remontant par 屏東 Pingtung. 

Taïwan, de par sa localisation géographique, est un creuset mêlant diverses influences, austronésiennes, japonaises, chinoises notamment, aujourd’hui de plus en plus américaine. Durant ses cinquante ans colonisation, le Japon a profondément et durablement marqué le paysage (infrastructures routières, ferroviaires) et le caractère des taïwanais. Les liens avec le Japon ont demeuré et je pense que l’on peut considérer Taïwan comme le distributeur-tamis de l’influence japonaise en Chine. Cette intuition reste à étayer ! Habitant alors Hualien, j’avais croisé des cars de japonais ayant habité là avant 1945 et revenant avec émotion sur les lieux de leur enfance. Les taïwanais, à la différence des chinois continentaux, aiment en général plutôt bien les japonais qui ont aménagé les sources d’eau chaudes en bains pour notre plus grand bonheur.

 

Le principal mode de déplacement reste le scooter. Il est facile de s’en procurer un d’occasion (attention à la qualité), d’en louer un lorsqu’on se déplace ou d’en acheter un neuf si on choisit d’investir. Suite à de nombreux abus de la part des touristes étrangers, il est devenu un peu plus difficile d’en louer sans permis international ou – mieux – permis taïwanais, que je vous engage fortement à passer si vous y restez quelques temps. Ce n’est pas cher, il y a deux épreuves : une théorique que vous pouvez passer en anglais, et une pratique à savoir un petit parcours santé en « U ». Cela vous simplifiera la vie et vous permettra de ne plus avoir de sueurs froides lorsque vous passerez devant un groupe de policiers de la route ! Plus on descend dans le Sud, plus la conduite est aléatoire, alors la prudence doit rester de mise. Les accidents sont fréquents (le conducteur qui ouvre sa portière sans regarder, etc.) et souvent tragiques. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire là dessus, conduire à Taipei n’est pas une mince affaire !

Mais que serait Taïwan sans les taïwanais ? Elle perdrait assurément de son charme. Sans rentrer dans les détails, je me contenterai des stéréotypes et de mes propres réflexions. Lorsque je suis arrivé à Hualien enseigner le français, j’ai eu beaucoup de mal à fraterniser avec mes étudiants que j’ai trouvé au départ très timides voire craintifs. En début d’année, les activités « brise-glace » étaient absolument nécessaires pour qu’ils puissent vaincre cette timidité et se faire des amis. Habitué aux chinois de Chine plus directs, je trouvais mes étudiants excessivement polis, parfois à l’excès, et assez surprenants. J’avoue que cela m’a agacé un certain temps jusqu’à ce que je comprenne que c’était une manifestation de leur délicatesse et de leur prudence dans les relations sociales. Les premiers mois, j’ai donc été très seul, et ai assez douloureusement fini par comprendre ce que le renard dit au Petit Prince sur la signification du mot « apprivoiser ». Se faire de vrais amis prend du temps, mais lorsqu’un taïwanais s’investit dans une relation, c’est pour la vie. Et ça, c’est sans doute le bien le plus précieux au monde.

Bref, je pourrais déblatérer une heure sur les bienfaits de Taïwan. C’est une belle île, mais par pitié ne la salopez pas et ne salopez pas les gens qui y vivent en leur important des coutumes d’occident détestables, faisant de l’activisme politique, impérialisme capitaliste, boboïsme moralisateur, « enrichissement culturel » à sens unique et compagnie…  Les taïwanais ont tellement à nous apprendre ! Il y a un mot pour cela : 入境隨俗 rujingsuisu : à Taïwan, fais comme les taïwanais !

 

img_0387Voilà maintenant plus de deux ans que je suis rentré d’Asie, après trois ans entre Shanghai, Hualien et Taipei.

Un retour est toujours une expérience aussi bouleversante qu’un départ, et trompeuse. Il ne s’agit plus de quitter son cadre pour un autre, inconnu, mais de le retrouver ! Beaucoup rentrent au pays avec cette impression qu’ils reviennent comme des Hobbits à la Comté, dans de petits trous confortables et un peu endormis par un quotidien sans nuages dans lequel ils ne se retrouvent plus. De fait, on retrouve la vie quittée quelques années plus tôt telle qu’on l’a laissée ou presque, tout en ayant changé et souvent élargi ses vues, sans toutefois pouvoir en prendre la mesure et savoir en quoi on a changé. La vie de notre famille et de nos amis, a continué sans nous avec son lot de joies et de peines et ils ne s’intéressent pas forcément comme on le voudrait à ce qu’on a vécu, difficilement racontable à qui n’a pas partagé notre expérience.

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Il y a quelques années, je suis parti en Thaïlande avec quelques amis dans les montagnes non loin de la frontière birmano-thaï chez des Karen, un peuple de montagnard paisibles, rudes au grand cœur. C’était mon premier voyage hors d’Europe et ce que j’ai vécu a été un véritable choc, presque une conversion. J’ai tout raconté à une inconnue dans le hall d’embarquement de l’aéroport de Bangkok, et me suis rendu compte une fois rentré que j’étais incapable de partager ce qui m’avait bouleversé à ceux qui m’entouraient. Il n’y avait pas de points de comparaison entre les villes françaises et la jungle thaï, moite et humide, les chants et les rires des enfants et les soirées avec leurs profs. En un mois et demi, j’avais beaucoup vécu et j’ai mis deux ans à m’en remettre.

Vous l’aurez compris, ma première expérience de retour a été celle-là. En rentrant en France, je me suis confronté à la vulgarité de la vie quotidienne, aux blagues grasses sur les bordels de Thaïlande où je n’avais pas fichu un pied. Le contraste avec la simplicité et la droiture des montagnards était trop grand. Notre siècle trop laid. Notre société trop corrompue. Nostalgique, je ne pensais qu’à « mes » montagnes et à un moyen de vivre encore ce bouleversement, je ne pensais qu’à repartir. J’ai commencé alors à fréquenter plus régulièrement une de mes parentes très cultivée et curieuse ainsi que son mari qui avait longtemps « mangé du riz chinois ». Il était « devenu » chinois et allait devenir mon maître en me transmettant son amour de la Chine.

Il avait connu la Chine intimement à un moment trouble de son histoire et parlait parfaitement le mandarin – même des chinois venaient lui demander des conseils – émaillant toute sa conversation de 成語 chengyu, ces innombrables phrases locutoires subtiles et pleines de sel et d’esprit chinois. Tout ce que j’ai vécu ensuite, c’est à ma tante et lui que je le dois. C’était un spécialiste de la Chine ancienne, il traduisait des textes anciens du chinois classique. Quel puits de culture c’était et quelle belle langue il parlait, ce mandarin du Nord rond et puissant agrémenté de 兒 er ! Je passait des heures chez eux, la théière était toujours pleine et le temps comme suspendu. Il était cependant trop âgé pour m’enseigner lui même le chinois mais me prodiguait conseils et encouragements.

J’ai donc commencé à apprendre le chinois tout seul, puis suis parti quelques mois pour Shanghai. En revenant, je savais que j’allais partir à nouveau. On m’a proposé Taïwan. J’ai dû tout réapprendre pour me familiariser avec les caractères traditionnels. Au bout de deux ans, j’ai su que j’avais besoin de rentrer et de reprendre racine.  Des opportunités professionnelles s’ouvraient et je n’avais pas vu famille et amis depuis assez longtemps, ils me manquaient. On m’avait dit avant que je parte : « Si vous partez plus de trois ans, vous ne rentrerez plus ». Le retour serait plus rude, la réadaptation plus difficile. Et je ne voulais pas rester coincé entre deux cultures ou dans une culture qui n’était pas la mienne. Après m’être écarté, j’avais besoin de rentrer au camp de base et reprendre des forces.

Comme beaucoup, c’est loin de ma terre natale et en enseignant le français que j’ai pris conscience de mes racines. Les chinois ont un proverbe pour cela : 根深葉茂 gen shen ye mao, lorsque les racines sont profondes, la végétation s’épanouit. La culture est une vision du monde qui nous est transmise. Loin d’être un obstacle, c’est pour moi un atout pour comprendre d’autres cultures ou systèmes de pensée. Au nom de la diversité, ou d’une vision superficielle de la culture on a mondialisé le stéréotype et favorisé une vision unique du monde qui ne s’exprime qu’en anglais. C’est ce qui oppose le missionnaire au touriste. Loin de moi l’idée de dénigrer l’anglais, mais reconnaissons qu’il a ses limites : on ne crée des ponts qu’en pensant entre les langues.

Six mois avant de partir, j’ai commencé à préparer mon retour. J’ai renoué des contacts, commencé à dire autour de moi que je revenais, que je cherchais du boulot dans tel ou tel ou tel domaine. En rentrant, j’ai trouvé un CDD au bout de trois mois dans un lieu intéressant, puis un CDI dans une entreprise. Au fur et à mesure, j’ai revu des amis, m’en suis fait de nouveaux, ai fait d’heureuses rencontres. J’ai retrouvé ma famille et ma tribu de cousins plus ou moins éloignés, ai repris la musique. Après presque trois ans, l’envie de repartir me reprend, toujours dans le monde chinois, la passion de ma vie, ailleurs, autrement. On s’habitue à tout, même aux départs… et même aux retours.

Ce blog, resté en sommeil pendant longtemps n’est donc pas mort ! Il reprendra autrement, au fil des mois.

Le 28 février est une date spéciale à Taïwan, référence douloureuse à un passé resté vivant dans la mémoire collective. Voici un lien vers l’article écrit sur ce blog il y a un an que je réactualise.

En 1945, les japonais se retirent de Taïwan après 50 ans de colonisation. L’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) confie l’administration de Taïwan au Kuomintang, alors allié des États-Unis. Si le retour à la mère patrie est tout d’abord accueilli assez favorablement par les formosans, l’administration nationaliste qui utilise les ressources de l’île pour mener la lutte sur le continent est de plus en plus critiquée pour sa gestion catastrophique du pays. En effet, Taïwan a pris durant la colonisation japonaise une orientation tout à fait différente de la Chine continentale sur les plans culturel, économique et social. La plupart des gens âgés de plus de 50 ans ne parlent ni ne comprennent le mandarin et ont reçu une éducation entièrement en japonais. Les difficultés de communication, une corruption endémique, la pratique courante du népotisme, une politique autoritaire ainsi qu’une mauvaise gestion économique sont autant de facteurs qui creuseront un fossé de plus en plus grand entre les habitants de l’île et la nouvelle administration nationaliste. Read More

Bambou de 509 mètres et fierté taïwanaise, la Taipei 101 a perdu son titre de tour la plus haute du monde en 2008 lorsque la Burj Khalifa lui a damé le pion, c’est fou comme les émirs manquent de délicatesse.Pour ceux qui confondent toujours Taïwan avec la Thaïlande, je tiens à préciser que seulement 23 États sur les 193 membres des Nations unies reconnaissent la République de Chine sur le plan international. Ce qui donne tout son sel à une analyse freudienne fort répandue parmi ceux qui pratiquent la psychologie de comptoir, mais que par pudeur que je ne vous restituerai pas ici.

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九份 Jiufen Jiufen est une charmante petite ville de bord de mer, du côté de Yilan. Très touristique, on y trouve un marché couvert rempli de choses délicieuses, et des restaurants où il fait bon s’arrêter le temps d’un plat de fruits de mer, pour profiter du calme et de la vue imprenable sur le …

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十份 - Shifen Après une heure de voiture et quelques embouteillages plus tard, nous arrivons à Shifen en plein cagnard avec la joyeuse bande de hongkongais arrivée la veille. Pour quelques yuan, on gagne le droit d’admirer les chutes d’eau, de prendre quelques photos et de se reposer un peu. Un vieux train passe près …

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Taipei en chiffres, c’est un scooter pour deux habitants. En pratique ? C’est le bazar. En arrivant à Hualien l’an dernier, j’ai sagement passé mon permis. Une poignée de dollars, un examen de code et un petit parcours en U plus tard, j’avais en main le précieux sésame qui me permettrait de faire mes premières armes sur le bitume taïwanais.

Ici la seule règle qui prévaut est la loi du plus gros, qui est aussi le plus fort. le piéton perd devant le vélo méprisé par le scooter, lui-même voué aux gémonies par la voiture, discréditée par une camionette elle-même conspuée par le 36 tonnes. Le pékin moyen s’en tiendrait à une conduite prudente, à droite à 30km/h et c’est précisément l’erreur.

Dressons maintenant une petite typologie animalière du conducteur moyen.
• Le saumon qui remonte imperturbablement le courant, à contre-sens, tranquille.
• La fourmi qui transporte trois fois le poids du scooter en cartons, fruits, objets divers et sacs non identifiés, empilés avec un équilibre tenant du miracle.
• Le lynx, spécialiste des attaques surprise.
• Le rémora, poisson-ventouse qui vous colle au train.
• Le colibri : pleins gaz mais fait du sur-place.
• La taupe daltonienne. Vert ? Vous avez dit vert ?
• Le cygne qui glisse sur l’asphalte, majestueux.
• Le lièvre qui grillerait une Porsche au 0-100km/h départ arrêté.
• L’albatros, qui se laisse porter par le vent.
• Le kangourou : le petit est dans la poche de devant.
• Le lemming, celui qui ne sait pas gérer les trottoirs.
• La gazelle, sans doute la plus redoutable.
• Le pianiste : maître des arpèges et des gammes.
• Le vautour qui vous pique votre place de parking.
• La tortue, montée sur un solex.
• La mouffette, au sulfure d’hydrogène
• … le dahu ? Liste non exhaustive.

L’ennemi (entendez le vélo ou la voiture, voire pire, le piéton) surgit toujours sans crier gare. À contre-sens sur un grand axe, d’une petite rue, de derrière un bus, ouvre sa porte côté rue sans regarder, tourne brutalement sans clignotant, freine, s’arrête et puis repart… C’est lorsque le vocabulaire orythologique d’un taxi parisien ne suffit plus que l’art du klaxon devient une science. Freine, Slim, freine ! La voie est barrée !

Et pourtant, il n’y a jamais d’animosité, simplement parce que les gens sont polis et courtois avant d’être inconscients. C’est précisément ce qui fait que Taipei est l’une des villes les plus agréables d’Asie !

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En 1945, les japonais se retirent de Taïwan après 50 ans de colonisation. L’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) confie l’administration de Taïwan au Kuomintang, alors allié des États-Unis. Si le retour à la mère patrie est tout d’abord accueilli assez favorablement par les formosans, l’administration nationaliste qui utilise les ressources de l’île pour mener la lutte sur le continent est de plus en plus critiquée pour sa gestion catastrophique du pays. En effet, Taïwan a pris durant la colonisation japonaise une orientation tout à fait différente de la Chine continentale sur les plans culturel, économique et social. La plupart des gens âgés de plus de 50 ans ne parlent ni ne comprennent le mandarin et ont reçu une éducation entièrement en japonais. Les difficultés de communication, une corruption endémique, la pratique courante du népotisme, une politique autoritaire ainsi qu’une mauvaise gestion économique sont autant de facteurs qui creuseront un fossé de plus en plus grand entre les habitants de l’île et la nouvelle administration nationaliste.

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À Taipei il pleut tout le temps, et ce n’est pas une petite drache. Les Taïwanaises sont d’ailleurs arrivées à la conclusion irréfutable qu’un short sèche plus vite qu’un pantalon (voire qu’un minishort sèche plus vite qu’un short) et exhibent avec la plus insolente pudeur des jambes de mannequin.

Afin d’éviter le désagrément de la chaussette mouillée, la tong est devenue le symbole de la résistance à l’oppression des averses. Bon marché, pratique et fonctionnelle, participative, elle se porte hiver comme été et par son minimalisme même préserve l’épiderme d’une humidité prolongée.

On les repère de loin, ces tatanes Rrr chtp rrr chtp rrr chtp rrr… Elles sont de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les types, de toutes les tailles. Brésiliennes, bohémiennes, lilliputiennes ou olympiennes, tressées, plastifiées, à semelles compensées, talonnées, UMPées, publicitaires, autoritaires, balnéaires voire catilinaires. Quem ad finem sese effrenata jactabit audacia ?

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* J’ai piqué le dessin à Gotlib. À lui 1000 années de prospérité.

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L’Institut Ricci de Taipei et le mensuel Renlai nous ont convié à une série de concerts de “fusion” pendant l’été dont celui de vendredi était le dernier opus. Tablas, guzheng, piano, contrebasse, sarod et cajon, timbres et clochettes, tambour de basque et pied de micro. Tout y était. Groupes de qualité, auditoire attentif et enthousiaste… …

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笨老師的第一堂課:
問題:老師,為什麼夏天去星巴克的時候要穿外套?
答案:小傻瓜,因為臺灣人超喜歡開冷氣。
問題:所以呢?
答案:所以,所以,在臺灣很容易感冒!
感謝,笨老師!Aaaaaaïtchaa !

Professeur Dinguo, premier cours.

Question : Professeur, pourquoi faut-il se promener avec un manteau à Taïwan lorsqu’on va au Starbucks l’été ?

Réponse : Petit fripon, mais parce que les Taïwanais adorent l’air con’ !

Question : Et alors ?

Réponse : Et alors, et alors, choper un rhume à Taïwan est d’une simplicité enfantine !

Merci, Professeur Dinguo ! Aaatchââââ !

最近在法國,大部分的人(除了商人)在休息一下。年輕人習慣跟朋友一起到夏令營去,也去海邊、山上或外國去旅行。但是我的感覺就是很多臺灣的年輕人感受不同的習慣…

À l’heure où l’herbe jaunit dans les jardins désaffectés par les familles françaises, parties trouver ailleurs un coin de sable ou un bout de montagne, pendant que les petits français sont sur leur vélo ou devant leur console, beaucoup de taïwanais vivent une tout autre expérience…

我昨天搭捷運,有位高一的學生跟我講話。他問我很多外國人時常會碰到的問題。你從那裡來?法國人是不是很浪漫?法國很漂亮嗎?巴黎呢?然後,我看他穿著制服。所以我問他:“你為什麼穿這樣的衣服呢?你不是在放假嗎?“。他回答我:”暑假還有課“。這幾天,我常常看到學生在寫作業,但是他們很累通常在打瞌睡!太辛苦了。

我已經開學了,每天都教法文。我這一班很好。他們認真學習、很熱情。是所有老師夢想教到的學生!如果下學期的氣氛跟這兩個禮拜一樣,我一定會覺得運氣很好!他們很努力。每天都來跟我學法文。我很佩服他們。

今天早上,我發現我瘦了很多。所以我決定去”Subway”吃美式的食物,好讓我變胖。本來沒有位子,但我在一個媽媽帶著小孩的旁邊找到空位。他們三個吃飯的時候一直在練習英文。不要虛度光陰!

你們一定知道我很喜歡薹灣的食物。不過有的時候我會夢到法國菜:法式香腸在一起跳舞,法國起司一起討論哲學… 有時候麥當勞就像大麻的代替品:溫暖人心但同時帶來罪惡感!那麼,算了!既然我已經吃了麥當勞,所以我又能繼續發表評論!

有一天,我在麥當勞吃牛肉漢堡 (I’m loving it)。然後呢,有個太太跟她的兒子來我旁邊吃Happy Meal。他們兩個在討論開學的事。去哪一間補習班? 晚上怎麼辦?媽媽要選最好的補習班,最好的學校。我住花蓮的時候,家附近有很多補習班跟珍珠奶茶店。小朋友們都到晚上十點多下課才能回家休息。第二天很早又要去上課。很辛苦,不是嗎?

我的童年生活很不一樣。放假的時候到布列坦尼玩水、去鄉下散步、參加各種夏今營、看書,整修百葉窗。什麼都做,就是不用去學校。念書歸念書,假期歸假期。我曾經野心勃勃地想要看完普魯斯特寫的“追憶逝水年華”,或是重讀柏格森的作品,但是美麗的陽光戰勝了“斯萬”跟“少女花“,柏格森的哲理輸給了海灘跟餐前酒!其實我看到薹灣的學生在夏天頂著大太陽去上課,心裡很為他們抱不平,但也許我自己也該這麼努力。

Hier, un jeune collégien m’a abordé dans le métro. Il faut bien pratiquer un peu l’anglais… En fait on a discuté en chinois. Après les questions d’usages, on a parlé scolarité. Pourquoi portait-il un uniforme en plein mois d’août ? Parce qu’il avait des cours supplémentaires et consacrait son été à l’étude. En pratique, ça donne souvent des enfants ou des étudiants assoupis sur les tables des bibliothèques. Mais quand même, le pauvre chou.

Ayant commencé à donner quelques cours à l’Alliance Française, j’ai été béni. Groupe sympathique, sérieux et travailleur, uni et solidaire. Si l’année prochaine est à l’image de ces deux premières semaines, alors je peux me réjouir : cela promet d’être extraordinaire ! Il n’empêche que, comme ces collégiens, mes treize étudiants ont consacré deux mois d’été à apprendre une troisième langue, pour certains juste comme ça. Je suis admiratif.

Ce matin, après avoir constaté que j’avais perdu des kilos en moins, j’ai décidé de retaper mon IMC (celles qui lisent Elle et Cosmo me comprendront) en allant bouffer américain au Subway du coin de la rue. Après avoir lutté pour trouver un siège, j’ai fini par trouver une place à côté d’une maman taïwanaise et ses deux enfants qui… parlaient anglais, sérieux comme des papes. Pratiquer, pratiquer, courir contre le temps.

Vous l’aurez compris, la nourriture taïwanaise bien que délicieuse, n’empêche pas mon sommeil paradoxal d’être peuplé de saucissons qui font la java, de steaks qui sautent à la perche dans une poêle et d’un camembert qui cause philo avec une époisses. À l’étranger, le Mc Do est parfois ce que la méthadone est à l’héroïne : une saloperie qui soulage. Maintenant que j’ai fait mon coming-out ronaldien (whouf, je suis soulagé), on peut passer à la dernière anecdote.

Un jour que je dégustais un cheeseburger dégoulinant de cheddar (I’m lovin’it), une dame et son jeune fils de dix ans sont venus prendre les places à côté de moi. En dégustant un Happy Meal, ils parlaient avenir et rentrée des classes. Il était question d’organiser les soirées du petit après l’école. Il fallait lui trouver la meilleure 補習班 bǔxíbān du quartier, minuter et rentabiliser son temps, ses soirées. Il devait diner avec sa sœur et repasser du temps le soir à étudier. La rue dans laquelle j’habitais à Hualien est remplie de ces bǔxíbān et de petits restaus qui vendent à la pelle ce “thé aux perles”, le 珍珠奶茶 zhēnzhūnǎichá qui fait depuis plusieurs décennies le délice des étudiants. Les enfants en sortaient vers neuf ou dix heures du soir épuisés et rentraient chez eux dormir avant de commencer une nouvelle journée d’étude.

Je vous parle d’un temps que les plus de vingt ans ne peuvent pas connaître. Moi en ces temps là, je faisais des pâtés en Bretagne, des balades dans les marais salants, animais des colos où l’on faisait tout sauf bosser ou alors passais mon été je ne sais plus comment, à lire ou à peindre des volets. J’ai eu un moment le projet ambitieux de m’enfiler la Recherche ou de relire Bergson, mais le soleil a eu raison de Swann et de la Duchesse de Guermantes, la mer et les apéros des données immédiates de la conscience ou des théories lumineuses dudit quidam sur l’intuition. Même petit, les devoirs de vacances ont toujours été un vœu pieux, une lointaine résolution. Au fond de moi, je ne peux pas m’empêcher de plaindre ces jeunes qui passent un été dans la chaleur moite de Taipei à étudier au lieu de faire des randonnées dans les montagnes… même si c’est peut-être ce que j’aurais du faire.

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La suite… Un instantané de tai-chi Au fondement des arts martiaux à pratiquer en solitaire, le 氣功 qigong qui est l’art de la gestion du souffle, source de toute vie et particulièrement important dans les spiritualités d’inspiration taoïste. Le tai-chi s’il a bien à l’origine une visée martiale vise par la pratique d’exercices extrêmement lents …

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Mes étudiants disent : 花蓮:好山,好水,好無聊。 Ce qui en bon français signifie : Hualien : de belles montagnes, la mer et de belles rivières… mais qu’est-ce qu’on s’ennuie ! Il est vrai que le spectacle de la montagne encore endormie et entourée de brume au matin est un des spectacle dont je ne me lasserai jamais tout comme la mer …

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La fête des bateaux dragons, 端午節 duanwujie en chinois, marque l’entrée dans l’été et a lieu le 5e jour du 5e mois lunaire. C’était le… le ??? Il y a quelques temps déjà ! À l’époque des Royaumes Combattants, Qu Yuan, poète et ministre du roi de Chu se serait jeté dans la rivière déçu de voir …

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獨有友之業能起。
(利瑪竇,交友論,51)

Seule une entreprise dans laquelle l’amitié a sa place peut prospérer. (Matteo Ricci, Traité de l’amitié, 51)

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“Action !” Il y a à Hualien des lieux où l’on ne peut se rendre que si l’on est invité, introduit. Au détour d’une rue tranquille, non loin d’un endroit où je suis passé des milliers de fois, j’ai trouvé une pépite, mon petit café, mon “Café Lumière”. C’est le café où l’on a ses habitudes, …

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某天下午,在慕谷慕魚 慕谷慕魚又被稱為小太魯閣,我們從位於銅門警局前的小門進入。這裡的觀光客很少,空氣十分新鮮但景色卻很自然。為了慶祝熱浪來襲前的春季,我們舉辦了烤肉活動!!  在之前,花蓮下了一點小雨,所以我很擔心得穿一整天的雨衣,幸好山上的天氣很好! 後來,我們到小溪裡游泳。這天是那麼的美好讓我覺得彷彿到了人間仙境。 Un après-midi à 慕谷慕魚 Mùgǔmùyú Appelé aussi “le petit Taroko”, on y accède en s’enregistrant au poste de police de 銅門 Tóngmén. Les touristes sont assez peu nombreux, le lieu sauvage et l’air pur. Pour fêter le début des grandes chaleurs, un barbecue était de mise ! La pluie menaçait à Hualien …

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天長地久。
天地所以能長且久者,
以其不自生,故能長生。
是以聖人後其身而身先﹔外其身而身存。
非以其無私邪。
故能成其私。
(老子,道德經,第七章)

Le Ciel dure, la Terre persiste
Qu’est-ce donc qui les fait persister et durer ?
C’est qu’ils ne vivent pas pour eux-mêmes
Voilà ce qui les fait vivre pour l’éternité
De même le Saint met sa personne en retrait
Elle se retrouve au premier rang
Il la met au dehors
C’est ainsi qu’elle est préservée
N’est-ce pas qu’il est sans moi propre ?
Par là même son moi s’accomplit.

(Laozi, Daodejing, § 7, trad. Anne Cheng)

期中…烤肉 同學們在寫期中考。教室裡面有烤腦袋的味道! Barbecue… de mi-semestre Pendant que les élèves planchent sur leurs copies, la classe se remplit d’une odeur de neurones grillées !

Des trois caractères 原 yuán, désignant l’origine ; 住 zhù, habiter, résider et 民 mín, le peuple, le citoyen. C’est le terme entré en vigueur depuis 1994 à la suite d’un amendement constitutionnel.

La plus vieille trace d’occupation humaine à Taïwan est attestée par l’homme de Zhuozhen datée de 30 000 ans avant JC. De nombreux sites archéologiques font état d’une occupation remontant à plusieurs milliers d’années (7000 avant notre ère) par des groupes austronésiens venus par vagues successives. Les diverses tribus aborigènes furent longtemps en conflit avec les diverses forces colonisatrices jusqu’à ce que les politiques du gouvernement central comme l’interdiction de pratiquer leur langue, l’obligation d’apprendre le mandarin, les déplacements de population, les mariages interculturels leurs fassent peu à peu oublier leurs cultures originelles. Aujourd’hui et ce malgré le regain de vitalité des cultures aborigènes dues aux combats sociaux menés depuis les années 80 et aux politiques de discrimination positive, de nombreux jeunes ne parlent plus que le mandarin. Ce phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement les aborigènes, mais aussi les taïwanais eux-mêmes dont la langue est de moins en moins parlée.

Taïwan reconnaît officiellement 14 groupes sur son territoire : les Amis, les Bunun, les Taroko (Truku), les Atayal, les Kavalan, les Païwan les Puyuma, les Rukai, les Saisiat, les Sakizaya, les D’ao (Yami), les Thao, les Tsu et les Seedeq qualifiés par les arrivants chinois sous le nom de “barbares crus” ou de “barbares cuits” selon leur degré de sinisation ou suivant leur mode de vie, peuples des plaines ou peuples montagnards. Ces divers peuples se sont alliés entre eux selon les circonstances ou ont mené des guerres farouches. Citons les Taroko, fameux coupeurs de têtes ! Certains groupes parlent des langues proches des langues indonésiennes ou des philippines. Les personnes âgées, quant à elles, ne se comprennent entre groupes ethniques qu’avec… le japonais !

Valorisée à des fins touristiques ou instrumentalisée dans une certaine mesure par le DPP (Parti Démocrate Progressiste) pour marquer la différence entre Taïwan et la Chine populaire, la situation des aborigènes de Taïwan reste critique. L’alcoolisme et la consommation de noix d’arek font des ravages et le taux de chômage est largement supérieur à la moyenne. Main d’œuvre non qualifiée, ils subissent la rude concurrence venue des Philippines, d’Indonésie ou de Chine populaire.

J’essaierai de vous livrer au fur et à mesure de mes recherches quelques portraits des us et coutumes de certaines de ses ethnies. Si vous vous intéressez à ces cultures, vous pourrez trouver toute une littérature sur le sujet, par exemple ici, où . Pour ma part, j’ai hâte d’entendre les chants dyphoniques Bunun, semblables par certains côtés aux chants Tuva ou aux mélopées tibétaines. Un prochain voyage dans la région de Nantou s’impose !

中華民國2011年全國原住民活動會。跳舞,運動,好吃的東西!耶! Tournoi national aborigène à Taidong. Au programme, danses traditionnelles, compétitions sportives et découverte des spécialités culinaires du coin !

Cette réputation d’imperméabilité, qu’on a faite à la langue et à la pensée chinoises, est, pour les études sinologiques, le plus grand danger ; ces études ne se poursuivront méthodiquement que si elles cessent d’être l’apanage d’un corps trop étroit de spécialistes ; il convient qu’elles appellent sur elles le contrôle du plus grand nombre possible de gens avertis et renoncent enfin au prestige du mystère. Je me risque donc à pénétrer dans cette caverne sacrée où l’on a logé les idées chinoises — afin de montrer au moins qu’elle n’est pas hermétique, et quitte à n’y être guidé que par une lumière insuffisante.

Marcel Granet, Quelques particularités de la langue et de la pensée chinoises, 1920

Après la tragédie du séisme au Japon, j’ai reçu un certain nombre de messages affolés qui demandaient de nos nouvelles à nous, les taïwanais. Récit.

J’ai appris la nouvelle du séisme au Japon en même temps que l’alerte au tsunami lancée par les autorités de Taïwan enjoignant travailleurs et écoliers à rentrer chez eux. Depuis le cyclone Morakot en 2009 qui avait causé la mort de 600 personnes et occasionné une coulée de boue qui avait englouti un village, les autorités sont prudentes. Ayant une soudaine envie d’aller faire un tour à la montagne, j’ai donc observé des hauteurs cinq cargos qui sortaient du port pour prendre le large. À l’heure dite, la vague attendue ne s’est pas présentée, ni une quelconque réplique sismique. Je ne sais pas si ça peut rentrer en ligne de compte, mais l’océan est particulièrement profond au niveau de Hualien, si bien qu’il est interdit de s’y baigner. Ceci pourrait-il nous protéger d’un tsunami ?

Située le long de la barrière de feu à la jonction de la plaque des Philippines et de la plaque Eurasienne, Taïwan est fréquemment sous alerte et devinez quoi : ces typhons, séismes et autres réjouissances prévues par notre bonne vieille Terre aiment particulièrement Hualien ! Les tremblements de terre que j’ai pu observer pour le moment ne dépassaient pas une magnitude 5. Espérons juste que nous n’aurons pas à faire face d’ici quelques jours à des répliques sismiques ou à un nuage suspect.

Mes prières vont particulièrement au Japon alors que les derniers rapports font état d’une intense activité sismique, une prévision de 10 000 morts et une centrale nucléaire menaçant d’exploser.

我覺得當老師是最好的職業。為什麼?原因是可以放假!所以我一直以為當老師很有趣。可是,放假以後怎麼辦?開學以前大概有一點著急,自己問自己:教學方式好不好?學生覺得法文怎麼樣?老師不會無聊,學生們就可以了!

但開學後就很開心!我覺得學生很認真,超好奇、喜歡學新的東西、總是問我很多問題。他們也進步很多了!另外,我們這學期多迎接三十幾個學生。他們看起來很聰明!寒假再變美成麗得的回憶, 日子在變得比較重要。我現在比較習慣教書,比較習慣中文,所以越來越感覺很舒服。

花蓮真是很漂亮得城市。我發現了很美麗得房子,超漂亮的地方可以去散步,一家日本式的書店可以去學習。還有星巴克,星巴克的咖啡,星巴克的音樂我聽得受不。其實星巴克真看起來像太美式的,我比較喜歡薹式的差點 !

新的學期,新的學生,新的見面,新的事情,新的發現!聽起來很棒,不是嗎?

Le principal avantage de l’enseignement, me disait quelqu’un que je connais comme s’il m’avait fait, c’est les vacances. Effectivement, c’est pour cela que la profession m’a toujours paru éminemment intéressante. Cependant, la tension monte toujours un peu avant la rentrée : les méthodes de travail sont-elles les bonnes ? les cours plaisent-ils aux étudiants ? S’il est dur pour un professeur de s’ennuyer, c’est toujours plus facile pour son public !

Mais passés les premiers instants de déprime, on se lance dans un nouveau semestre, et les vacances deviennent un heureux souvenir alors que la vie quotidienne nous absorbe de plus en plus. La bouteille venant en enseignant, et l’oreille commençant à s’habituer aux sonorités chinoises, je suis de plus en plus à l’aise. Ainsi, j’ai retrouvé avec grand plaisir mes étudiants pour ce nouveau semestre. Les groupes ont un peu changé, certains sont partis, les meilleurs sont restés, une trentaine de petits nouveaux sont arrivés et m’ont l’air bien parti pour crever le plafond.

J’ai découvert également Hualien sous un jour nouveau. De jolies maisons cachées dans des petites rues, des endroits un peu reculés où il fait bon se promener et une librairie vieillotte construite dans le style japonais où je peux m’arrêter travailler. Il y a aussi l’habituel Starbucks avec son café Starbucks et son jazz Starbucks que je ne supporte plus. Tout est trop américain, je préfère de loin les maisons de thé taïwanaises !

En bref, nouveau semestre, nouveaux étudiants, nouvelles rencontres, nouvelles occupations, nouvelles découvertes. Ça cartonne non ?

子曰:「弟子 , 入則孝,出則弟,謹而信,凡愛眾,而親仁。行有餘力,則以學文。」 (孔子,論語,I,6)

忠孝

 

Le maître dit : “Un jeune doit être respectueux, chez lui envers ses parents, en société envers ses aînés. Il est sérieux et digne de confiance . Sa sympathie s’étend à tous les hommes, tout en privilégiant ceux qui pratiquent la vertu d’humanité. Et s’il en a encore le loisir, il peut le consacrer à apprendre la culture.” (Confucius, Entretiens, I, 6, trad. Anne Cheng)

Le Nouvel-an est la plus importante des fêtes chinoises puisqu’elle marque le premier jour du premier mois lunaire. A cette occasion, tout le monde ou presque est en congé et afflue vers le sud du pays pour retrouver sa famille, ses parents, ses enfants et célébrer dignement le passage d’un animal à l’autre.
Selon le calendrier chinois, chaque année porte en effet le nom d’un animal, dont le cycle a été défini voici des siècles par les astrologues chinois qui avaient en leur temps une avance de plusieurs siècles sur l’Occident en matière d’observation des étoiles. Cette année, nous passons dans l’année du lapin, plus connu en France sous forme de civet, et réputé dans le monde chinois pour son calme, son raffinement intellectuel son empathie et sa fragilité qui en font une petite bête ma foi très sympathique.

La veille du Nouvel-An, la ville retentit de coups de pétards lancés par les enfants, et les familles se rassemblent. La tradition veut que l’on offre une enveloppe rouge (紅包 hóngbāo) contenant un peu d’argent, ou deux pièces de dix kuai en symbole de prospérité et que l’on se réunisse, autour d’une table mais sans doute l’aurez vous deviné. J’ai eu la chance de passer les fêtes du Nouvel-An dans une atmosphère familiale et très chaleureuse, chez une amie taïwanaise. Loin des siens, ça a été une grande source de joie que de retrouver une ambiance familiale pour quelques jours. À cette occasion, j’ai appris à taper le Mah-Jong, l’un des jeux les plus célèbres d’Asie qui peut vous tenir éveillé des nuits entières et essayé de comprendre certaines de ses nombreuses règles, un prochain sujet d’article sûrement.

La période du Nouvel-an prend fin à la fête des lanternes (元宵节 yuánxiāojié), célébrée hier. Fête très importante dans le calendrier chinois, elle est aussi appelée “petit nouvel an” (小過年 xiǎoguònián). À l’origine du monde, lorsque le mythe se confondait avec la légende, un dieu particulièrement peau de vache menaça d’incendier la capitale le 15ème jour du 1er mois lunaire. Un petit type malin eut alors l’idée de faire sortir les gens dans la rue une lanterne rouge à la main et d’en accrocher aux portes des maisons afin que le dieu, trompé, rentre dans sa tanière satisfait. Un autre récit, témoignant du côté profondément romantique de l’âme chinoise, dit que cette menace fut inventée par un conseiller impérial afin de permettre à une servante du palais de pouvoir sortir du palais pour un soir retrouver sa famille.

Hier soir à Hualien, familles, jeunes et moins jeunes se pressaient sur le rivage pour lancer vers le ciel comme des montgolfières, de jolies lanternes de papier rouge sur lesquelles étaient inscrits les vœux pour la nouvelle année, vœux d’amour, de joie, de réussite financière et scolaire.

Dans quelques jours, c’est la rentrée des classes. Les étudiants après cinq semaines de vacances, vont reprendre le chemin de l’université, et rallier nos classes de français où nous accueillerons ce semestre 45 petits nouveaux, intéressés par la langue de Molière ! Au programme, un groupe de discussion franco-taïwanais, de nouvelles méthodes d’enseignement et un semestre de folie à Hualien, ville dont je découvre au hasard des rues les richesses cachées.