La nouvelle est tombée fin août : Taïwan serait devenue la destination préférée des expatriés ! Cette petite île au large de la si vaste Chine, méconnue, voire seulement connue des européens pour ses objets en plastoque « Made in Taïwan » a beaucoup changé, et souffre de son isolement sur le plan international. En conséquence, le gouvernement et la population toute entière se sont lancés dans une politique de softpower qui porte ses fruits, on ne peut que s’en réjouir.

Yangming Shan (crédits Expedia.fr)

Le fait que Taïwan soit un endroit où il fait bon vivre ne date pas de la colonisation japonaise puisque le nom « isla formosa » donné par les navigateurs portugais au XVIe siècle veut dire « île de beauté ». Il faut dire qu’elle ne vole pas son nom : des dizaines d’itinéraires à partir de Taipei vous permettront de le découvrir. Après vingt minutes de bus à partir de la gare centrale, le promeneur, le marcheur ou le cycliste pourra s’offrir une suée salutaire dans les montagnes, découvrir des paysages à couper le souffle comme sur le 桃源谷 Taoyuan Gu ou les chemins de 陽明山 YangMing Shan et évidemment, en sortant de Taipei, aller partout où il pourra, notamment sur l’île de la Tortue, l’île des Orchidées, les montagnes de Taroko du côté de Hualien. Il pourra aussi 環島 huandao, c’est à dire faire le tour de l’île en train, en scooter, à pied, à cheval ou en voiture en descendant jusqu’au parc national de Kenting 墾丁國家公園 Kenting Guojia Gongyuan et en remontant par 屏東 Pingtung. 

Taïwan, de par sa localisation géographique, est un creuset mêlant diverses influences, austronésiennes, japonaises, chinoises notamment, aujourd’hui de plus en plus américaine. Durant ses cinquante ans colonisation, le Japon a profondément et durablement marqué le paysage (infrastructures routières, ferroviaires) et le caractère des taïwanais. Les liens avec le Japon ont demeuré et je pense que l’on peut considérer Taïwan comme le distributeur-tamis de l’influence japonaise en Chine. Cette intuition reste à étayer ! Habitant alors Hualien, j’avais croisé des cars de japonais ayant habité là avant 1945 et revenant avec émotion sur les lieux de leur enfance. Les taïwanais, à la différence des chinois continentaux, aiment en général plutôt bien les japonais qui ont aménagé les sources d’eau chaudes en bains pour notre plus grand bonheur.

 

Le principal mode de déplacement reste le scooter. Il est facile de s’en procurer un d’occasion (attention à la qualité), d’en louer un lorsqu’on se déplace ou d’en acheter un neuf si on choisit d’investir. Suite à de nombreux abus de la part des touristes étrangers, il est devenu un peu plus difficile d’en louer sans permis international ou – mieux – permis taïwanais, que je vous engage fortement à passer si vous y restez quelques temps. Ce n’est pas cher, il y a deux épreuves : une théorique que vous pouvez passer en anglais, et une pratique à savoir un petit parcours santé en « U ». Cela vous simplifiera la vie et vous permettra de ne plus avoir de sueurs froides lorsque vous passerez devant un groupe de policiers de la route ! Plus on descend dans le Sud, plus la conduite est aléatoire, alors la prudence doit rester de mise. Les accidents sont fréquents (le conducteur qui ouvre sa portière sans regarder, etc.) et souvent tragiques. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire là dessus, conduire à Taipei n’est pas une mince affaire !

Mais que serait Taïwan sans les taïwanais ? Elle perdrait assurément de son charme. Sans rentrer dans les détails, je me contenterai des stéréotypes et de mes propres réflexions. Lorsque je suis arrivé à Hualien enseigner le français, j’ai eu beaucoup de mal à fraterniser avec mes étudiants que j’ai trouvé au départ très timides voire craintifs. En début d’année, les activités « brise-glace » étaient absolument nécessaires pour qu’ils puissent vaincre cette timidité et se faire des amis. Habitué aux chinois de Chine plus directs, je trouvais mes étudiants excessivement polis, parfois à l’excès, et assez surprenants. J’avoue que cela m’a agacé un certain temps jusqu’à ce que je comprenne que c’était une manifestation de leur délicatesse et de leur prudence dans les relations sociales. Les premiers mois, j’ai donc été très seul, et ai assez douloureusement fini par comprendre ce que le renard dit au Petit Prince sur la signification du mot « apprivoiser ». Se faire de vrais amis prend du temps, mais lorsqu’un taïwanais s’investit dans une relation, c’est pour la vie. Et ça, c’est sans doute le bien le plus précieux au monde.

Bref, je pourrais déblatérer une heure sur les bienfaits de Taïwan. C’est une belle île, mais par pitié ne la salopez pas et ne salopez pas les gens qui y vivent en leur important des coutumes d’occident détestables, faisant de l’activisme politique, impérialisme capitaliste, boboïsme moralisateur, « enrichissement culturel » à sens unique et compagnie…  Les taïwanais ont tellement à nous apprendre ! Il y a un mot pour cela : 入境隨俗 rujingsuisu : à Taïwan, fais comme les taïwanais !

 

paul-josephine親愛的朋友,

我三年前回國了, 時間真的過得很快!除了在臉書上以外,我沒有給你們大家很多的消息。但是,雖然在我國很快樂,我還是很想念我在臺灣的時光!

我回國之後有先參加了朋友的婚禮、享受假期、跟家人和朋友花了時間。多虧朋友的幫助,我九月找到工作了:負責跟教育部有關的網站。因為那時沒有很多錢,所以應該要住我弟的套房!巴黎與朋友舊雨重逢!

2014 年等不及換工作,搬家和找新住的地方。三月初到底搬到地十三區了,巴黎的中國區域,住在又安靜又熱鬧的地方,在附近的教會參加彌撒(中華聖母堂)。其實那邊東南亞的人比中國人多:越南人、高棉人、泰國人之類的。也有我在亞洲最討厭的昆蟲:蟑螂 。

2015年是變化年。在朋友的婚禮遇到好女人。她叫瑪麗,是很美的音樂老師!形容她不是很容易,有機會會來介紹!我們快一年在一起了,5月訂婚了,明年5月要結婚!感謝天主!另外,我9月開始拉古典大提琴了,覺得很有趣,拉得越來越好。

2016年是前ㄧ年的延伸。瑪麗和我更深刻地了解彼此,彼此相愛,跟朋友一起消磨時光,出去玩兒。巴黎真是很美的城市,我喜歡跑來跑去、玩法式滾球、我每天認真得拉古典大提琴、去多音樂會、騎自行車… 什麼時候要來看我? :p

2017年呢?等不及!我還是很想念台灣的時光,很想念你們大家,很想念永康街的餐廳!有機會在想到那兒回去找工作、練習中文(嗯嗯)、試試看新煮飯方式!我雖然很遠,雖然很少跟你們聯絡但是每天想你們!

天主保佑!

孟德

PS: 寫錯了請跟我講! d(^o^)b

img_0387Voilà maintenant plus de deux ans que je suis rentré d’Asie, après trois ans entre Shanghai, Hualien et Taipei.

Un retour est toujours une expérience aussi bouleversante qu’un départ, et trompeuse. Il ne s’agit plus de quitter son cadre pour un autre, inconnu, mais de le retrouver ! Beaucoup rentrent au pays avec cette impression qu’ils reviennent comme des Hobbits à la Comté, dans de petits trous confortables et un peu endormis par un quotidien sans nuages dans lequel ils ne se retrouvent plus. De fait, on retrouve la vie quittée quelques années plus tôt telle qu’on l’a laissée ou presque, tout en ayant changé et souvent élargi ses vues, sans toutefois pouvoir en prendre la mesure et savoir en quoi on a changé. La vie de notre famille et de nos amis, a continué sans nous avec son lot de joies et de peines et ils ne s’intéressent pas forcément comme on le voudrait à ce qu’on a vécu, difficilement racontable à qui n’a pas partagé notre expérience.

*****

Il y a quelques années, je suis parti en Thaïlande avec quelques amis dans les montagnes non loin de la frontière birmano-thaï chez des Karen, un peuple de montagnard paisibles, rudes au grand cœur. C’était mon premier voyage hors d’Europe et ce que j’ai vécu a été un véritable choc, presque une conversion. J’ai tout raconté à une inconnue dans le hall d’embarquement de l’aéroport de Bangkok, et me suis rendu compte une fois rentré que j’étais incapable de partager ce qui m’avait bouleversé à ceux qui m’entouraient. Il n’y avait pas de points de comparaison entre les villes françaises et la jungle thaï, moite et humide, les chants et les rires des enfants et les soirées avec leurs profs. En un mois et demi, j’avais beaucoup vécu et j’ai mis deux ans à m’en remettre.

Vous l’aurez compris, ma première expérience de retour a été celle-là. En rentrant en France, je me suis confronté à la vulgarité de la vie quotidienne, aux blagues grasses sur les bordels de Thaïlande où je n’avais pas fichu un pied. Le contraste avec la simplicité et la droiture des montagnards était trop grand. Notre siècle trop laid. Notre société trop corrompue. Nostalgique, je ne pensais qu’à « mes » montagnes et à un moyen de vivre encore ce bouleversement, je ne pensais qu’à repartir. J’ai commencé alors à fréquenter plus régulièrement une de mes parentes très cultivée et curieuse ainsi que son mari qui avait longtemps « mangé du riz chinois ». Il était « devenu » chinois et allait devenir mon maître en me transmettant son amour de la Chine.

Il avait connu la Chine intimement à un moment trouble de son histoire et parlait parfaitement le mandarin – même des chinois venaient lui demander des conseils – émaillant toute sa conversation de 成語 chengyu, ces innombrables phrases locutoires subtiles et pleines de sel et d’esprit chinois. Tout ce que j’ai vécu ensuite, c’est à ma tante et lui que je le dois. C’était un spécialiste de la Chine ancienne, il traduisait des textes anciens du chinois classique. Quel puits de culture c’était et quelle belle langue il parlait, ce mandarin du Nord rond et puissant agrémenté de 兒 er ! Je passait des heures chez eux, la théière était toujours pleine et le temps comme suspendu. Il était cependant trop âgé pour m’enseigner lui même le chinois mais me prodiguait conseils et encouragements.

J’ai donc commencé à apprendre le chinois tout seul, puis suis parti quelques mois pour Shanghai. En revenant, je savais que j’allais partir à nouveau. On m’a proposé Taïwan. J’ai dû tout réapprendre pour me familiariser avec les caractères traditionnels. Au bout de deux ans, j’ai su que j’avais besoin de rentrer et de reprendre racine.  Des opportunités professionnelles s’ouvraient et je n’avais pas vu famille et amis depuis assez longtemps, ils me manquaient. On m’avait dit avant que je parte : « Si vous partez plus de trois ans, vous ne rentrerez plus ». Le retour serait plus rude, la réadaptation plus difficile. Et je ne voulais pas rester coincé entre deux cultures ou dans une culture qui n’était pas la mienne. Après m’être écarté, j’avais besoin de rentrer au camp de base et reprendre des forces.

Comme beaucoup, c’est loin de ma terre natale et en enseignant le français que j’ai pris conscience de mes racines. Les chinois ont un proverbe pour cela : 根深葉茂 gen shen ye mao, lorsque les racines sont profondes, la végétation s’épanouit. La culture est une vision du monde qui nous est transmise. Loin d’être un obstacle, c’est pour moi un atout pour comprendre d’autres cultures ou systèmes de pensée. Au nom de la diversité, ou d’une vision superficielle de la culture on a mondialisé le stéréotype et favorisé une vision unique du monde qui ne s’exprime qu’en anglais. C’est ce qui oppose le missionnaire au touriste. Loin de moi l’idée de dénigrer l’anglais, mais reconnaissons qu’il a ses limites : on ne crée des ponts qu’en pensant entre les langues.

Six mois avant de partir, j’ai commencé à préparer mon retour. J’ai renoué des contacts, commencé à dire autour de moi que je revenais, que je cherchais du boulot dans tel ou tel ou tel domaine. En rentrant, j’ai trouvé un CDD au bout de trois mois dans un lieu intéressant, puis un CDI dans une entreprise. Au fur et à mesure, j’ai revu des amis, m’en suis fait de nouveaux, ai fait d’heureuses rencontres. J’ai retrouvé ma famille et ma tribu de cousins plus ou moins éloignés, ai repris la musique. Après presque trois ans, l’envie de repartir me reprend, toujours dans le monde chinois, la passion de ma vie, ailleurs, autrement. On s’habitue à tout, même aux départs… et même aux retours.

Ce blog, resté en sommeil pendant longtemps n’est donc pas mort ! Il reprendra autrement, au fil des mois.

三字經養不教,父之過,
教不嚴,師之惰,
子不學,非所宜,
幼不學,老何為?

Élever un enfant sans instruction est la faute du père, 
Instruire sans sévérité est la faute du professeur, 
Un enfant qui n’étudie pas, voilà qui ne doit pas exister, 
S’il n’étudie pas petit, que deviendra t’il dans la vieillesse ?

Voici un extrait du 三字經 Sanzijing, dit le Classique des trois caractères. C’est un manuel d’enseignement destiné aux enfants. Contenant près de mille caractères groupés par trois afin d’en faciliter la mémorisation, il contient un grand nombre de connaissances fondamentales en philosophie, en morale, en cosmologie ou en histoire. Pendant sept siècles, il a constitué le manuel de lecture de nombreux enfants chinois. Nos pédagogues modernes feraient bien de s’en inspirer ! Je l’aime beaucoup, non seulement parce qu’il me permet de réviser ou d’apprendre de nouveaux caractères, aussi parce qu’il livre des informations intéressantes sur les valeurs fondamentales de la culture chinoise. Ici l’étude.

C’est un trait caractéristique de la culture chinoise que l’on retrouve aussi dans d’autres pays d’Asie. Il y a quelques années, un reportage a été fait par une étudiante française d’origine vietnamienne sur l’importance accordée par sa famille à l’étude. Elle montrait d’une manière assez touchante l’importance accordée par ses parents aux carnets de notes (presque des albums photos), aux devoirs du soir, aux écoles suivies et au dépassement de soi dans l’étude, dans le sport ou dans la pratique d’un instrument de musique. À Taïwan, les enfants rejoignent souvent des 補習班 Buxiban, des écoles du soir destinées à encadrer leurs devoirs ou leur apporter un savoir complémentaire – en anglais par exemple – pour en sortir à dix heures du soir. Apprendre n’est rien si on ne sait pas pourquoi on le fait. Quel sens les chinois donnent-ils à l’étude ?

On sait qu’en Chine, les intellectuels ont toujours été placés au sommet de la hiérarchie sociale. A Taïwan, on n’obtient pas de haut poste, à l’université ou au service de l’Etat sans un doctorat. Sans doute un héritage du mandarinat ! Les lettrés constituaient en effet une strate très importante de l’empire chinois. Grands connaisseurs des textes classiques, calligraphes émérites ils devaient maîtriser six arts : écriture, musique, arithmétique et connaissance des rites (arts scolaires) ; tir à l’arc et conduite du char (arts militaires). Serviteurs de l’Etat, poètes et stratèges militaires, ils ont donné à la culture chinoise sa richesse et sa profondeur.

Confucius a consacré le premier chapitre de ses Entretiens à l’étude. Ce n’est pas tant le savoir livresque qui est visé que l’élévation de soi et la place que l’on prendra au sein de la société. Accumuler des connaissances qui nous permettront ensuite de nous adapter facilement à l’imprévisibilité des événements. Apprendre prend du temps, et par l’étude, l’enfant se prépare une vieillesse heureuse. Le Maître ne dit-il pas : « À quinze ans, ma volonté était tendue vers l’étude ; à trente ans, je m’y perfectionnais ; à quarante ans, je n’éprouvais plus d’incertitudes ; à cinquante ans, je connaissais le décret céleste ; à soixante ans, je comprenais, sans avoir besoin d’y réfléchir, tout ce que mon oreille entendait ; à soixante-dix ans, en suivant les désirs de mon cœur, je ne transgressais aucune règle. »

« Apprendre, c’est d’abord apprendre à être humain », écrit Anne Cheng. Discerner le bien du mal, respecter les anciens et pratiquer les rites. Toute étude est d’abord étude du 道 tao, le principe d’ordre de toute chose. Par le savoir, il s’agit de retrouver en soi les principes éthiques et moraux qui permettent l’harmonie sociale, acquérir la vertu 道德 daode qui fera de nous un homme de bien 君子 junzi, un bon père ou une bonne mère de famille ou un bon prince soucieux du bien-être de ses sujets. Notre humanité n’est pas donnée. Si la nature humaine n’est ni bonne ni mauvaise, elle se construit dans le rapport à l’autre et la recherche d’une harmonie commune. Ce que montre le caractère 仁 ren formé du radical de l’homme et du chiffre deux, vertu fondamentale du confucianisme que l’on pourrait traduire par « bienveillance » ou « sens de l’humain ». Un but jamais atteint, un « pôle vers lequel tendre à l’infini[1] »

« Le style, c’est l’homme même », écrit Buffon. Dans ce court extrait du 三字經 Sanzijing, je vois ces vieux chinois aux gestes lents, aux caractères bien trempés et pétillants de jeunesse et les jeunes qu’ils ont été, traçant inlassablement des lignes de caractères sur leurs petits cahiers. J’ai toujours profondément apprécié ce 仁 ren, chez mes amis Chinois ou Taïwanais, ce sens de l’autre, cette gentillesse et cette jovialité si particulières qui font incontestablement la pâte chinoise. C’est cette attention particulière portée à l’effort sur soi et à la perfection de soi qui fait de la civilisation chinoise une grande civilisation.


[1] Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, p.69

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Mes bien chers amis,

Après presque trois ans à Formose, trois ans de fructueuses rencontres, de grandes balades en montagne, de moments de galères, de grands moments de joie, je rentre au pays pour y poser mon sac  quelques années. C’est un besoin que je ressens comme l’oiseau a besoin de son nid pour prendre son envol. Mon pays m’a manqué ! A moi maroilles, jus de treilles et saucissons !

Que l’on ne s’y méprenne pas. En partant, à Shanghai et ensuite à Taïwan, je savais que je m’engageais sur un chemin qui me prendrait vraisemblablement une vie, sinon plus. Malraux a écrit que la Chine (et sa culture) était « l’autre pôle de l’expérience humaine ». Après avoir vécu, il me reste encore beaucoup à apprendre !

Il n’est donc pas question que ce blog s’arrête, je le continuerai sous une autre forme. Articles, notes de lectures, retour d’expérience… Lorsqu’on vit à l’étranger, d’imperceptibles changements se produisent. C’est souvent en rentrant et en se confrontant à la réalité qui fut la nôtre pendant les premières années de notre vie qu’on en prend la mesure.

C’est aussi loin de mon pays, en lisant quotidiennement la presse, en reprenant des ouvrages philosophiques, historiques ou littéraires que j’ai appris à l’apprécier, à le redécouvrir. Loin de mes racines, j’ai découvert la nécessité de l’enracinement ; plongé dans l’inconnu, j’ai compris la nécessité de la transmission et acquis une certaine « intelligence de l’autre ».

L’enseignement du français m’a beaucoup aidé pour cela. Enseigner en pays étranger, c’est partir de sa propre culture pour se confronter radicalement à une autre, à d’autres habitudes, à un autre système de références. C’est parfois déroutant, questionnant. Enrichissant également. Face à autant d’individualités, j’ai pu prendre contact avec de nombreuses facettes de la diversité taïwanaise !

Taïwan… Île riche de son histoire sino-japonaise, de ses influences culturelles, riche de son peuple et de sa gastronomie, riche de ses temples et de ses traditions encore vivaces… Tout départ est un déchirement. Je suis sûrement passé à côté de plein de choses que je redécouvrirai quand j’y reviendrai. Je quitte de merveilleux amis, laisse des choses inachevées.

Ainsi, ce blog prendra peut-être un nouveau visage, plus français pour mes amis taïwanais. Sans doute un bon moyen pour garder contact avec ces amis lointains comme je l’ai fait pour mes amis de France. Un excellent moyen aussi pour entretenir mon chinois et perfectionner mon écrit ! Une langue doit rester vivante sous peine de s’éteindre par manque de pratique !

Une page se tourne, une nouvelle reste à écrire ! Dans la joie de vous revoir tous, ici ou ailleurs, je vous embrasse bien affectueusement.

孟德 - Meng De

Le 28 février est une date spéciale à Taïwan, référence douloureuse à un passé resté vivant dans la mémoire collective. Voici un lien vers l’article écrit sur ce blog il y a un an que je réactualise.

En 1945, les japonais se retirent de Taïwan après 50 ans de colonisation. L’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) confie l’administration de Taïwan au Kuomintang, alors allié des États-Unis. Si le retour à la mère patrie est tout d’abord accueilli assez favorablement par les formosans, l’administration nationaliste qui utilise les ressources de l’île pour mener la lutte sur le continent est de plus en plus critiquée pour sa gestion catastrophique du pays. En effet, Taïwan a pris durant la colonisation japonaise une orientation tout à fait différente de la Chine continentale sur les plans culturel, économique et social. La plupart des gens âgés de plus de 50 ans ne parlent ni ne comprennent le mandarin et ont reçu une éducation entièrement en japonais. Les difficultés de communication, une corruption endémique, la pratique courante du népotisme, une politique autoritaire ainsi qu’une mauvaise gestion économique sont autant de facteurs qui creuseront un fossé de plus en plus grand entre les habitants de l’île et la nouvelle administration nationaliste. Read More

L’histoire du boucher Ting, sûrement l’une des plus célèbres et des plus commentées du Zhuangzi, propose une théorie de la connaissance, non pas livresque mais comme savoir-faire, un gongfu 功夫. L’activité est la conséquence d’habitudes précises acquises au cours du temps et mis en pratique de manière spontanée.

莊子-庖丁解牛庖為文惠君解牛,手之所觸,肩之所倚,足之所履,膝之所踦,砉然嚮然,奏刀騞然,莫不中音。合於桑林之舞,乃中經首之會。

文惠君曰:「嘻,善哉!技蓋至此乎?」

庖丁釋刀,對曰:「臣之所好者道也,進乎技矣。始臣之解牛之時,所見無非全牛者。三年之后,未嘗見全牛也,方今之時,臣以神遇而不以目視,官知止而神欲行。依乎天理,批大郤,導大窾,因其固然。技經肯綮之未嘗,而況大軱乎!

良庖歲更刀,割也;族庖月更刀,折也。今臣之刀十九年矣,所解數千牛矣,而刀刃若新發於硎。彼節者有閒,而刀刃者無厚,以無厚入有閒,恢恢乎其於游刃必有餘地矣,是以十九年而刀刃若新發於硎。雖然,每至於族,吾見其難為,怵然為戒,視為止,行為遲。動刀甚微,謋然已解,如土委地。提刀而立,為之四顧,為之躊躇滿志,善刀而藏之。」

文惠君曰:「善哉!吾聞庖丁之言,得養生焉。」

« Le cuisinier Ting dépeçait un boeuf pour le prince Wen-Houei. On entendait des houa quand il empoignait de la main l’animal, qu’il retenait sa masse de l’épaule et que, la jambe arcboutée, du genou l’immobilisait un instant. On entendait des houa quand son couteau frappait en cadence, comme s’il eût exécuté l’antique danse du Bosquet ou le vieux rythme de la Tête de Lynx.

_ C’est admirable ! s’exclama le prince, je n’aurais jamais imaginé pareille technique !

Le cuisinier posa son couteau et répondit : Ce qui intéresse votre serviteur, c’est le fonctionnement des choses, non la simple technique. Quand j’ai commencé à pratiquer mon métier, je voyais tout le boeuf devant moi. Trois ans plus tard, je n’en voyais plus que des parties. Aujourd’hui, je le trouve par l’esprit sans plus le voir de mes yeux. Mes sens n’interviennent plus, mon esprit agit comme il l’entend et suit de lui-même les linéaments du boeuf. Lorsque ma lame tranche et disjoint, elle suit les failles et les fentes qui s’offrent à elle. Elle ne touche ni aux veines, ni aux tendons, ni à l’enveloppe des os, ni bien sûr à l’os même.

[Un bon boucher use un couteau par an parce qu’il ne découpe que la chair. Un boucher use un couteau par mois parce qu’il le brise sur les os. Le même couteau m’a servi depuis dix-neuf ans. Il a dépecé plusieurs milliers de boeufs et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. À vrai dire, les jointures des os contiennent des interstices et le tranchant du couteau n’a pas d’épaisseur. Celui qui sait enfoncer le tranchant très mince dans ces interstices manie son couteau avec aisance parce qu’il opère dans les endroits vides. C’est pourquoi je me sers de mon couteau depuis dix-neuf ans et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf.]

Quand je rencontre une articulation, je repère le point difficile, je le fixe du regard et, agissant avec une prudence extrême, lentement, je découpe. Sous l’action délicate de la lame, les parties se séparent avec un houo léger comme celui d’un peu de terre que l’on pose sur le sol. Mon couteau à la main, je me redresse, je regarde autour de moi, amusé et satisfait, et après avoir nettoyé la lame, je le remets dans le fourreau.

*_ Excellent, dit le prince Wen-Houei. En entendant ce que dit le cuisinier Ting, je comprends ce que signifie conserver son principe vital[1]. »*


Le Prince va tout d’abord s’émerveiller de cette adresse de l’artisan, de sa maîtrise absolue du geste technique, de la beauté de cette danse rythmée. Le boucher lui répondra naturellement, avec le naturel et la précision que lui confère l’expérience : la technique n’est qu’un moyen pourvu que l’on saisisse d’instinct « le fonctionnement des choses »[2] ,

Si la technique peut s’expliquer, le sens ne se laisse pas saisir par le langage. Il n’y a des choses qui ne s’expliquent qu’en se montrant et qui ne se découvrent qu’en les pratiquant. Mais ici, Zhuangzi va au delà du proverbe voulant que c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Pour Zhuangzi, le langage ne peut pas nous éclairer sur la véritable nature des choses : il n’est qu’un découpage arbitraire de la réalité[3]. Le langage pose la réalité (實 shi) en même temps qu’il lui donne un nom (名 ming). Alors que peut-on savoir si les écrits ne valent pas plus que la parole ? Les hommes oublient l’esprit des choses comme les poissons oublient l’eau. On peut retrouver le naturel, ce qu’est donné notamment par l’artisanat comme pratique à la fois physique et spirituelle : partir d’un donné originel (古 gu), développer sa nature (性 xing) et rejoindre son destin (命 ming)

Cet apprentissage demande une longue répétition, s’intègre petit à petit et s’appuie sur certains paliers. Jean-François Billeter utilise l’exemple de celui qui apprend à faire du vélo. Entre le moment où je vais essayer de trouver comment faire et le moment où je sais comment faire, il y a le passage imperceptible d’un état de conscience, à un état d’inconscience, un « changement de régime[4] ». Ensuite, le cycliste peut apprendre à lâcher une main, puis deux, se jouer de l’équilibre et faire de l’acrobatie, il finira par faire sans savoir, par agir spontanément (自然 ziran) en développant une perception de plus en plus fine et aboutie de ses actions. Voilà pourquoi le couteau du boucher est toujours aussi tranchant après 19 ans : en ayant une connaissance fine de son art acquise par l’habitude (on dira « le métier »), il peut se mouvoir librement : il a trouvé une Voie.

On peut dire qu’il y a sous cette liberté apparente un certain déterminisme. La boucher peut-il faire ce qu’il veut ? Assurément non, sinon il serait comme ce mauvais boucher qui brise un couteau par mois sur les os des bœufs. La connaissance (de la Voie) n’est pas une connaissance spéculative, mais une pratique, et cette pratique est conditionnée par un besoin de retrouver la nécessité des choses, un substrat oublié. Le prince Wen-Houei assiste étonné à un spectacle dont il ne peut que percevoir qu’une infime partie. Le geste épuré du boucher n’est un geste libre que parce le couteau se ménage un chemin dans de minuscules interstices qui « lui sont offerts ». Il est intéressant de noter le ralentissement soudain avant une difficulté lui permettant de la surmonter pour trouver l’endroit où la résistance sera moindre.

Lorsqu’il rencontre une difficulté, il « fait le vide ». Comme l’écrit Bergson, la répétition d’un même effort crée l’habitude et l’habitude passe de la mémoire au corps. L’habitude une fois prise « ne porte aucune marque sur elle qui trahisse ses origines et la classe dans le passé; elle fait parue de mon présent au même titre que mon habitude de marcher ou d’écrire; elle est vécue, elle est “agie“, plutôt qu’elle n’est représentée; – je pourrais la croire innée, s’il ne me plaisait d’évoquer en même temps, comme autant de représentations, les lectures successives qui m’ont servi à l’apprendre. » La voie proposée par Zhuangzi est de faire confiance au corps plutôt qu’à l’esprit. La maîtrise du geste implique une intelligence du corps. Lorsque je dois écrire un caractère chinois que j’ai oublié, deux solutions s’offrent à moi : ou bien faire un effort conscient pour me souvenir de ce qui le compose, ou alors faire le vide pour laisser ma main agir.

« L’acte spontané est supérieur à l’acte intentionnel, en ce que, mobilisant toutes les capacités qui sont en nous et se pliant de façon naturelle aux exigences du milieu et des circonstances, il échappe aux erreurs de l’intellect, lequel se trouve tributaire de supputations aléatoires et bridé par toutes sortes de préjugés.[5] » Ce texte nous enseigne quelque chose que nous pouvons vérifier quotidiennement pour peu que nous soyons exercés. Il faut avant tout se réapproprier son corps et laisser parler notre spontanéité qui n’est ni plus ni moins qu’un autre registre d’activité. « C’est ainsi que naît la conscience spectatrice qui assiste émerveillée et muette à l’activité du corps.[6] »

Bibliographie :

JF. Billeter, Leçons sur Zhuangzi, ed. Allia, 2003
A. Cheng, Histoire de la Pensée chinoise, Seuil, 1997
Jean Levi, Les Leçons sur Tchouang-tseu et les Etudes sur Tchouang-tseu de Jean-François Billeter


[1] La traduction du texte est de Jean-François Billeter, Leçons sur Tchouang-Tseu, p.15-16. Celle entre crochets […] est de Liou Kia-Hway, Tchouang-tseu, p. 46-47. Celle entre astérisques *…* est une traduction libre.
[2] Ce que d’autres comme Anne Cheng, ont traduit par le dao 道.
[3] (Zhuangzi-Benveniste 1-0)
[4] Jean-François Billeter, Leçons sur Zhuangzi, p.41
[5] Jean Levi, Les Leçons sur Tchouang-tseu et les Etudes sur Tchouang-tseu de Jean-François Billeter
[6] Jean-François Billeter, Un paragigme, 3, 11

Zufferey - La pensée des chinoisIl est parfois un peu difficile au néophyte de s’orienter dans le monde chinois et plus particulièrement dans le monde des idées chinoises. Tout le monde a entendu parler de Confucius, de Lao Tseu, du taoïsme. Peut-on parler de philosophie chinoise ? D’où vient l’écriture chinoise ?

Les ouvrages de référence sur la Chine ne manquent pas, parmi d’autres ceux de Marcel Granet, Simon Leys, Jacques Gernet, René Grousset, François Cheng, Anne Cheng, François Jullien ou Jean-François Billeter font partie de toute bibliothèque chinoise ou asiatique qui se respecte à côté de Lu Xun, Lao She ou Lin Yutang.

J’ai beaucoup aimé ce livre de Nicolas Zufferey pour sa clarté et sa concision. Partant du principe que « connaître la pensée de la Chine ancienne permet de comprendre la Chine d’aujourd’hui », l’auteur nous donne de multiples clefs pour comprendre la Chine ancienne et dresse un portrait assez exhaustif des différents mouvements de pensée qui aujourd’hui encore influencent profondément le monde chinois.

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains !

Nicolas Zufferey est professeur à l’université de Genève. Il est spécialiste notamment du confucianisme ancien, de l’histoire de la dynastie Han ainsi que de l’histoire du confucianisme au XXe siècle.

Cycle élémentsLa cosmologie chinoise définit plusieurs éléments fondamentaux, ou « phases » 行 xing – le caractère 行 désigne quelque chose qui marche, agit, circule. Ces cing éléments 五行 wuxing sont : le bois 木 mu, le feu 火 huo, la terre 土 tu, le métal 金 jin et l’eau 水 shui. Le Livre des Documents (書經) rapporte :

「一、五行:一曰水, 二曰火, 三曰木, 四曰金, 五曰土。
水曰潤下,火曰炎上,木曰曲直,金曰從革,土爰稼穡。
潤下作鹹,炎上作苦,曲直作酸,從革作辛,稼穡作甘。」

« Les cinq agents sont : eau, feu, bois, métal, terre.

Il est dans la nature de l’eau d’humidifier et de couler vers le bas; dans celle du feu de brûler et de s’élever dans les airs; d’en celle du bois d’être courbé et redressé; dans celle du métal d’être ductile et d’accepter la forme qu’on lui donne; dans celle de la terre de se prêter à la culture et à la moisson.

L’eau qui humidifie et coule vers le bas devient salée; le feu qui brûle et s’élève devient amer; le bois courbé et redressé, devient acide; le métal qui change de forme dans sa ductilité, devient âcre; la terre, en étant cultivée, prend une saveur douce.[1]« 

Cette doctrine aura une importance considérable une fois mise en relation avec le système du yinyang 陰陽 et le principe efficient de toute chose, le qi 氣. Tous les éléments de l’univers se réunissent sous ces cinq catégories et se répartissent selon un cycle d’engendrement (生 sheng1) ou de domination (勝 sheng4) [2] :

Cycle d'engendrement

Cycle de domination

Conçues d’abord comme des substances naturelles caractérisant le monde réel, les « Cinq phases » prendront à la fin des Royaumes Combattants une forme cyclique plus dynamique. En les conjuguant avec le qi , principe de toute chose et les deux souffles primordiaux du yin 陰 et du yang 陽, elles finiront par former une véritable cosmologie. Ces wuxing auront une grande importance dans les pratiques divinatoires, le fengshui ou la médecine. On les retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans les almanach populaires.

Cette théorie connaîtra une application politique notamment sous l’influence de Zou Yan qui introduira la notion de domination (勝) pour justifier la succession dynastique. Aux Zhou placés sous le signe du feu succèdera le souverain de Qin qui justifiera ses politiques répressives d’inspiration légiste en plaçant son régime sous le signe de l’eau et en prenant la couleur noire (voir tableau du cycle de domination ci-dessus). L’inhumanité de l’empereur Qin tirerait sa légitimité de sa concordance avec sa position dans le cycle de domination et d’engendrement. Sympa non ?

Cycle des dynasties

À ces cinq phases correspondront les directions, les saisons, les couleurs, des animaux mythiques, les vertus confucéennes, et les viscères. En rassemblant sous cinq catégories une grande diversité de phénomènes, il deviendra possible d’établir des liens entre macrocosme et microcosme, de rejoindre la terre, l’homme et le ciel. Cela donnera lieu à tout un champ d’études, les wuxingxue 五行學 qui connaîtra un certain épanouissement sous la dynastie Han.

Cosmologie chinoise - Tableau des éléments

Pour ceux qui voudraient compléter cette petite introduction par quelques lectures, Anne Cheng reste une référence incontournable[3] !


[1] Trad. Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, p. 257
[2] Nicolas Zufferey, La pensée des chinois, p. 229
[3] La pensée chinoise, chapitre 10, p.255-258

S’intéresser à la Chine, c’est se pencher sur une histoire plusieurs fois millénaire. Cela demande quelques repères historiques. Un bon début est de dresser une liste des dynasties chinoises, qui constituent autant de jalons vers la Chine contemporaine.

Voici donc une première liste, je la complèterai au fur et à mesure en l’enrichissant par des liens vers des articles plus élaborés.

  • Avant 2070 av. J.-C. : Période des Trois Augustes et des Cinq Empereurs 三皇五帝
  • 2100-1600 av. J.-C.:Xia
  • 1600-1046 av. J.-C.:Shang
  • 1046-771 av. J.-C.:Zhou Occidentaux 西周
  • 770-256 av. J.-C.:Zhou Orientaux 東周
  •            722-476 av. J.-C.:Période des Printemps et Automnes 春秋
  •            475-221 av. J.-C.:Période des Royaumes Combattants 戰國
  • 221-206 av. J.-C.:Qin 
  • 206-09 ap. J.-C. : Han Occidentaux 西漢
  • 09-26:Xin
  • 25-220:Han Orientaux 東漢
  • 220-265:Les Trois Royaumes (Wei 魏 – Wu  – Shu ) 三國
  • 265-317:Jin Occidentaux 西晉
  • 317-420:Jin Orientaux 東晉
  • 420-581:Dynasties du Nord et du Sud 南北朝
  • 581-618:Sui
  • 618-907:Tang
  • 907-960:Périodes des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes 五代十國
  • 916-1125:Liao (Dynastie Khitan)
  • 960-1127:Song du Nord 北宋
  • 1127-1279:Song du Sud 南宋
  • 1115-1234:Jin 金
  • 1271-1368:Yuan (Dynastie mongole)
  • 1368-1644:Ming
  • 1644-1912:Qing (Dynastie mandchoue)
  • Depuis 1912:République de Chine 中華民國 (à Taïwan depuis 1949)
  • Depuis 1949:République Populaire de Chine 中華人民共和國

氣La pensée occidentale a du mal à classer dans ses catégories la pensée chinoise qui cherche précisément à y échapper. Avoir ou ne pas avoir l’être, telle est la question. En chinois, le mot de « pensée » ou de « philosophie » désignant une discipline spécifique n’existe pas. Le terme de 哲學 zhexue a été créé au XIXe siècle au Japon et désigne par tetsugaku la philosophie occidentale et non pas la pensée chinoise. Les nombreuses écoles dans la Chine ancienne montrent que si les chinois n’ont pas pensé comme nous, ils possèdent une solide tradition intellectuelle qui nous fascine aujourd’hui.

Les penseurs chinois ne se sont pas désignés sous le nom de « philosophes ». Confucius se voyait comme un moraliste et un pédagogue, Mencius comme un moraliste ou un conseiller politique. La réflexion philosophique a essentiellement une utilité pratique et se met au service du politique. L’intellectuel, qui a surtout eu un statut de lettré-fonctionnaire à l’ère impériale est le plus souvent un conseiller du Prince. Si l’on parle d’écoles de pensée dans la Chine ancienne (confucianiste, taoïste ou légiste), il s’agit davantage de courants définis à posteriori par des compilateurs.

C’est déjà un problème de langage. Le chinois classique est beaucoup moins figé dans des catégories grammaticales que les langues européennes. Également, les chinois n’ont pas cherché à doter leur réflexion de termes spécifiques. En chinois classique, des termes comme 道 dao, yin, yang ou 氣 qi sont fondamentaux mais on les retrouve aussi dans d’autres contextes. La langue classique est extrêmement riche, concise et les caractères sont souvent polysémiques. Les sujets sont souvent omis et la ponctuation absente des textes traditionnels. Les textes chinois ne se lisent pas d’une manière linéaire mais par résonance, d’où l’importance accordée au par coeur et à la pratique constante des mêmes textes (Anne Cheng parle de trame).

On ne peut pas parler de cloisonnement de la pensée. Les textes philosophiques chinois appartiennent à plusieurs genres différents. Par exemple les 5 classiques, les textes fondateurs du confucianisme, qui consistent en un recueil de poèmes (詩經 shijing), un recueil de documents historiques (書經 shujing), un manuel de divination (易經 yijing), une chronologie historique (春秋 chunqiu) et un livre de rituels (禮記 liji). Le recours à la poésie ou à la peinture permettra de transmettre d’une manière profonde un contenu philosophique. Les poèmes de Wang Wei (701-761) ici et ici en sont un exemple. Il ne faut pas oublier que l’écriture chinoise est d’origine divinatoire et que les sinogrammes qui renvoient aux choses sont aussi des choses : la pensée chinoise « s’inscrit dans le réel au lieu de s’y superposer » ! (Cheng, 1997, p.35)

Si la Chine est l’autre pôle de l’expérience humaine, il faut donc essayer de se défaire de ses catégories pour pouvoir l’appréhender dans toute sa beauté et sa complexité. En effet, on ne peut pas comprendre la mentalité chinoise et plus encore la mentalité taïwanaise sans faire référence, d’une manière ou d’une autre à leurs traditions.

Même si on a parfois de la peine à les retrouver dans les immenses buildings de Shanghai, elles restent comme un substrat dans l’humanité du peuple chinois, cette humanité sévèrement touchée par les égarements maoïstes mais que j’ai trouvée chez les shanghaiens du quotidien et sous une forme un peu différente chez mes amis taïwanais. Si cela est moins visible en Chine, la société taïwanaise reste assez enracinée et imprégnée à la fois de spiritualité et de riches traditions.

Mon interrogation est assez concrète et part de mon expérience du quotidien. D’où viennent les traditions que j’observe ici ? Dans quelles conceptions ou visions du monde s’enracinent t’elles ? Elle poursuit également un objectif interculturel : dans un monde global, comment peut-on entrer en dialogue avec la mentalité chinoise sans la dénaturer, sans lui imposer paresseusement nos propres catégories ou sans tomber dans un certain exotisme idéaliste assez superficiel ?

C’est ce que je me propose de faire ici sous forme de petite notes de synthèse. Le moyen pour moi de renouveler un peu ce blog, et de vous faire partager mes lectures en m’obligeant à une certaine rigueur !

2013snake1Le dragon s’en est allé. Nous sommes entrés depuis quelques jours dans l’année du serpent, placé cette année sous le signe de l’eau. S’il est le symbole du mal et de la Chute en occident (Adam et Eve en ont fait les frais), le serpent n’est pas aussi mal considéré dans la culture chinoise. Animal à dominante yin, il est réputé pour sa sagesse, sa droiture, son honnêteté, sa sagacité et sa persévérance. C’est aussi un penseur profond, voir génial. En société un séducteur, magnétique et charmant. Peu loquace, il cache derrière un silence apparent une grande tension intérieure. Une certaine méfiance.

En bref, un serpent peut être un bon copain, un peu obsessionnel mais fin stratège et bon conseiller. Alors bonne année du serpent ! Sauf pour les cochons, selon l’astrologie chinoise, ça devrait être leur fête…

Demain c’est dictée. Joie dans les chaumières. Alors que mes copains japonais vont taper un carton, je vais encore m’emmêler les pinceaux.

Mon oncle, grand érudit pénétré de textes classiques et de sagesse chinoise m’a dit un jour qu’il fallait écrire. Écrire ? Écrire ! Mais comment ?

  • Règle n°1 : maîtriser l’ordre des traits
  • Règle n°2 : connaître les clefs
  • Règle n°3 : écrire des phrases non pas des mots
  • Règle n°4 : accepter de s’astreindre à cet exercice quotidiennement

Le pianiste fait ses gammes, le basketteur fait des trois points, le calligraphe calligraphie. Si la tête oublie (et elle oublie !), le corps se souvient. La mémoire vient du corps, les chinois précèdent Bergson de 3000 ans.

En lisant, on ne prête pas assez attention à la composition des caractères. L’écriture permet d’accéder à une autre dimension de la culture chinoise. Il y a une mystique des caractères, une vision du monde qui s’exprime à travers ces éléments réunis pour exprimer avec une merveilleuse concision une idée, un concept ou une réalité concrète.

En mettant les deux pieds dans le plat, je dirais qu’apprendre le chinois à Taïwan est une chance. Comme vous le savez sans doute, Taïwan a gardé les caractères traditionnels qui ont été simplifiés de l’autre côté du détroit. C’est un casse-tête pour tous les étudiants, taïwanais comme étrangers : trop de traits. Mais pourtant…

L’esthétique mise à part, les caractères dits “compliqués” (de fait, la lecture des journaux en chinois rendrait myope un pilote de chasse) permettent de faire entrer en résonance les éléments composant les caractères mieux que les simplifiés et préservent la logique de la langue.

Les traditionnels font la différence entre 麵 mian, les nouilles et 面 mian, la face. Sur le continent les deux s’écrivent 面… La différence, c’est la clef du blé. Je n’ai compris qu’à Taïwan que les nouilles n’avaient aucun rapport avec la face. Ahem…

Avec une certaine pratique, on finit par retrouver les mêmes éléments dans des caractères très différents. Le cerveau humain, dans son infinie complexité se charge alors lui-même d’établir des parallèles. Et parfois, c’est l’illumination, ce qui rend l’étude du chinois intellectuellement très stimulante.

Voilà bientôt un mois que j’ai repris les cours à l’université et je me souviens de cette parole de mon oncle : “Apprendre le chinois, c’est comme rentrer dans les ordres”. À méditer…

En rentrant en France, j’ai trouvé les Mc Do un peu déserts. A Taïwan il est trois heures de l’après-midi et celui de Guting est plein. Je fréquente parfois ce genre de lieux pour fuir la monotonie de la maison et l’ambiance feutrée, mais payante des cafés de Taipei. Le spectacle que j’ai sous les yeux en ce moment me décide à rédiger ce petit billet.

Devant moi, six mamies ont squatté une grande table et après avoir y avoir répandu consciencieusement le contenu de leurs sacs s’emploient maintenant à tricoter patiemment l’une un pull pour le petit neveu, l’autre un chausson, la troisième une écharpe. La curiosité est cette vieille dame très distinguée aux cheveux de neige, engoncée dans un manteau fleuri de soie violette et portant des baskets Addidas flashy. Qu’est-ce qu’elles font ? Elles discutent pendant que leurs petits enfants courent à côté.

Ma tête de blanc me permet de saisir quelques bribes de leur conversation qui roule et touche au passage de nombreux sujets tels que les gosses, les préoccupations quotidiennes, l’utilité de tel point par rapport à un autre, la bouffe évidemment. La conversation quoi, agréable et dépourvue de toute cette pédanterie que peuvent avoir certaines discussions dites “sérieuses”.

On voit des hommes d’affaire en costume qui s’arrêtent quelques minutes profiter d’un café et de l’Internet, des petits groupes d’étudiants qui mettent la dernière main à un projet, d’autres qui font un échange linguistique, des endormis, des presque endormis, des amoureux partageant avec quelques étincelles dans les yeux une barquette de frites…  Pour quelques kuai,on peut profiter d’une grande table, travailler tranquillement et rencontrer des gens. Pourquoi se priver ?

Ce que j’aime beaucoup ici, c’est le contact que l’on peut avoir avec les personnes âgées. Contrairement à l’Europe, elles font partie intégrante de la vie sociale. Les chinois n’aiment pas inviter chez eux. Ils se retrouvent donc à tout moment dans les cafés ou les restaurants fast food,enfin rendus à leur fonction première de lieux de sociabilité pour prendre un verre ou discuter du temps qu’il fait. C’est ce qui fait tout le sel de la vie en Asie !

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(3) Kowloon – De Honghom à MongKok La journée noire a logiquement suivi la journée verte. Ronny, ami hongkongais m’a emmené dans des lieux où habituellement les agoraphobes deviennent fous. MongKok avec sa 女人街 (rue des femmes) où ces dames peuvent négocier âprement ce qui rendra leurs amants fous et leurs maris jaloux, ses bazars …

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(2) Hong-Kong – Stanley Plaza Après un coucher de soleil bien mérité, nous sommes allés flâner un peu sur la Stanley Plaza qui a la tranquillité d’un petit port de pêche. Le Croisic de l’Asie, les bretons et la criée en moins. Le quartier est très touristique et les marchés alentours attirent beaucoup d’étrangers, français notamment. …

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(1) Hong Kong - Aux champignons Premier jour à HK, nous partons, M., deux de ses collègues et moi pour un petit road trip en montagne. En une heure à peine, nous avons quitté la ville et nous prenons le chemin appelé “Dragon’s back” pour quelques heures de marche jusqu’au sommet. La montée est tranquille …

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Bambou de 509 mètres et fierté taïwanaise, la Taipei 101 a perdu son titre de tour la plus haute du monde en 2008 lorsque la Burj Khalifa lui a damé le pion, c’est fou comme les émirs manquent de délicatesse.Pour ceux qui confondent toujours Taïwan avec la Thaïlande, je tiens à préciser que seulement 23 États sur les 193 membres des Nations unies reconnaissent la République de Chine sur le plan international. Ce qui donne tout son sel à une analyse freudienne fort répandue parmi ceux qui pratiquent la psychologie de comptoir, mais que par pudeur que je ne vous restituerai pas ici.

Si l’on me demande ce qui m’a manqué pendant ces deux ans passés à l’étranger, je pourrai vous répondre de plusieurs manières. Oui le saucisson, le bon vin, le foie gras, Livarot, Maroilles et autres fromages odorants se sont souvent imposés dans ces moments privilégiés durant lesquels le sens des réalités est détrôné par un doux onirisme. Oui, je peux vous parler des gens qui m’ont manqué, des mariages d’amis très proches auxquels je n’ai pas pu assister, des baptêmes, multiples naissances, de mes deux adorables filleuls que je ne vois qu’en photo. Évidemment ! Mais ma frustration ma pesanteur quotidienne, ça a été la lecture.

Essayez un peu de faire venir des livres par la poste, commandez-les sur Internet. Vous y sacrifierez un pourcentage non négligeable de votre pain quotidien. Alors adieu veaux, vaches, cochons, couvées, voyages et bon repas ! Et comment ramener chez soi Read More

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La cathédrale de Chartres On l’a connue norcie par les ans et la pollution. Depuis plusieurs années déjà, des travaux de restauration titanesques ont été entrepris. Le choeur a été libéré il y a quelques jours de sa gangue d’échafaudages. Courrez-y si vous avez le temps !

Petit écart de quelques mois pour ce blog. Je m’aperçois que j’ai écrit de moins en moins. À posteriori, je dois dresser un constat d’amollissement généralisé, scuzez m’sieudames. Mais, me direz-vous, Paul, pourquoi cette absence ?

En juillet-août, je me suis lancé dans une course contre la montre universitaire visant à terminer en parallèle de mes cours à l’Alliance française un Master 1 Français Langue Étrangère “Sociolinguistique et didactique des langues” dans les temps. J’ai pu à cette occasion étudier de près l’efficacité de ce qu’on appelle le “sommeil partagé” : 4 heures de sommeil la nuit plus deux fois 20 minutes de sieste et apprendre à me conditionner psychologiquement pour me maintenir le coco sous pression. Résultat, une mention bien ainsi qu’une mention très bien à mon rapport de stage qui décrivait un an d’expérience à l’Alliance française. FLE en poche, je valide académiquement deux ans d’expérience de l’enseignement du français à Taïwan. Précieux sésame qui me permettra quelque soit la suite de mes projets, d’avoir la joie de faire partager à nouveau les rigueurs de la grammaire française et de l’emploi du subjonctif à des apprenants – comme on dit dans le milieu – de toutes nationalités.

En septembre, et après deux ans passés à Taïwan sans jamais sortir du pays, je me suis offert quatre trop courtes semaines en France auprès de mes proches. J’ai retrouvé notre joyeuse ambiance de famille, les discussions philosophiques dans la cuisine, les balades au soleil à l’étang du coin, le thé pris au soleil dans le jardin… J’ai aussi pu revoir mes grands parents, mes petits cousins et me balader dans les marais salants guérandais, revoir l’Atlantique qui m’avait manqué. J’ai pu aussi refraterniser avec les copaings, retrouver l’ambiance des bières prises en terrasse, revoir ceux skypés pendant trop longtemps. Revoir Paris… Il y a aussi ceux que je n’ai pas pu voir, ou que j’ai vus trop brièvement. Martin, mon adorable filleul, Benoît, Antoine et Flo, Anne-Laure et Wlad, Laure, Roland, Sixtine et Jean-Baptiste, François, Nico, Marthe… Désolé les copains, mon départ a eu un goût d’inachevé. Mais je reviendrai…

On ne lâche pas Taïwan aussi facilement que cela ! “Toutch iour heart !” dit le logo en anglais. Tout un programme…

Alors la suite ?

Le gouvernement taïwanais dans sa grande générosité m’a fait le don d’une bourse confortable me permettant d’étudier six mois le chinois à l’université, au rythme de 15 heures par semaine. Un sacré morceau de chance, aurait dit Jolithorax. Ainsi l’emploi du temps de ces prochaines semaines se résume dans ces deux caractères 讀書 dushu : étudier.

Le maître dit : L’homme de bien mange sans se gaver, vit sans grand confort. Il est diligent dans ce qu’il fait, prudent dans ce qu’il dit, et tâche de se réformer auprès de ceux qui possèdent la Voie. Tel est l’homme mû par un vrai désir de s’instruire. (Confucius, Entretiens, I, 14).

Alors à moi la bouffe végétarienne, la vie simple, la lecture… et l’écriture !

Et après ?

Comme le disait mon vieux professeur : “Quand on ne sait pas, on se tait” !

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草嶺古道與桃源谷 - Caoling Gudao et Taoyuan Gu Mon itinéraire préféré dans les environs de Taipei. Après une volée de marches, vous arriverez sur Taoyuan Gu, l’ancien chemin qui reliait Yilan et Taipei. Une ligne de crête entre la mer et la montagne, un silence absolu et des paysages fantastiques…

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九份 Jiufen Jiufen est une charmante petite ville de bord de mer, du côté de Yilan. Très touristique, on y trouve un marché couvert rempli de choses délicieuses, et des restaurants où il fait bon s’arrêter le temps d’un plat de fruits de mer, pour profiter du calme et de la vue imprenable sur le …

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十份 - Shifen Après une heure de voiture et quelques embouteillages plus tard, nous arrivons à Shifen en plein cagnard avec la joyeuse bande de hongkongais arrivée la veille. Pour quelques yuan, on gagne le droit d’admirer les chutes d’eau, de prendre quelques photos et de se reposer un peu. Un vieux train passe près …

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Par rapport à d’autres, la culture française n’a pas besoin de se faire connaître : elle est déjà connue. Pour beaucoup de gens la France représente un pôle de culture très fort. Au Japon ou à Taiwan, on parle de french mania. Les enseignes des magasins sont en Français, pour le prestige, parce la France charrie tout un imaginaire entretenu par des films comme Midnight in Paris. Un imaginaire romantique, délicatement suranné. On peut longtemps disserter sur ces représentations, voire s’en moquer gentiment, le français n’aime pas être catégorisé. C’est de toute manière un imaginaire anachronique : la plupart déchantent bien vite une fois arrivés à Charles de Gaulle en voyant la tête des douaniers et les racailles dans le RER B.

Cet imaginaire a été bien réel, et nos élites s’emploient méthodiquement à le ruiner depuis 40 ans. Concernant l’Asie où je suis, les gens se foutent absolument de l’idéologie qu’on colle dans nos manuels. Ce qui les intéresse c’est l’art de vivre à la française, une certaine vision courtoise, galante dans les rapports humains et qui n’existe plus disons depuis les années 60-70 ; la gastronomie, qu’on leur vent sous forme de produit de luxe, ce qui permet d’augmenter les prix en douce ; la culture livresque : Camus, Sartre, Deleuze, Derrida, Foucault, Barthes et j’en passe. Après la mort de Levi-Strauss, le Monde s’interrogeait pour savoir s’il existait après sa mort, des intellectuels de sa trempe. Eh bien ?

Je ne suis pas citoyen du monde. Enseigner le français est donc à la fois pour moi une fierté – celle de pouvoir introduire des gens à une culture que j’aime, à des auteurs que je lis, des compositeurs que j’écoute – et à la fois une gêne, et plus je lis les journaux, plus j’entends mes amis taïwanais revenir de France plus ce sentiment douloureux et mortifiant de tristesse et de honte s’intensifie. Au mépris des principes républicains, nous vivons la fin de ce qui est une véritable révolution culturelle, qui sape de manière systématique nos fondamentaux pour pouvoir adapter le consommateur à la société métissée et au capitalisme trash qu’une finance toute puissante appelle de ses voeux.

Cette douleur, c’est aussi celle de certains expatriés, qui préfèrent partir plutôt que de rester dans un pays que l’on saccage de manière programmée. Ce qui me choque ce n’est même plus le manque de culture de nos dirigeants, Sarközy a fait violemment chuter le niveau, mais c’est leur manque de goût. Shakira, Chevalier des Arts et des Lettres ! Quant à Jeff Koons qui met un Mickael Jackson en porcelaine dans le Salon de Diane à Versailles, c’est quelque chose, j’espère, que les japonais ne nous pardonneront pas. Même les touristes sont dégoûtés de voir comment l’administration les traite et heurtés par la propreté des rues de Paris et l’insécurité qui y règne.

On ne peut pas tenir le discours que l’on tient sur l’immigration quand on voit le comportement de certains de nos ressortissants à l’étranger. Comme certains jeunes étudiants français en échange qui, trop heureux d’échapper au joug parental et sociétal, se comportent souvent en pays conquis, sont désagréables voire méprisants envers ceux qui les accueillent et passent six mois à faire la bringue sans pour autant apprendre trois mots de la langue. C’est pourtant un mal nécessaire pour répandre à l’étranger les “valeurs” occidentales d’une société décadente.

La culture est un élément essentiel du soft power. C’est pour ça qu’il faut revaloriser les universités et accueillir des étudiants étrangers, mettre l’accent sur la recherche en payant décemment nos chercheurs qui se font démarcher sans pitié par les autres gouvernements, libérer les entreprises des taxes qui les tuent pour faire revenir de l’emploi, réinjecter des crédits dans la défense et recréer un système de coopération militaire ou civile, redonner leur dignité aux affaires étrangères et laisser aux Alliances Françaises leur indépendance. La France et la francophonie ont leur rôle à jouer, parce qu’elles portent une tradition intellectuelle différente, une alternative, une richesse. L’Europe aussi, pourvu qu’elle se construise de manière intelligente. Une période de crise est toujours une période de remise en question et de renouvellement. Alors on s’y colle, hop hop !

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Image : Pieter Claesz – Vanité

Taipei en chiffres, c’est un scooter pour deux habitants. En pratique ? C’est le bazar. En arrivant à Hualien l’an dernier, j’ai sagement passé mon permis. Une poignée de dollars, un examen de code et un petit parcours en U plus tard, j’avais en main le précieux sésame qui me permettrait de faire mes premières armes sur le bitume taïwanais.

Ici la seule règle qui prévaut est la loi du plus gros, qui est aussi le plus fort. le piéton perd devant le vélo méprisé par le scooter, lui-même voué aux gémonies par la voiture, discréditée par une camionette elle-même conspuée par le 36 tonnes. Le pékin moyen s’en tiendrait à une conduite prudente, à droite à 30km/h et c’est précisément l’erreur.

Dressons maintenant une petite typologie animalière du conducteur moyen.
• Le saumon qui remonte imperturbablement le courant, à contre-sens, tranquille.
• La fourmi qui transporte trois fois le poids du scooter en cartons, fruits, objets divers et sacs non identifiés, empilés avec un équilibre tenant du miracle.
• Le lynx, spécialiste des attaques surprise.
• Le rémora, poisson-ventouse qui vous colle au train.
• Le colibri : pleins gaz mais fait du sur-place.
• La taupe daltonienne. Vert ? Vous avez dit vert ?
• Le cygne qui glisse sur l’asphalte, majestueux.
• Le lièvre qui grillerait une Porsche au 0-100km/h départ arrêté.
• L’albatros, qui se laisse porter par le vent.
• Le kangourou : le petit est dans la poche de devant.
• Le lemming, celui qui ne sait pas gérer les trottoirs.
• La gazelle, sans doute la plus redoutable.
• Le pianiste : maître des arpèges et des gammes.
• Le vautour qui vous pique votre place de parking.
• La tortue, montée sur un solex.
• La mouffette, au sulfure d’hydrogène
• … le dahu ? Liste non exhaustive.

L’ennemi (entendez le vélo ou la voiture, voire pire, le piéton) surgit toujours sans crier gare. À contre-sens sur un grand axe, d’une petite rue, de derrière un bus, ouvre sa porte côté rue sans regarder, tourne brutalement sans clignotant, freine, s’arrête et puis repart… C’est lorsque le vocabulaire orythologique d’un taxi parisien ne suffit plus que l’art du klaxon devient une science. Freine, Slim, freine ! La voie est barrée !

Et pourtant, il n’y a jamais d’animosité, simplement parce que les gens sont polis et courtois avant d’être inconscients. C’est précisément ce qui fait que Taipei est l’une des villes les plus agréables d’Asie !

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En 1945, les japonais se retirent de Taïwan après 50 ans de colonisation. L’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) confie l’administration de Taïwan au Kuomintang, alors allié des États-Unis. Si le retour à la mère patrie est tout d’abord accueilli assez favorablement par les formosans, l’administration nationaliste qui utilise les ressources de l’île pour mener la lutte sur le continent est de plus en plus critiquée pour sa gestion catastrophique du pays. En effet, Taïwan a pris durant la colonisation japonaise une orientation tout à fait différente de la Chine continentale sur les plans culturel, économique et social. La plupart des gens âgés de plus de 50 ans ne parlent ni ne comprennent le mandarin et ont reçu une éducation entièrement en japonais. Les difficultés de communication, une corruption endémique, la pratique courante du népotisme, une politique autoritaire ainsi qu’une mauvaise gestion économique sont autant de facteurs qui creuseront un fossé de plus en plus grand entre les habitants de l’île et la nouvelle administration nationaliste.

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Ce qui fait le charme des gens c’est le côté où ils perdent un peu les pédales. […] Si tu ne saisis pas le petit grain de folie chez quelqu’un, tu ne peux pas l’aimer.

Gilles Deleuze